Pensée du 13 octobre

« L’idée de Dieu fut jusqu’à présent la plus grande objection contre l’existence. Nous nions Dieu… par là seulement nous sauvons le monde. »

NIETZSCHE, Le crépuscule des idoles

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GRILLE DE LECTURE

Nietzsche associe « Dieu » aux interdits qui empêchent le sujet de vivre selon son naturel, de faire ce qu’il désire et ce qu’il projette lui-même. Par son athéisme Nietzsche appelle de ses vœux un type d’homme nouveau qui ose aller son propre chemin en évitant deux écueils. Il veut d’abord éviter un Dieu moralisateur dont l’essence réside dans une perfection qui nous étouffe, un Etre suprême incapable de devenir, de changer, de se renouveler, donc de vivre une vie véritable. Eviter un Dieu dont le domaine est le passé parfait, l’idée conclue, le fait accompli, le jugement sans appel, la sentence définitive, car sa raideur risque toujours de se propager et d’entraver la vie ; éviter ce Dieu de la mort, mort lui-même, en tuant s’il le faut son ombre qui hante encore nos parages . Mais il veut aussi échapper à l’autre extrême, celui du nihilisme séculier et « laïc » qui rend impossible toute nouveauté véritable par manque d’imagination

Mervy Monsoleil AMADI, op

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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4 responses to this post.

  1. Posted by Fr. Justin, op. on octobre 13, 2009 at 4:24 pm

    Nier Dieu suffit-il vraiment à sauver le monde ? Le salut du monde se situe t-il nécessairement dans la négation de Dieu ? Je ne partage pas beaucoup cette assertion de Nietzsche.

    A mon avis la négation de Dieu est la meilleure manière pour l’homme de marcher dans la nuit du monde. Avec l’avènement de l’Auflärung, l’homme se croyait assez mature pour prendre en main sa propre destinée et se tracer des sillons dans l’être ! Mais qu’avons-nous observé ? L’homme, voulant chasser Dieu de son espace vital, se trouve du coup dans un monde à l’envers. Les valeurs les plus élémentaires à l’humain sont travesties et foulées au sol. Au fond, ce monde sans Dieu a fait naître un monde sans valeur morale avec un tableau sombre marqué par les guerres mondiales, le terrorisme, La perversion sexuelle, la destruction de l’écosystème au nom d’une simple curiosité de la technoscience. Le prophète Zarathoustra dont Nietzsche faisait l’éloge n’est-il pas finalement lui-même l’incarnation des maux dont nous venons d’évoquer quelques uns?

    Dans son ouvrage intitulé, « Les hommes contre l’humain », Gabriel Marcel affirme: « Ce que la technique a réussi à faire, c’est d’enlever l’espoir à l’homme ».

    Fr Justin, op.

  2. Posted by Anonyme on octobre 13, 2009 at 4:51 pm

    L’athéisme est-il le nouvel opium du peuple ? La question est posée à Marx. « Dieu n’existe pas, alors tout est permis. » écrivait Dostoïevski dans Les frères Karamazov (?). il importe de s’interroger sincèrement : comment veut-on sauver le monde sans le principe du salut.Il faut encore qu’on s’entende sur la définition de ce principe. N’allons pas à la polémique. Il suffit de comprendre que prétendre que Dieu n’existe pas pourrait rassurer (sauver) certains par rapport à leur passé douteux. Il semble que ce soit là un prétexte pour faire absolument tout ce qu’ils veulent, mal ou bien, tant que ça arrange. Quelque part, en se débarrassant de Dieu, on se débarrasse du jugement dernier des chrétiens, et de toutes nos fautes, pour les philosophes croyants. Nietzsche n’est rien de tout cela, mais il est plus que tous : un athée. L’athéé, lui aussi, a tout intérêt à nier Dieu.

    c’est alors que la question est maintenant posée à Nietzsche, le prophète qui scie la branche sur laquelle il s’assied : qu’il se fasse le défenseur d’un monde qui va mal lorsque les dieux sont déjà en putréfaction. La putréfaction de Dieu n’est-elle pas la putréfaction de l’homme ? Est-ce ainsi que le monde se sauve ? Ce philosophe paradoxal semble confirmer le point de vue de cet académicien qui m’a précédé. Nietzsche écrivait :« Qu’avons-nous fait, à désenchaîner cette terre de son soleil ? Ne sommes-nous pas précipités dans une chute continue ? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? N’entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui ont enseveli Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la putréfaction divine ? Les dieux aussi se putréfient. Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué. »

  3. Posted by Fr. Justin, op. on octobre 13, 2009 at 10:03 pm

    Je la trouve très judicieuse et formidable ton analyse. Tu as touché du doigt le fond même de l’athéisme nietzchien. Quel type d’homme aimerait-on voir finalement? Un homme hors de l’humain, assombri? Ou bien cet homme qui trouve sa vraie joie dans la contemplation de l’essence divine, source de son bonheur? Bonne marche philosophique…

  4. Posted by Anonyme on octobre 13, 2009 at 11:07 pm

    cher Académicien, vous me tirez le chapeau, merci. Je n’ai aucun mérite, j’ai considéré que nier Dieu pour sauver désespérément le monde est symptomatique de la farce que Gabriel Marcel qualifie élégamment comme « les hommes contre l’humain ». Il n’y a pas d’athéisme absolu sans risque de contradiction interne. C’est vous qui m’inspirez. Comme quoi la marche philosophique de « l’homo viator » est une marche sur les pistes de l’autre, notre obligé.

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