Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 02 juillet 17

« Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être : nous voulons vivre dans l’idée des autres d’une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons incessamment à embellir et conserver notre être imaginaire, et négligeons le véritable. Et si nous avons ou la tranquillité, ou la générosité, ou la fidélité, nous nous empressons de le faire savoir, afin d’attacher ces vertus-là à notre autre être, et les détacherions plutôt de nous pour les joindre à l’autre ; et nous serions de bon cœur poltrons pour en acquérir la réputation d’être vaillants. Grande marque du néant de notre propre être, de n’être pas satisfait de l’un sans l’autre, et d’échanger souvent l’un pour l’autre ! Car qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait infâme. »

Blaise PASCAL, Pensées (posthume) : 147, 152 et 153, (classement de L. Brunschvicg), Classiques Hachette, 1976.

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Pensée du 01 juillet 17

« L’erreur de Rousseau et des écrivains les plus amis de la liberté vient de la manière dont ils se sont formé leurs idées en politique. Ils ont vu dans l’histoire un petit nombre d’hommes, ou même un seul, en possession d’un pouvoir immense qui faisait beaucoup de mal. Mais leur courroux s’est dirigé contre les possesseurs et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n’ont songé qu’à le déplacer. C’était un fléau ; ils l’ont considéré comme une conquête, ils en ont doté la société entière. »

Benjamin Constant, Principes de politique applicables à tous les gouvernements (1806), p. 39.

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Pensée du 30 juin 17

« Qu’est-ce que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié ce qu’elles sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible, des pièces de monnaies qui ont perdu leur empreinte et qui entrent dès lors en considération non plus comme pièces de monnaie mais comme métal. »

Nietzsche, Le Livre du philosophe, Garnier-Flammarion, 1991, p.123.

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Pensée du 29 juin 17

« Les citoyens ne peuvent faire un usage approprié de leur autonomie publique telle que la garantissent les droits politiques que si, grâce à une autonomie privée également assurée dans la conduite de leur vie, ils sont suffisamment indépendants. Cependant, les citoyens au sein d’une société ne peuvent jouir d’une égale autonomie privée (la « valeur équitable » des droits également distribués) que si, en tant que citoyens politiques, ils font un usage approprié de leur autonomie publique ».

J. Habermas, « Au-delà du libéralisme et du républicanisme, la démocratie délibérative », in : Raison publique, n°1, 2003, p. 49.

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Pensée du 28 juin 17

« S’il est vrai qu’il y a une parenté entre Dieu et les hommes, comme le prétendent les philosophes, que reste-t-il à faire aux hommes, sinon d’imiter Socrate, c’est-à-dire de ne jamais répondre à qui leur demande quel est leur pays: je suis citoyen du monde? Pourquoi se dire en effet athénien, plutôt que simplement de ce coin de terre où ton pauvre corps a été jeté à sa naissance? N’est-il pas clair que tu dois ton nom à une origine plus importante, qui embrasse non seulement ce coin de terre, mais encore ta maison tout entière, et, en un mot, le pays où tes ancêtres se sont perpétués jusqu’à toi, d’où vient que tu peux t’appeler athénien ou corinthien? Si l’on s’est rendu compte de l’organisation de l’univers, si l’on a compris que, de toutes les choses la principale, la plus importante, la plus universelle, c’est le système composé de Dieu et des hommes… pourquoi ne se dirait-on pas citoyen du monde? « .

EPICTETE, Entretiens I, 9.

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Pensée du 27 juin 17

« Il y a un principe du doute consistant dans la maxime de traiter les connaissances de façon à les rendre incertaines et à montrer l’impossibilité d’atteindre à la certitude. Cette méthode de philosophie est la façon de penser sceptique ou le scepticisme. […] Mais autant ce scepticisme est nuisible, autant est utile et opportune la méthode sceptique, si l’on entend seulement par là la façon de traiter quelque chose comme incertain et de le conduire au plus haut degré de l’incertitude dans l’espoir de trouver sur ce chemin la trace de la vérité. Cette méthode est donc à proprement parler une simple suspension du jugement. Elle est fort utile au procédé critique par quoi il faut entendre cette méthode de philosophie qui consiste à remonter aux sources des affirmations et objections, et aux fondements sur lesquels elles reposent, méthode qui permet d’espérer atteindre à la certitude. »

Emmanuel Kant, Logique, trad. L. Guillermit, Vrin, 1970, p. 94.

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Pensée du 26 juin 17

« Il semble que l’on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d’études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. On tient souvent la philosophie pour un savoir formel et vide de contenu. Cependant, on ne se rend pas assez compte que ce qui est Vérité selon le contenu, dans quelque connaissance ou science que ce soit, peut seulement mériter le nom de vérité si la philosophie l’a engendré ; que les autres sciences cherchent autant qu’elles veulent par la ratiocination à faire des progrès en se passant de la philosophie il ne peut y avoir en elles sans cette philosophie ni vie, ni esprit, ni vérité. »

Friedrich Hegel, Phénoménologie de l’esprit, introduction, Ed. Aubier-Montaigne, p. 58.

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Pensée du 25 juin 17

« Il y a quelque chose de mécanique dans une pensée fanatique, car elle revient toujours par les mêmes chemins. Elle ne cherche plus, elle n’invente plus. Le dogmatisme est comme un délire récitant. Il y manque cette pointe de diamant, le doute, qui creuse toujours. Ces pensées gouvernent admirablement les peurs et les désirs, mais elles ne se gouvernent pas elles-mêmes. Elles ne cherchent pas ces vues de plusieurs points, ces perspectives sur l’adversaire, enfin cette libre réflexion qui ouvre les chemins de persuader, et qui détourne en même temps de forcer. Bref, il y a un emportement de pensée, et une passion de penser qui ressemble aux autres passions. »

Alain,  Propos sur des philosophes, XXXVII

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Pensée du 24 juin 17

« Sans les mots nous penserions pas mais les mots ne pensent pas eux-mêmes. Autre est la cause, autre ce sans quoi la cause ne serait pas cause, la condition nécessaire mais adjuvante. Sur les mécanismes du langage, l’articulation de ses unités pertinentes, je jeu de ses flexions irreprésentatives, la structure rendant signitifs des sons, la nouvelle linguistiques a porté pour la première fois la lumière. On ne saurait le contester. Mais on ne saurait non plus en tirer prétexte pour blâmer la philosophie de n’avoir pas dirigé de ce côté-là ses analyses… L’erreur n’est possible et par conséquent la vérité, qu’à condition que la pensée ne se confonde pas avec les mots, ne procède pas toute d’eux ».

Hubert GRENIER, La Connaissance philosophique, p. 88 et 90.

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Pensée du 23 juin 17

« Il y a un fond d’estime, et même quelquefois une secrète admiration, pour des hommes qui mettent en jeu leur propre vie, et sans espérer aucun avantage; car nous ne sommes point fiers de faire si peu et de risquer si peu pour ce que nous croyons juste ou vrai. Certes je découvre ici des vertus rares, qui veulent respect, et une partie au moins de la volonté. Mais c’est à la pensée qu’il faut regarder. Cette pensée raidie qui se limite, qui ne voit qu’un côté, qui ne comprend point la pensée des autres, ce n’est point la pensée; c’est une sorte de lieu commun qui revient toujours le même; lieu commun qui a du vrai, quelquefois même qui est vrai, mais qui n’est pas tout le vrai. »

Alain,  Propos sur des philosophes, XXXVII

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