Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 30 novembre 17

« Unité de temps, unité d’espace, unité d’action. Les plans de réalité sont la plus petite portion de l’espace temps social. Car l’espace, le temps et la socialité sont indissociables dans un plan de réalité. L’espace-temps est confus. Le même, lieu, quelques heures plus tard, quelques mètres plus loin, est un autre plan de réalité.  Un lieu sacré ne prend son sens que par une réunion de fidèles à un moment donné. Celui qui le visite en un autre moment doit reconstituer à partir d’indices ou de vestiges l’usage régulier, et donc le sens que les objets du lieu ont pu connaître. Le temps multiplie l’espace, et la société comme séparation multiplie le tout. »

Jean-Paul GALIBERT, « Scènes de vie dans un espace confus »

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Pensée du 29 novembre 17

« L’accès à la télévision a pour contrepartie une formidable censure, une perte d’autonomie liée, entre autres choses, au fait que le sujet est imposé, que les conditions de la communication sont imposées et surtout, que la limitation du temps impose au discours des contraintes telles qu’il est peu probable que quelque chose puisse se dire. Cette censure qui s’exerce sur les invités, mais aussi sur les journalistes qui contribuent à la faire peser, on s’attend à ce que je dise qu’elle est politique. II est vrai qu’il y a des interventions politiques, un contrôle politique (qui s’exerce notamment au travers des nominations aux postes dirigeants) ; il est vrai aussi et surtout que dans une période où, comme aujourd’hui, il y a une armée de réserve et une très grande précarité de l’emploi dans les professions de la télévision et de la radio, la propension au conformisme politique est plus grande. Les gens se conforment par une forme consciente ou inconsciente d’autocensure, sans qu’il soit besoin de faire des rappels à l’ordre. »

BOURDIEU, Sur la télévision

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Pensée du 28 novembre 17

« Je pose en principe un fait peu contestable: que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. »

Georges Bataille, L’érotisme

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Pensée du 27 novembre 17

« Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu’on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l’effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n’est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu’il possède l’unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle – comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d’un soulier. Il semble que l’on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d’études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. »

F. Hegel, La Phénoménologie de l’Esprit. 

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Pensée du 26 novembre 17

« Qu’y a-t-il de plus inutile, de plus ennuyeux qu’une suite de simples opinions ? On n’a qu’à considérer des écrits qui sont des histoires de la philosophie, en ce sens qu’ils présentent et traitent les idées philosophiques comme des opinions, pour se rendre compte à quel point tout cela est sec, ennuyeux et sans intérêt. Une opinion est une représentation subjective, une idée quelconque, fantaisiste, que je conçois ainsi et qu’un autre peut concevoir autrement. Une opinion est mienne ; ce n’est pas une idée en soi générale, existant en soi et pour soi. Or la philosophie ne renferme pas d’opinions, il n’existe pas d’opinions philosophiques. »

HEGEL

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Pensée du 25 novembre 17

« L’amitié (considérée dans sa perfection) est l’union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques. – On voit facilement qu’elle est l’Idéal de la sympathie et de la communication en ce qui concerne le bien de chacun de ceux qui sont unis par une volonté moralement bonne, et que si elle ne produit pas tout le bonheur de la vie, l’acceptation de cet Idéal et des deux sentiments qui le composent enveloppe la dignité d’être heureux, de telle sorte que rechercher l’amitié entre les hommes est un devoir. – Mais il est facile de voir que bien que tendre vers l’amitié comme vers un maximum de bonnes intentions des hommes les uns à l’égard des autres soit un devoir, sinon commun, du moins méritoire, une amitié parfaite est une simple Idée, quoique pratiquement nécessaire, qu’il est impossible de réaliser en quelque pratique que ce soit. »

Emmanuel Kant, Métaphysique des Mœurs (1797), « La Doctrine de la Vertu », traduction de A. Philonenko.

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Pensée du 24 novembre 17

« Celui qui veut apprendre à philosopher doit, au contraire, considérer tous les systèmes de philosophie uniquement comme une histoire à l’usage de la raison et comme des objets d’exercice de son talent philosophique. Car la science n’a de réelle valeur intrinsèque que comme instrument de sagesse. Mais à ce titre, elle lui est à ce point indispensable qu’on pourrait dire que la sagesse sans la science n’est que l’esquisse d’une perfection à laquelle nous n’atteindrons jamais. Celui qui hait la science mais qui aime d’autant plus la sagesse s’appelle un misologue. La misologie naît ordinairement d’un manque de connaissance scientifique à laquelle se mêle une certaine sorte de vanité. Il arrive cependant parfois que certains tombent dans l’erreur de la misologie, qui ont commencé par pratiquer la science avec beaucoup d’ardeur et de succès mais qui n’ont finalement trouvé dans leur savoir aucun contentement. La philosophie est l’unique science qui sache nous procurer cette satisfaction intime, car elle referme, pour ainsi dire, le cercle scientifique et procure enfin aux sciences ordre et organisation. »

Emmanuel Kant, Logique, trad. Guillermit, éd. Vrin 1966, p. 25-26.

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Pensée du 23 novembre 17

« Les sciences de l’esprit se distinguent tout d’abord des sciences de la nature en ce que celles-ci ont pour objet des faits qui se présentent à la conscience comme des phénomènes donnés isolément de l’extérieur, tandis qu’ils se présentent à nous-mêmes de l’intérieur comme une réalité et un ensemble vivant originairement. Il en résulte qu’il n’existe d’ensemble cohérent de la nature dans les sciences physiques et naturelles que grâce à des raisonnements qui complètent les données de l’expérience au moyen d’une combinaison d’hypothèses ; dans les sciences de l’esprit, par contre, l’ensemble de la vie psychique constitue partout une donnée primitive et fondamentale. Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie psychique. Car les opérations d’acquisition, les différentes façons dont les fonctions, ces éléments particuliers de la vie mentale, se combinent en un tout, nous sont données aussi par l’expérience interne. L’ensemble vécu est ici la chose primitive, la distinction des parties qui le composent ne vient qu’en second lieu. Il s’ensuit que les méthodes au moyen desquelles nous étudions la vie mentale, l’histoire et la société sont très différentes de celles qui ont conduit à la connaissance de la nature. »

Dilthey, Idées descriptives

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Pensée du 22 novembre 17

« Nous nous demandons quelle est la portion du monde matériel à laquelle notre intelligence est spécialement adaptée. Or, pour répondre à cette question, point n’est besoin d’opter pour un système de philosophie. Il suffit de se placer au point de vue du sens commun. Partons donc de l’action, et posons en principe que l’intelligence vise d’abord à fabriquer. La fabrication s’exerce exclusivement sur la matière brute, en ce sens que, même si elle emploie des matériaux organisés, elle les traite en objets inertes, sans se préoccuper de la vie qui les a informés. De la matière brute elle-même elle ne retient guère que le solide : le reste se dérobe par sa fluidité même. Si donc l’intelligence tend à fabriquer, on peut prévoir que ce qu’il y a de fluide dans le réel lui échappera en partie, et que ce qu’il y a de proprement vital dans le vivant lui échappera tout à fait. Notre intelligence, telle qu’elle sort des mains de la nature, a pour objet principal le solide inorganisé. »

Bergson, L’Évolution créatrice

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Pensée du 21 novembre 17

« La distinction fondamentale qu’il faut observer entre la raison et la croyance est qu’elles relèvent de deux dimensions différentes : la raison est la faculté d’affirmer des certitudes qui ne laisse pas de place à l’appréciation affective tandis que la croyance est surtout d’ordre affectif. La croyance nous apporte un confort affectif contre l’angoisse que nous éprouvons face à l’incertain. En nous tous il y a deux dimensions l’une rationnelle et l’autre irrationnelle, l’objectif et le subjectif, … Une hypothèse scientifique est une croyance qu’on soumet à l’examen stricte de la raison et qu’on abandonne dès qu’elle s’y oppose. Les axiomes sur lesquels peut être fondée une science exacte est encore une croyance ! »

HAMID, commentaire sur la Raison s’oppose-t-elle à

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