« C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit… Qui croit seulement ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. »
ALAIN, Propos sur la religion
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GRILLE DE LECTURE
Alain nous appelle à nous détacher de nos préjugés. Réfléchir exige de nous une sortie, une sortie des idées toutes faites, une sortie des minorités comme l’avait dit le philosophe prussien. Philosopher c’est apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Nous pouvons dire en ce sens que Alain a été peut-être influencé par l’humanisme cartésien, passionné de la liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais invite à se méfier des idées toutes faites. Pour lui, la capacité de jugement que donne la perception doit être en prise directe avec la réalité du monde et non bâtie à partir d’un système théorique. Cette pensée du philosophe français a peut-être des subtilités d’athéisme que nous ne maîtrisons pas bien, mais l’enseignement que nous y avons reçu est celui d’une invitation à penser par nous-mêmes selon l’ordre de la raison
Posted by Clémentine T. on octobre 14, 2009 at 4:35 am
Franchement, Academos, vos pensées de ces jours-ci suscitent débat.Hier ceux qui sont intervenus n’ont fait qu’attaquer la pensée de Nietzsche et il se voit clairement qu’ils sont croyants. Parce que Nietzsche continue d’avoir raison d’eux.Les croyants sont victimes « d’une morale des esclaves ». C’est à eux que la pensée de ce jour est adressée. Quel esclavage en effet que croire ! Leur foi les empêche de reconnaître que croire c’est inhiber la réflexion. La foi catholique dogmatique nous prouve bien que qu’on ne peut pas croire et réfléchir. Je ne suis pas contre la lecture qu’en fait la grille de lecture, elle joue bien son rôle de canevas de lecture. D’ailleurs elle soupçonne comme de règle un athéisme chez Alain. Tous ceux qui critique la croyance sont fils d’athée. Qu’importe.
Je crois que la philosophie, la pensée critique, le penser par soi-même doit nous permettre de mettre à plat ces illusions pour chercher à nous conquérir.Au pire des cas, j’invite ceux qui croient encore docilement aux paroles des curés à devenir un peu critiques vis-à-vis de leur foi, ils verront leurs curés se former davantage à la philosophie et à la théologie. C’était Clémentine, répondez-moi si vous ne partagez pas ma critique.
Posted by Emmanuel on octobre 14, 2009 at 1:55 pm
« Quel esclavage que de croire », écrivez-vous chère internaute. Eh bien, c’est un esclavage partagé par nous tous, vous et nous, athées et croyants, puisqu’un athée n’est pas forcément incroyant et que l’athéisme est une croyance. Soit l’athée ne croit pas en Dieu, soit il croit que Dieu n’existe pas. C’est surtout ce second cas qui l’associe à l’esclavage de la croyance, et qui montre qu’en tout, nul n’échappe à la croyance. Je m’explique encore si vous me le permettez.
Est athée un être sans Dieu, un être qui ne croit pas en Dieu, un incroyant dans ce cas. C’est un athéisme négatif. L’athéisme positif ou militant consiste à croire que Dieu n’existe pas. L’athée croit ici en une absence d’existence. Dans ce second cas, l’athéisme est une croyance, mais une croyance négative. L’athée n’est a-thée que d’un objet de croyance, mais un objet absent. L’athéisme est parfois l’absence d’une croyance, mais il est par-dessus tout la croyance en une absence, une croyance négative. L’athéisme est une croyance niée.
Soit l’athée croit que Dieu n’existe pas, soit il croit en un objet qui n’est pas le Dieu dont nous parlons. Ne pas prendre parti pour Dieu, donc prendre parti contre notre Dieu, c’est prendre parti pour une autre croyance, ne serait-ce que celle de l’inexistence de Dieu. C’est une attitude éminemment rationnelle. Ainsi, tout athéisme est relatif, mais aussi, tout athéisme est une forme d’esclavage, même dans la pensée. Double esclavage, lorsqu’on ne sait pas, comme le penseur Nietzsche, que son athéisme n’est que la négation d’un objet particulier de croyance et qu’on végète dans l’ignorance de sa croyance pour ne stigmatiser que les autres. Enfin ! Je m’excuse pour la critique acerbe.