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Pensée du 12 avril 10

« L’image poétique nous met à l’origine de l’être parlant (…) elle devient un être nouveau de notre langage, elle nous exprime en nous faisant ce qu’elle exprime. »

Gaston BACHELARD, La poétique de l’Espace

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GRILLE DE LECTURE

L’imagination est la faculté de se représenter par l’esprit des objets irréels ou jamais perçus, ou la faculté de restituer à la mémoire des perceptions antérieures, alors que l’image est une représentation qui rend présente une chose absente. L’imagination produit des représentations en forme d’images. Nous prendrons néanmoins imagination poétique et image poétique pour synonymes, malgré les nuances qui ressortent des définitions. L’image poétique ou le symbole poétique est la troisième modalité du symbole après les modalités hiérophanique (cosmique) et onirique (psychique).

Pour Gaston Bachelard, l’image poétique est essentiellement verbe. La création poétique met l’homme à l’état naissant ou à l’origine de l’accession au verbe en même temps qu’elle met le langage en état d’émergence. La création poétique nous porte aux limites de la naissance du verbe et nous immerge dans l’être natif du langage. Parce qu’il faut toujours une parole (poétique) pour reprendre le monde et lui donner sens, l’homme se retrouve à l’origine de l’être parlant, au principe de toute intentionnalité. L’imagination poétique en tant qu’émergence du langage, reflète l’homme à l’état émergeant et fait de lui une nouvelle éruption existentielle, elle traduit un homme nouveau et, par le fait même, renouvelle l’homme. L’image poétique produit en l’homme le discours d’avant tout discours et présente l’homme comme un premier animal discursif. Elle dote l’homme d’un langage sur soi et le donne à saisir comme un être parlant.

Il convient de distinguer l’imagination poétique de la représentation imagée du passé. Selon Ricœur, il faut distinguer l’imagination (poétique) de l’image (du passé), si l’on entend par image la fonction de l’absence, la néantisation du réel dans un irréel figuré. Cette image-représentation, conçue sur le modèle du portrait de l’absent, est encore trop dans la dépendance de la chose qu’elle irréalise, elle reste un procédé pour se rendre présentes les choses du monde. L’image poétique, telle que Bachelard la présente, est beaucoup plus près du verbe que du portrait. L’imagination n’est rien d’autre que le sujet transporté dans les choses. L’image poétique est donc l’occasion de la saisie des choses de l’intérieur. Cette saisie est poétique, langagière, parce que « le langage est aux postes de commande de l’imagination ». L’homme ne met en discours que ce que l’imagination s’approprie. L’imagination est le ferment de la pensée tout comme le poème est une grappe d’images qui convoquent l’homme à la naissance par et dans le langage.

Emmanuel AVONYO, op

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