Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 22 juin 17

« Si donc penser n’est plus, comme Socrate voulait, penser pour le principe, si penser (=parler) n’est plus qu’agir, cette entreprise ne connaît qu’une nécessité, une loi, impitoyable, le succès. Là où se termine le pouvoir de la vérité s’inaugure la vérité du pouvoir. Pouvoir dans tous les sens, pouvoir technique, non détachable de celui de la parole (commanderont, feront faire ceux qui savent parler), pouvoir politique enfin. Le maître des mots deviendra le maître des hommes. Qui use « bien » des mots abusera des hommes. Les beaux parleurs l’emporteront en tous sujets sur les personnes compétentes, et la technocratie, ce règne du simulacre, est assurée de ne jamais en manquer… Le discours s’affirme comme l’arme absolue, puisqu’il sera possible, grâce à lui, d’avoir raison des autres sans avoir raison tout court, d’avoir raison de tout sans avoir de raison du tout. Pourquoi leurs élèves acceptent-ils sans maugréer de payer si cher les sophistes? Parce qu’ils sont au fait de la prodigieuse économie qu’ils réalisent de la sorte. Les sophistes apprennent à se passer d’apprendre ».

Hubert Grenier, La Connaissance philosophique, p. 82.

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Pensée du 21 juin 17

« Ce qu’on appelle faire l’amour, c’est le plus souvent une caricature du bonheur. Le bonheur est beaucoup plus grand, beaucoup plus profond, et beaucoup plus simple. Et parce qu’il est simple, il ne s’analyse, ni ne se décrit. On ne raconte pas le bonheur, mais il y a des moments où il fond sur nous, sans raison apparente, au plus fort d’une maladie, ou pendant une promenade  à travers des prés, ou dans une chambre obscure où l’on s’ennuie; on se sent tout à coup absurdement heureux, heureux à en mourir, c’est-à-dire si heureux qu’on voudrait mourir, afin de prolonger à l’infini cette minute extraordinaire. J’ai éprouvé cela hier, dans un salon de thé de l’avenue de l’Opéra, une autre fois alors que je lisais Sense and Sensibility, et très souvent dans ma petite enfance. »

Julien Green « Journal »

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Pensée du 20 juin 17

« L’imitation, c’est l’intelligence humaine dans ce qu’elle a de plus dynamique ; c’est ce qui dépasse l’animalité, donc, mais c’est ce qui nous fait perdre l’équilibre animal et peut nous faire tomber très au-dessous de ceux qu’on appelait naguère « nos frères inférieurs ». Dès que nous désirons ce que désire un modèle assez proche de nous dans le temps et dans l’espace, pour que l’objet convoité par lui passe à notre portée, nous nous efforçons de lui enlever cet objet et la rivalité entre lui et nous est inévitable. C’est la rivalité mimétique. Elle peut atteindre un niveau d’intensité extraordinaire. Elle est responsable de la fréquence et de l’intensité des conflits humains, mais chose étrange, personne ne parle jamais d’elle. Elle fait tout pour se dissimuler, même aux yeux des principaux intéressés, et généralement elle réussit ».

René GIRARD, Celui par qui le scandale arrive, p. 18-19.

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Pensée du 19 juin 17

« En observant les hommes autour de nous, on s’aperçoit vite que le désir mimétique, ou imitation désirante, domine aussi bien nos gestes les plus infimes que l’essentiel de nos vies, le choix d’une épouse, celui d’une carrière, le sens que nous donnons à l’existence. Ce qu’on nomme désir ou passion n’est pas mimétique, imitatif accidentellement ou de temps à autre, mais tout le temps. Loin d’être ce qu’il y a de plus nôtre, notre désir vient d’autrui. Il est éminemment social… L’imitation joue un rôle important chez les mammifères supérieurs, notamment chez nos plus proches parents, les grands singes ; elle se fait plus puissante encore chez les hommes et c’est la raison principale pour laquelle nous sommes plus intelligents et aussi plus combatifs, plus violents que tous les mammifères. »

René GIRARD, Celui par qui le scandale arrive, p. 18-19.

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Pensée du 18 juin 17

« L’art concerne le sensible spiritualisé ou le spirituel sensibilisé. L’art n’est possible que si l’artiste meurt au sensible. Hegel écrit pour cette raison que « le royaume de l’art est le royaume des ombres du beau. Les œuvres d’art sont des ombres sensibles. » Ombres ici ne signifie pas un moindre être. Le terme ne renvoie pas à la pale copie d’une chose, ce n’est pas l’inessentiel traînant vers l’arrière de l’essentiel, ce n’est pas un vague souvenir sur le point de s’éteindre soi-même par une soudaine étreinte de soi. Ombres veut dire ce dans quoi le beau ap-paraît, et sans lequel il ne saurait paraître. Ombres signifie ce que le beau laisse être en paraissant et qui est essentiel à son apparaître même. L’art cherche à laisser être, à faire voir. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 17 juin 17

« Selon ma philosophie de la vie, la fin et les moyens sont des termes convertibles. On entend dire « les moyens, après tout, ne sont que des moyens ». Moi, je dirais plutôt: « tout, en définitive est dans les moyens ». La fin vaut ce que valent les moyens. il existe aucune cloison entre ces deux catégories. En fait, le Créateur ne nous permet d’intervenir que dans le choix des moyens. Lui seul décide de la fin. Et seule l’analyse des moyens permet de dire si le but a été atteint avec succès. Cette proposition n’admet aucune exception… » 

GANDHI, Tous les hommes sont frères, Gallimard, p. 147.

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Pensée du 16 juin 17

« Votre grande erreur est de croire qu’il n’y a aucun rapport entre la fin et les moyens. Cette erreur a fait commettre des crimes sans nom même à des gens qui étaient considérés comme religieux. C’est comme si vous prétendiez que d’une mauvaise herbe il peut sortir une rose. Le seul moyen approprié pour traverser l’océan est de prendre un bateau. Si, à la place, vous preniez une voiture, vous ne tarderiez pas à sombrer. Selon une maxime digne de considération, « le disciple prend le modèle sur le Dieu qu’il adore ». On a tronqué les sens de ces mots et on s’est fourvoyé dans l’erreur. Les moyens sont comme la graine et la fin comme l’arbre. Le rapport est aussi inéluctable entre la fin et les moyens qu’entre l’arbre et la semence ».

GANDHI, Tous les hommes sont frères, Gallimard, p. 149.

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Pensée du 15 juin 17

« L’écologie dont nous avons besoin n’est pas celle qui considère l’écosphère dont dépend notre survie avec un détachement tout scientifique. Nous ne sauverons pas la planète par une décision consciente, rationnelle et dépourvue de sensibilité, en signant avec elle une sorte de contrat écologique sur la base d’une analyse coût/bénéfices. Un engagement moral et émotionnel est nécessaire. En fait, une des tâche essentielles de l’écologie doit être de retrouver le cours de nos émotions, afin qu’elles puissent remplir le rôle qu’elles sont sensée jouer: nous aider à préserver l’ordre spécifique de l’écosphère ».

Goldsmidt Edouard,Le Tao de l’Écologie, Éditions du Rocher, p. 96.

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Pensée du 12 juin 17

« L’art est la première figure de la réconciliation entre le sensible et la pensée pure, entre la réalité finie et l’infini de la liberté. Dans la nature, le regard voit bien que quelque chose brille ; désormais, il a la certitude que ce qui paraît n’est pas un accident, mais un être provenu de la profondeur de l’Idée. L’homme sait que la nature est enfant de l’Idée. Enfant désigne ce qui est né. Afin que cette naissance ne soit pas abandonnée à la contingence, l’homme veut la faire retourner à son unique sol de crédibilité. Ce sol est ce que Hegel appelle l’Esprit. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 11 juin 17

« Le royaume de l’art est bien l’esprit mais en lui le tout de l’esprit n’est pas posé comme un tout. Le tout de l’esprit n’est pas posé en son concept. Cette limite n’a pas la signification d’un moindre être, de ce qui aurait dû ne pas être. Au fond, ne constitue-t-il pas la beauté même de l’art en un certain sens ? Peut-être, est-il heureux que par l’art, les choses soient simplement manifestées en leur rayonnement. Simplement ne renvoie pas ici à une pauvreté, mais à ce qui conduit à une surabondance gracieuse. L’œuvre d’art laisse simplement l’étant être en son rayonnement pour inviter le regard, peut-être, à aller vers ce lieu où le voir et l’entendre s’originent et sont relayés par autre chose. Que peut être ce regard, sinon le regard philosophique ? »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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