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Pensée du 15 décembre 09

« Après toutes les crises épuisantes, les indécisions, les allers-retours, les pas de plus et les plus de pas, sans doute le problème reste-t-il « irrésolu ». Mais de quelle résolution s’agit-il ? De quelle insolution et de quelle insolvabilité ? »

JACQUES DERRIDA, La carte postale

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GRILLE DE LECTURE

Cette pensée de Jacques Derrida est à inscrire dans la grande entreprise de déconstruction de la métaphysique. Kant appelait à ramener la métaphysique dans le champ de la connaissance. Heidegger affirmait que la métaphysique n’a fait que se fourvoyer dans l’oubli de l’être. Nietzsche invitait dans Humain, trop humain à triompher de la métaphysique. Gabriel Marcel demande de renoncer à l’abstraction. Tous ces philosophes, à des degrés divers, ont le sentiment que l’histoire de la métaphysique est ni plus ni moins un ensemble de chapitres ressassant les indécisions, les allers-retours et les controverses entre courants philosophiques. Il convient de se poser à nouveau la question : qu’est-ce que la métaphysique ? ou alors, à quelle détermination de la métaphysique renvoie cette pensée de Derrida ?

Peut-on parler de « la métaphysique » dans cette multiplicité grouillante de symphonies indécises ? Parler de la métaphysique dans cette indécision justifiera la déconstruction de la métaphysique. Non seulement la métaphysique est une ballade de santé sur des riens, mais le geste métaphysique est aussi accusé de tout ramener à l’Un comme l’instance fondatrice, le signifié transcendantal. Derrida appréhende la métaphysique comme une « arché-téléologie », c’est-à-dire comme une réflexion sur le fondement universel, une quête du fondement radical du sens et de la vérité (François Nault, Derrida et la théologie, p. 53). La pensée métaphysique est donc cette pensée du seuil au-delà duquel la dérive du sens et de la vérité n’est plus pensable.

La déconstruction derridienne, pour être située dans le vaste mouvement de contestations de la métaphysique, doit être distinguée des autres critiques qui posent surtout les limites quasi externes de l’entreprise métaphysique. Pour lui, la métaphysique est une « cristallisation d’un symptôme pathologique » qui l’anime de l’intérieur. Le foyer crisique est à l’intérieur de la métaphysique elle-même, remplie d’apories insolvables. Derrida semble insister sur la non-identité à soi de la pensée métaphysique qui, à force de crises, perd le contrôle de son objet d’interrogation et s’annule dans l’évasion. D’où l’insolution, l’insolvabilité du problème qui anime sa quête.

Mais quoi qu’on dise, Derrida reste dans la ligne de ses prédécesseurs. Parce qu’il critique  l’identification de l’instance fondatrice l’Un à Dieu. Il appelle comme Michel Foucault à opérer un décentrement qui ne laisse de privilège à aucun centre. Pour Derrida, après Heidegger, « la forme matricielle de l’histoire de la métaphysique » se situe dans la détermination spécifique de l’être comme présence. La présence est un attribut de l’Un auquel tout se ramène. La diversité des noms ayant servi à désigner l’objet de la métaphysique se consentre sur le noyau invariant d’une présence qu’on peut appeler essence, existence, substance, sujet, alétheia, transcendantalité, Dieu…

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 14 décembre

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