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Pensée du 28 avril 10

« Le génie cartésien est d’avoir porté à l’extrême cette intuition d’une pensée qui fait cercle avec soi en se posant et qui n’accueille plus en soi que l’effigie de son corps et l’effigie de l’autre »,

Paul RICOEUR, Philosophie de la volonté, I.

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GRILLE DE LECTURE

Descartes, en quête de certitude absolue a pu mettre en place dans le Discours de la Méthode, le doute méthodique et même hyperbolique. Il en est arrivé à atteindre une intuition qu’il trouve inébranlable : l’intuition que le sujet est une pensée pensante. Le « Cogito ergo sum » (je pense, donc je suis) est au terme de cette démarche de doute qui montre que tout ce qui entoure l’homme, ses raisonnements et son corps le trompent souvent. Il peut donc douter de tout. Cependant, il ne peut douter du fait que le sujet qui doute existe et qu’il est quelque chose. Le Cogito signifie donc que le sujet pensant a conscience de lui-même. Nous pouvons sur le coup dire que cette intuition fondamentale dans la connaissance qu’a le sujet de lui-même et des autres choses exclut de fait toute réalité extrinsèque au sujet pour d’abord le poser comme tel.

C’est pourquoi Paul Ricœur peut affirmer que la pensée (le sujet) fait cercle avec soi en se posant. Seule l’intuition de la pensée d’une existence inébranlable du sujet qui doute est certaine. L’existence du sujet est certaine. Le sujet est donc un « roseau pensant » essentiellement. Cela traduit le fait que même si l’on peut refuser au sujet certains accidents, certaines réalités qui font son être-au-monde, il  y a pour lui quelque chose qui le constitue intrinsèquement : la pensée. Car, cette pensée le conduit nécessairement et sans aucun doute à se réaliser existant, et cela irrévocablement. La pensée est donc intrinsèque à l’homme. Nous pouvons affirmer que l’homme est pensée fondamentalement, il est une pensée pensante comme nous l’avons souligné plus haut. La pensée se pense et se pose comme pensée pensante, agissante. Sans cela, l’homme ne peut se saisir véritablement, ni être sujet véritablement. Le corps devient en fin de compte comme un accident, quelque chose qui se greffe sur la pensée.

Avec Descartes donc, la pensée est substance de l’homme et son corps, un accident. Mais dans l’opération même de la pensée, ce corps est pensé et reçu, comme une image qui survient et survit. Dans cette même opération, le corps de l’autre aussi est perçu de la même manière car l’homme ne peut faire abstraction d’une saisie de tout ce qu’il perçoit, pénètre de sa pensée et intellige. L’homme comme pensée demeure toujours en relation avec soi et avec l’autre. Sinon il ne serait plus relationnel, personnel. Il se déploie avec sa pensée et accueille les autres en lui, à commencer par lui-même. L’homme a conscience de lui-même dans la relation à soi et dans la relation à l’autre. La conscience est ici une aperception transcendantale, et elle ne peut plus que représenter les autres choses en dehors d’elle. Car nous le savons, la conscience (pure) est un savoir de toutes les représentations de l’humain.

Aristide BASSE, o.p.

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