« Nous sommes raisonnables, notre vertu, notre prétention, c’est d’aimer la Raison, ou plutôt d’aimer l’Ordre… Appliquons-nous donc à connaître, à aimer, à suivre l’Ordre : travaillons à notre perfection. »
MALEBRANCHE, Traité de morale, Editions H. Joly, p. 9.
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GRILLE DE LECTURE
Descartes écrivait que l’homme est une chose qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de plus grand qu’il n’est. Les choses pensantes, les êtres raisonnables, ont une prétentieuse vertu : non seulement ils cherchent sans cesse à atteindre à la perfection mais ils aiment aussi la Raison et l’Ordre. Dit autrement, la Raison est l’un des chemins qui perfectionnement l’homme. La Raison ici n’est pas d’abord une faculté d’abstraction mais d’Ordre, une vertu. Malheureusement, la vertu des êtres raisonnables est à la fois une prétention, parce qu’elle s’accompagne de la foi démesurée en la Raison. Malebranche, héritier de Descartes, encourage l’amour de la Raison pour deux raisons : la première est que cela conduit à la perfection, et la seconde, Dieu « récompense nécessairement la vertu ». Si l’on s’en tient à la première raison qui apparaît clairement dans cette pensée, le moins qu’on puisse dire, c’est que la morale est comme indissociable de la vie raisonnable. La Raison perfectionne l’homme et donne direction et signification à l’œuvre humaine.
Ruyer affirmait dans sa Philosophie de la valeur que la logique est la morale de la pensée. La morale en matière de vie pensante, ne se définit pas ici dans les termes axiologiques (normatifs) du bien et du mal. La morale de la pensée prend le sens de l’inspirateur d’Ordre. Elle invite à atteindre la perfection par l’amour de l’Ordre et de la logique. C’est une morale de la perfection, mais la perfection dans l’Ordre. L’Oratorien Malebranche a toujours soutenu que la morale de la perfection est préférée par les âmes cultivées, par les choses pensantes dirait Descartes. La morale de la perfection est faite pour les hommes cultivés si tant est qu’ils aspirent de nature à quelque chose de meilleur qu’eux-mêmes, et que le propre de la culture est de dessiller les yeux et de faire découvrir le chemin qui sépare l’homme de la perfection.
La culture permet à l’homme de reconnaître la place de l’Ordre dans sa vie et afin de lui vouer un amour intelligent. L’Ordre ne vient pas se surajouter à l’homme comme une matière venant de l’extérieur ; car si la Raison est la chose la mieux partagée des humains, l’Ordre s’avère l’apanage absolu des choses pensantes que nous sommes. Ainsi, la culture ne fait que susciter et développer cette morale de l’Ordre pour porter la Raison à son achèvement et l’homme à la perfection proportionnée à sa nature d’être raisonnable. N’oublions guère que l’homme vaut toujours plus par ce qu’il est que par ce qu’il acquiert ou fait. La plus grande valeur de l’homme se trouve dans l’amour non démesuré de la Raison en vue de sa perfection morale, spirituelle et intellectuelle.
Emmanuel AVONYO, op
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