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Pensée du 28 janvier 11

« L’homme, par le fait qu’il est ouvert sur l’être purement et simplement, devient capable du bien pur et simple : sa capacité d’amour ne pourrait être comblée que par la chose qui serait, non une incarnation particulière, participée, du bien, mais tout le bien, le bien par essence. »

Patrick HERMAND, « L’homme », Encyclopédie Catholicisme, (tome 5).

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GRILLE DE LECTURE

Pour comprendre l’Homme, il faut commencer par l’homme. L’homme est un univers qui se dédouble, se reprend et se possède, cherche sans cesse à devenir transparent à lui-même. L’homme est une subjectivité, il est un tout qui se possède mais qui n’épuise pas sa propre profondeur. D’un mot, l’homme est d’abord une conscience de soi. Toute conscience étant conscience de quelque chose, la subjectivité de l’homme est nécessairement une subjectivité ouverte, une conscience orientée non seulement vers son propre être mais vers tout l’être. En effet, l’homme vise la totalité de l’être depuis son centre de perspective subjectif. C’est ainsi que Pascal a pu dire que l’homme par son esprit contient l’univers qui l’enserre de toute part. Il y a continuité entre l’homme et le cosmos. A l’intérieur de lui-même, ses propres activités biologiques et instinctives sont liées par la vie de l’esprit à son environnement cosmique. Par son esprit, l’homme est ouvert à tout ce qui existe ou peut exister, il entre en communion, en « co-naissance » avec le monde des essences intelligibles. Et il vise sans pouvoir y atteindre parfois, à travers le mystère de l’intelligibilité des êtres, ce qu’ils ont de nécessaire et de permanent, l’universalité qui les rassemble : l’être dans sa pureté, le bien suprême.

Dans sa tension vers l’être universel, l’homme peut être considéré comme un être transcendant. Le rapport appétitif (désirant, voulant) qui le porte vers la totalité de l’être le définit comme une transcendance capable du bien pur. L’homme capable du bien est celui qui ne se contente pas d’un bien factice ou accessoire mais veut le bien sans ratures comme objet d’intellection (de connaissance et d’amour). Pour lui, l’amour ne consiste pas à se laisser emporter par des biens qui ne sont que des reflets dégradés du bien parfait. Il faut les inscrire dans un ordre qui élève la vie matérielle aux dimensions de sa fin spirituelle. C’est pourquoi le désir humain doit porter à transcender la matière, le temps et l’espace. Ouvert sur l’infini du bien, l’homme pourra ainsi perfectionner sa volonté spirituelle et dominer ses actes d’amour. La subjectivité de l’homme signifie ici son autonomie, l’indépendance qu’il prend vis-à-vis des biens intermédiaires. L’homme est autonome en tant que personne accomplissant sous sa propre responsabilité sa destinée. Sa seule dépendance concerne le bien parfait qui apaise sa soif du bien. Son amour vise désormais une sur-existence irréductible à la vie matérielle. La capacité du bien qui est en l’homme est une capacité de sur-existence spirituelle sans laquelle l’homme reste dans une ouverture vide et ne retrouve pas l’unité substantielle qui totalise son l’être.

Emmanuel AVONYO, op