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Pensée du 13 décembre 10

 

« Je suis une chose qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis. »

René DESCARTES, Méditations métaphysiques, III, 24.

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GRILLE DE LECTURE

L’homme est un être fini mais pas un être achevé. Il est à l’état de possibilité pure. Tout son effort consiste à actualiser le monde des possibles qu’il recèle. Son esprit est un puissant moteur d’accroissement de potentialités et d’élévation de soi. Et quand bien même par son esprit, l’homme peut connaître la terre et ses royaumes, le firmament et les étoiles, contenir tout l’univers, l’homme désire ce qui le comble de biens de façon durable. Il est pleinement homme mais il recherche sans cesse ce qui perfectionne son humanité. L’homme est une chose qui pense et qui se dépasse, qui se transcende infiniment, qui réalise que son origine est hors de lui. « Et quelle peut-être mon origine vraiment première, sinon quelque chose de plus grand et de meilleur que moi ? Ma fin est hors de moi : et quelle peut être ma fin vraiment dernière, sinon encore quelque chose de plus grand et de meilleur que moi ? » 

Certes, aucun homme ne peut se considérer soi-même sérieusement sans se demander ce qui soutient son devenir et ce qui l’attire vers un meilleur être. Les questions métaphysiques telles que  « que puis-je ? » « que suis-je ? » « quel est mon principe ? »  « quelle est ma fin ? » nous remettent sans cesse devant la vérité de nos aspirations les plus profondes. Elles nous rappellent aussi la nécessité de dépasser l’évanescence de l’existence. Tout ce qui sépare l’homme de ce qui le finalise fragilise la consistance ontologique de son existence. La réalité telle que nous la trouvons dans le monde, écrit Karl Jaspers, a un caractère évanescent entre Dieu et l’existence.  La vie est évanescence totale dès lors qu’elle n’est pas orientée vers la perfection proportionnée à notre meilleur être-homme. Une autre question : comment l’homme en vient-il à la prise de conscience de ses potentialités spirituelles ? Au sein des situations heureuses, lorsque les vœux humains sont exaucés, les hommes se laissent séduire par la vie, le monde leur apparaît comme une harmonie de l’être. Mais quand se dresse en révolte l’expérience du malheur dans son atrocité, le désespoir jette un défi nihiliste à l’harmonie de l’être. Du coup, l’homme se rappelle qu’il est fait pour plus, qu’il doit viser plus haut. Il laisse libre cours aux semences d’éternité qui sommeillent en lui et qui appellent une satisfaction durable. Il se dit que l’homme ne peut qu’être le servant de son origine (Heidegger), car « dans notre liberté, nous sommes à nous-mêmes un cadeau, un don de la transcendance. »

Emmanuel AVONYO, op