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Pensée du 03 novembre 10

« Le discours philosophique n’est pas créateur de soi, mais s’inscrivant dans une histoire, il emprunte à celle-ci et à l’ensemble des apports culturels qui la composent, le matériau linguistique et conceptuel dont il a besoin pour s’énoncer. »

Simon DECLOUX, in Pour une philosophie chrétienne.

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GRILLE DE LECTURE

La philosophie est fille de son temps, disait Hegel. Mais pour autant, son discours n’est pas autonome au point d’être créateur de soi. Tout discours philosophique s’enracine dans une histoire dont il assume les outils langagiers et conceptuels. C’est de cette manière qu’une philosophie est fille de son temps. Elle épouse le matériau culturel de son époque et y tire les ressources spéculatives nécessaires à son élaboration. En fait, le matériau linguistique et conceptuel dans lequel s’exprime une philosophie donnée est bien le sceau de l’histoire et du temps sur cette pensée. L’événement locuteur du langage est la marque de l’historialité et de la temporellité de toute parole pensante. Ce matériau peut encore évoluer dans le temps, il peut renouveler la pensée philosophique ainsi que le vécu dont elle se fait l’interprète. La philosophie est avant tout l’expression interprétative singulière d’une expérience vécue dans l’espace et le temps.

La philosophie parle grec, affirmait Heidegger. Car, il semble que la rationalité philosophique soit fondamentalement marquée par la culture grecque qui l’a vu naître. Que la philosophie parle grec, cela ne l’empêche pas de parler chinois, d’emprunter d’autres outils conceptuels pour se dire, puisqu’elle se veut fille de son temps. On parle peut-être de moins en moins polémiquement d’une « philosophie africaine », mais celle-ci, pour prétendre à une existence irréfutable, n’a-t-elle pas besoin de s’énoncer dans la langue et les concepts des défenseurs de cette philosophie provinciale ? Quoi qu’il en soit de cette dernière façon de voir le philosopher, il est évident que toute pensée revendique une incarnation qui est loin de se réduire à un fait d’intérêt géographique. Cette incarnation culturelle ne peut s’apprécier et s’authentifier qu’à l’aune des œuvres qui l’expriment. Selon cette manière de voir, l’histoire de la philosophie n’est pas un récit de faits produits par-ci ou par-là, mais surtout l’interprétation méthodique et rationnelle de l’intuition métaphysique qui sous-tend la culture d’une époque donnée.

Des philosophes comme Etienne Gilson, Jacques Maritain et Maurice Blondel ont mis en valeur les apports positifs du christianisme en tant que phénomène culturel d’essence surnaturelle à la vitalité conceptuelle de la philosophie médiévale. Faisant œuvre de philosophes chrétiens, ils ont exploré, selon la méthode philosophique, le sens de catégories plus directement spécifiques à la révélation chrétienne (nature, grâce, Dieu, Etre, péché…) tout en se gardant de franchir illégitimement les frontières du discours philosophique. Selon Simon DECLOUX, le discours philosophique occidental s’inscrit dans une histoire métaphysique où le christianisme a été déterminant pour la culture. La foi religieuse a contribué à forger des concepts rationnels décisifs pour la prise de conscience par l’homme des implications de son existence et des fondements derniers du réel.

Emmanuel AVONYO, op