Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 13 décembre 17

«La valorisation contemporaine du sujet lui ouvre un espace de liberté, d’invention et de création. Elle ne diminue pas, cependant, l’importance des appartenances collectives, des mémoires et des traditions particulières. Sans elles, en effet, le sujet serait livré à la solitude, à la fugacité de ses émotions, à la fragilité de ses jugements subjectifs. Mais ce qui lui est donné, c’est la possibilité de les filtrer, de les passer au crible de la critique, de les réassumer non point comme un héritage tout fait, mais bien plutôt comme une ressource qu’il s’approprie de manière libre et inventive pour son propre épanouissement personnel. »

André FOSSION, Dieu toujours recommencé, p. 27.

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Pensée du 12 décembre 17

« Les autres hommes la possèdent bien comme une partie d’eux-mêmes, parce qu’ils la possèdent seulement en puissance ; mais l’homme heureux est celui qui, désormais, est en acte cette vie elle-même, celui qui est passé en elle jusqu’à s’identifier avec elle ; désormais les autres choses ne font que l’environner, sans qu’on puisse dire que ce sont des parties de lui-même, puisqu’il cesse de les vouloir et qu’elles ne sauraient adhérer à lui que par l’effet de sa volonté. – Qu’est ce que le bien pour cet homme ? – Il est son bien à lui-même, grâce à la vie parfaite qu’il possède. Mais la cause du bien qui est en lui, c’est le Bien qui est au-delà de l’intelligence et il est, en un sens, tout autre que le bien qui est en lui. La preuve qu’il en est ainsi, c’est que dans cet état, il ne cherche plus rien. Que pourrait-il chercher ? Des choses inférieures ? Non pas ; il a en lui la perfection ; celui qui possède ce principe vivifiant mène une vie qui se suffit à elle-même ; l’homme sage n’a besoin que de lui-même pour être heureux et acquérir le bien, il n’est de bien qu’il ne possède… Dans la chance adverse, son bonheur n’est pas amoindri ; il est immuable, comme la vie qu’il possède ; quand ses proches ou ses amis meurent, il sait ce qu’est la mort, et ceux qui la subissent le savent aussi, s’ils sont des sages ; la perte de ses proches et de ses parents n’émeut en lui que la partie irrationnelle… ».

Plotin, Les Ennéades I, 4, p. 74.

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Pensée du 11 décembre 17

« […] la philosophie entre en conflit avec la religion, du fait que celle-ci se veut l’autorité absolue tant dans le domaine de la vérité que dans celui de la pratique […] La religion conçoit l’esprit humain comme borné, limité et ayant donc besoin que les vérités essentielles pour l’homme, que sa raison infirme serait incapable de découvrir par elle-même, lui soient révélées d’une façon surnaturelle et mystérieuse. Mais l’idée d’une vérité au-delà de la raison, inaccessible naturellement à l’esprit humain, est absolument inconcevable par la philosophie qui repose sur le principe diamétralement opposé selon lequel la pensée ne doit rien présumer en dehors d’elle-même, c’est-à-dire, que la philosophie ne doit rien admettre comme vrai qui n’ait été saisi comme tel par la pensée. »

Marcien Towa, Essai, op. cité, p. 62.

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Pensée du 10 décembre 17

« Une conscience formée à l’herméneutique doit donc être ouverte d’emblée à l’altérité du texte. Mais une telle réceptivité ne présuppose ni une « neutralité » quant au fond, ni surtout l’effacement de soi-même, mais inclut l’appropriation qui fait ressortir les préconceptions du lecteur et les préjugés personnels. Il s’agit de se rendre compte que l’on est prévenu, afin que le texte lui-même se présente en son altérité et acquière ainsi la possibilité d’opposer sa vérité, qui est de fond, à la pré-opinion du lecteur. »

H. G. GADAMER, Vérité et Méthode, p. 290.

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Pensée du 08 décembre 17

« Toute connaissance rationnelle ou bien est matérielle et se rapporte à quelque objet, ou bien est formelle et ne s’occupe que de la forme de l’entendement et de la raison en eux-mêmes et des règles universelles de la pensée en général sans acception d’objets. La philosophie formelle s’appelle LOGIQUE, tandis que la philosophie matérielle, celle qui a affaire à des objets déterminés et aux lois auxquelles ils sont soumis, se divise à son tour en deux. Car ces lois sont ou des lois de la nature ou des lois de la liberté. La science de la première s’appelle PHYSIQUE, celle de la seconde s’appelle ÉTHIQUE : celle-là est encore nommée Philosophie naturelle, celle-ci Philosophie morale… »

Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. V. Delbos (préface)

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Pensée du 07 décembre 17

« De façon générale, nul ne peut se nommer philosophe s’il ne peut philosopher. Mais on n’apprend à philosopher que par l’exercice et par l’usage qu’on fait soi-même de sa propre raison. Comment la philosophie se pourrait-elle, même à proprement parler, apprendre? En philosophie, chaque penseur bâtit son œuvre pour ainsi dire sur les ruines d’une autre ; mais jamais aucune n’est parvenue à devenir inébranlable en toutes ses parties. De là vient qu’on ne peut apprendre à fond la philosophie, puisqu’elle n’existe pas encore. Mais à supposer même qu’il en existât une effectivement, nul de ceux qui l’apprendraient, ne pourrait se dire philosophe, car la connaissance qu’il en aurait demeurerait subjectivement historique. Il en va autrement en mathématiques. Cette science peut, dans une certaine mesure, être apprise ; car ici, les preuves sont tellement évidentes que chacun peut en être convaincu ; et en outre, en raison de son évidence, elle peut être retenue comme une doctrine certaine et stable.«

Emmanuel Kant, Anthropologie d’un point de vue pragmatique.

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Pensée du 06 décembre 17

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? […] Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Il n’y a eu qu’une seule religion dans le monde qui n’ait pas été souillée par le fanatisme, c’est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède; car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. »

Voltaire, article « Fanatisme », in Dictionnaire philosophique (1764).

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Pensée du 03 décembre 17

« L’étincelle créatrice de la métaphore ne jaillit pas de la mise en présence de deux images, c’est-à-dire de deux signifiants également actualisés. Elle jaillit entre deux signifiants dont l’un s’est substitué à l’autre en prenant sa place dans la chaîne signifiante, le signifiant occulté restant présent de sa connexion (métonymique) au reste de la chaîne. Un mot pour un autre, telle est la formule de la métaphore (…) La métaphore est radicalement l’effet de substitution d’un signifiant à un autre dans la chaîne, sans que rien de naturel ne le prédestine à cette fonction de métaphore, sinon qu’il s’agit de deux signifiants, comme tels réductibles à une opposition phonématique. »

Jacques Lacan, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, I, p. 504 et II, p. 360.

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Pensée du 02 décembre 17

« Si le sens métaphorique est quelque chose de plus et d’autre que l’actualisation d’un des sens potentiels d’un mot polysémique (…), il est nécessaire que cet emploi métaphorique soit seulement contextuel ; par là j’entends un sens qui émerge comme résultat unique et fugitif d’une certaine action contextuelle. Nous sommes ainsi amenés à opposer les changements contextuels de signification aux changements lexicaux qui concernent l’aspect diachronique du langage en tant que code, système ou langue. La métaphore est un tel changement contextuel de signification. »

Paul Ricoeur, La métaphore vive, Le  Seuil, 1975.

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Pensée du 01 décembre 17

« L’esprit de religion est (…) un esprit de soumission à l’irrationnel et à l’ordre qu’on croit émané d’un être qui nous surpasse en toutes choses et qui cumules les perfections dont nous rêvons. Or il faut à l’homme un peu plus d’initiative créatrice pour pouvoir envisager avec optimisme de faire échec aux diverses formes d’aliénation que lui présente la société devant sortir de la bataille du développement. La religion ne nous donnera pas ce supplément nécessaire d’initiative créatrice, c’est-à-dire, au fond, de liberté ».

Njoh-Mouelle E., De la médiocrité à l’excellence, 3è éd., Yaoundé, CLE, 1998, p. 140.

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