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Pensée du 25 mai 11

« La science et l’art viennent aux hommes par l’intermédiaire de l’expérience. »

Aristote, Métaphysique, A, 1, 981 a 3.

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GRILLE DE LECTURE

L’expérience est-elle un préalable à toute connaissance ? A quoi doit-elle son caractère primordial et fondamental dans les domaines de la science et de l’art ? La première question nous situe à notre insu en plein chantier de philosophie kantienne de la connaissance. Là on répondra que toute connaissance scientifique positive repose sur l’expérience sensible. L’expérience est le laboratoire des représentations d’objets qui conduisent à une connaissance conceptuelle. Quant à la deuxième question, il paraît mieux indiqué d’y répondre dans le cadre de la métaphysique réaliste d’Aristote, même si celle-ci est déjà une anticipation de Kant. La science et l’art relèvent de l’expérience, dit Aristote. Il n’y a pas de science ni d’inspiration artistique sans expérience. Ces deux activités procèdent du contact immédiat avec la réalité sensible ou physique. L’artiste et l’homme de science dépendent de leur milieu de vie d’où leur vient l’inspiration. La pénétration du vrai et le jugement du goût naissent aussi au contact de l’expérience de la vie. On peut encore se demander si l’art comme la science ne sont pas deux œuvres de l’esprit et deux sortes d’expérience pratique qui culminent dans l’expérience mystique. Ne peut-on pas dire à bon droit que ce sont là deux activités expérientielles qui s’achèvent dans une expérience supérieure de l’esprit ?

Concentrons notre regard sur l’expérience artistique. L’art a pour point de départ l’expérience et pour point de  chute la contemplation du vrai. L’expérience est génétiquement la matrice de l’art, ainsi l’art est une forme particulière d’expérience. On la présenterait volontiers comme l’expérience sensible par excellence en raison du fait que l’émotion esthétique est suscitée par les sensations que nous éprouvons en présence d’une œuvre d’art, d’un beau paysage… L’art relève encore de l’expérience sensible parce que l’expérience artistique est source de plaisir et de jouissance. Toutefois, le propre de l’objet d’art est d’inviter à une élévation d’âme vers la source intemporelle de toute beauté. Dès lors, on peut pressentir qu’une autre forme d’expérience porte l’art de l’expérience sensible vers l’expérience mystique : c’est l’expérience métaphysique. L’étonnement devant les figures de beauté que recèle la nature est un acte métaphysique. Cet acte philosophique consiste à interroger à la fois l’objet touché et à questionner son origine. Dans la science comme dans l’art plusieurs types d’expérience se mêlent pour élever l’activité humaine à la dimension d’une expérience naturelle appelée à transcender le réel.

Emmanuel AVONYO, op