« Par son action volontaire, l’homme dépasse les phénomènes ; il ne peut égaler ses propres exigences ; il a, en lui, plus qu’il ne peut employer seul ; il ne réussit point, par ses propres forces, à mettre dans son action voulue tout ce qui est au principe de son action volontaire. »
Maurice BLONDEL, L’action
_______________________________________________________________
GRILLE DE LECTURE
L’homme a la maîtrise des phénomènes mais il ne domine pas son propre vouloir, il n’épuise pas les secrets ressorts de sa volonté ; ses forces ne peuvent pas être employées seules, sa volonté voulue (volonté de surface) entre en conflit avec sa volonté voulante (volonté profonde et spirituelle), car les principes de celle-ci ne gouvernent pas toujours celle-là. La volonté spontanée de l’homme ne s’accorde pas avec sa volonté réfléchie. Bien souvent, derrière la volonté de ne rien vouloir s’affirme la ferme volonté de vouloir. L’homme n’affirme le néant que parce qu’il a besoin d’une réalité plus solide et plus comblante. Par ailleurs, en étudiant toutes les sphères de l’action humaine, Maurice Blondel parvient à un constat pour le moins cruel : l’activité scientifique, l’activité personnelle et individuelle, l’activité sociale qui engendre la famille et la patrie, tendent, sous l’influence de certaines doctrines, à vouloir borner la destinée humaine à tel out tel secteur de l’activité humaine. A côté de l’hypocrisie de la pensée qui prétend tout savoir, il y a la tendance humaine à se créer des idoles telles que la science, la nation, afin de leur conférer la valeur absolue qu’elles n’ont pas. Quoi que l’homme fasse, son activité est en quête insatisfaite de l’absolu. Conclusion : la volonté humaine extravagante s’est engagée dans une difficulté inextricable en voulant se limiter à l’ordre naturel.
Que faut-il faire ? C’est bien la question qu’il faut se poser lorsqu’il est établi qu’on ne peut éluder le problème de la destinée humaine pendant que l’action humaine semble marquée d’une inachevabilité quasi incurable. Voici un début de réponse de Maurice Blondel : « Il est impossible de ne pas reconnaître l’insuffisance de tout l’ordre naturel et de ne point éprouver un besoin ultérieur. Il est impossible de trouver en soi de quoi contenter ce besoin spirituel. » Ceci n’est qu’un début de réponse parce que Blondel affirme quelque chose de plus implacable : aucune activité de l’ordre naturel ne suffit à saturer le vouloir profond de l’homme qui est un désir d’absolu ; la condition nécessaire de l’achèvement de l’action humaine paraît inaccessible à l’action humaine qui se replie sur elle-même. « Par son action volontaire, l’homme dépasse les phénomènes ; il ne peut égaler ses propres exigences. » L’homme doit s’interroger lui-même, car le fait qu’il prétende trouver sa suffisance dans l’ordre naturel et qu’il n’y parvienne pas le projette dans une crise identitaire. Tout homme veut obscurément l’absolu en vue de l’achèvement de son action volontaire. Face à l’immanence de la crise identitaire à la condition humaine, l’homme ne peut que s’ouvrir à l’action surnaturelle par un saut dans l’absolu.
Emmanuel AVONYO, op
COMMENTAIRES