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Pensée du 19 avril 10

« C’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l’homme. Il est malaisé d’y fonder un jugement constant et uniforme. »

Michel Eyquem de MONTAIGNE, Essais I, 1.

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GRILLE DE LECTURE

Montaigne est présenté comme le dernier des humanistes de la Renaissance. On se rappelle que l’humanisme fut un mouvement de pensée caractéristique de la Renaissance. Il a promu une nouvelle image de l’homme où sont affirmées sa puissance créatrice, sa liberté de penser, de connaître et d’agir. En effet, l’humanisme a fait émerger une nouvelle vision du monde en redécouvrant les sources gréco-latines de notre civilisation, en faisant une appropriation critique des institutions et des traditions de l’Antiquité et du Moyen Âge, en renouvelant nos modes de connaissances et nos savoirs. Le dernier des grands humanistes de la Renaissance a paradoxalement une conception pessimiste de l’homme. Que l’homme soit un sujet merveilleusement vain, c’est ce que proclamera Pascal au cœur de la modernité. L’homme est bassesse, vanité, misère, ennui. Il est si vain qu’on peut pas se faire une idée concrète de lui. Pascal affirmera à la suite de Montaigne que les hommes ne se contentent pas de la vie qu’ils ont en eux, en leur propre être. Ils veulent vivre dans l’idée des autres d’une vie imaginaire, et s’efforcent de paraître (fr. 662, Michel Le Guern).

Le pessimisme anthropologique de Montagne prend sa source dans la pensée de saint Augustin. Selon Michel Le Guern, cette conception de l’homme que l’on retrouve chez Montaigne et Pascal vient de la tradition augustinienne qui souligne constamment l’opposition entre la nature de l’homme telle que Dieu l’a créée et l’état de déchéance qui est la conséquence du péché originel. Montaigne affirme peindre sa propre personne, et qu’il ne s’agit pas des autres hommes. Il est donc le premier objet de sa critique. Il est lui-même la matière de son livre. «Je veux qu’on m’y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention ni artifice : car c’est moi que je peins. Mes défauts s’y liront au vif. » Mais chaque homme étant la marque entière de l’humaine condition, c’est bien la condition humaine que Pascal passe au crible de la critique. L’homme flotte entre divers avis, il ne veut rien absolument, rien librement, rien constamment.

Emmanuel AVONYO, op

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