Posts Tagged ‘préjugés’

Pensée du 01 avril 11

« Ce n’est qu’en reconnaissant ainsi le rôle essentiel des préjugés en toute compréhension qu’on porte le problème herméneutique à sa véritable extrémité. »

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.

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GRILLE DE LECTURE

Les préjugés jouent un rôle essentiel dans le phénomène herméneutique. Selon Gadamer, une situation herméneutique est toujours déterminée par les préjugés que nous apportons avec nous. Ils font partie de la structure d’anticipation du comprendre ; c’est l’acquis préalable, la vue ou la saisie qui anticipe la compréhension elle-même si tant est qu’il n’y a pas de compréhension ex nihilo. Au vrai, la tâche herméneutique commence généralement par une préconception ; les préjugés orientent cette compréhension anticipée. Lorsque « Heidegger démontre que le concept de conscience chez Descartes et le concept d’esprit chez Hegel sont encore gouvernés par l’ontologie de la substance des Grecs », son interprétation n’est guère arbitraire ni fantaisiste. Elle part d’un « acquis préalable » qui rend intelligible la tradition dans laquelle s’inscrivent Hegel et Heidegger. La conscience historique qui porte toute interprétation souligne l’importance de la tradition socio-culturelle et des préjugés sur la nouvelle compréhension d’un texte. Il convient de mentionner que le concept de préjugé n’a pas chez Gadamer la connotation toute négative que le sens commun lui confère. Il renvoie simplement à l’influence capitale de la tradition historique et des acquis préalables en herméneutique.

Littéralement, « préjugé » voudrait dire « jugement porté avant l’examen définitif de tous les éléments déterminants quant au fond ». Le mot « préjugé » ne signifie donc pas à tout prix un jugement non fondé ou erroné. Il peut y avoir des préjugés légitimes. Le concept de préjugé peut recevoir une appréciation positive ou négative selon les cas. C’est sous l’influence de l’Aufklärung que le concept de préjugé a reçu l’accent négatif qui nous est plutôt familier.  Gadamer fait observer dans Vérité et Méthode que dans la théorie des préjugés de l’Aufklärung, il y a deux catégories de préjugés : ceux dus à l’autorité humaine et ceux dus à la précipitation. C’est l’idée que l’autorité d’une autre personne serait une source de préjugés qui aurait motivé cette formule de Kant : ose te servir de ta propre raison. Quand bien même la répartition précédente ne peut être restreinte au domaine de la compréhension des textes, Gadamer indique qu’elle trouve une application privilégiée dans la sphère herméneutique. Car « la fixation par l’écrit contient un élément d’autorité d’une particulière importance… La possibilité qu’une chose écrite ne soit pas vraie n’est pas facile du tout à réaliser… C’est une sorte de pièce à conviction. Il faut un effort critique particulier pour se libérer du préjugé en faveur de ce qui est écrit. » Cela revient à reconnaître que les préjugés et les acquis préalables doivent encore être dépouillés de leur dimension historique subjective pour ne pas induire l’interprète en erreur.

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 23 janvier 10

« C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit… Qui croit seulement ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. »

ALAIN, Propos sur la religion

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GRILLE DE LECTURE

Alain nous appelle à nous détacher de nos préjugés. Réfléchir exige de nous une sortie, une sortie des idées toutes faites, une sortie des minorités comme l’avait dit le philosophe prussien. Philosopher c’est apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Nous pouvons affirmer en ce sens que le philosophe Alain a été peut-être influencé par l’humanisme cartésien, passionné de la liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais invite à se méfier des idées toutes faites. Pour  lui, la capacité de jugement qu’offre la perception des choses doit être en prise directe avec la réalité du monde et non bâtie à partir d’un système théorique. Cette pensée du philosophe français a peut-être des subtilités d’athéisme que nous ne maîtrisons pas bien, mais l’enseignement que nous y avons reçu est celui d’une invitation à penser par nous-mêmes selon l’ordre de la raison

Mervy Monsoleil AMADI, op

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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L’entente comme essentialité de la tâche herméneutique chez Gadamer

L’Atelier des concepts

Semaine du 11 janvier 2010

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Chers autres dans le Tout Autre,

Nous voici déjà embarqués dans le navire de l’année 2010, laissant derrière nous celui de l’année 2009. Au regard de cette merveille où nous avons célébré ce qui, sans temps, nous a donné un nouveau temps pour nous exercer à suivre le « sans temps », je m’en vais vous souhaiter mes vœux les meilleurs. Plaise donc au Tout autre de réaliser nos attentes de bonheur. Lequel bonheur nous aidera à nous situer dans la proximité de ce qui constitue l’ultime individualité de notre individuel.

Chers athéniens, chers autres dans le Tout Autre, vous dont le voisinage dans le savoir constitue pour moi le chemin qui mène à mon soi, je vous formule mes vœux choisis de paix et de santé. Plaise au Tout Autre, ce « sans temps » qui dans son ineffable kénose, nous retrace les lueurs d’espérance, de nous approcher un peu plus de lui. Puissions-nous en cette nouvelle année être la nouvelle crèche qui apporte la fraîcheur de la vie. Comme don de cette nouvelle année, je nous offre cet article afin de continuer notre pèlerinage philosophique. Vous voudriez bien découvrir et recevoir de mon être-vie, toute ma reconnaissance et que l’Être puisse bouillonner un peu plus en nous.

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L’entente comme essentialité de la tâche herméneutique chez Hans Georg GADAMER

Elvis Aubin Klaourou

L’objet de cette réflexion est de définir la tâche herméneutique chez Gadamer. Une telle ambition exige dès l’amorce de ce travail, que nous répondions à la question qui se pose d’elle-même sur le sens de l’herméneutique. Pour mieux appréhender ce sens, il nous faut aller à la source de ce concept, c’est-à-dire, le visiter en sa résonance étymologique. Dans cette perspective, l’herméneutique pourrait être saisie comme médiation en vue de produire un message intelligible. Dans les emplois qu’en fait la langue grecque, ce message porte, en règle générale, un caractère de vérité, d’autorité, d’authenticité, et se réclame parfois d’une origine divine[1]. A la lumière de son sens étymologique, l’herméneutique et plus précisément la philosophie herméneutique se définit comme art de comprendre (verstehen) et d’interpréter (auffassen)[2]. En elle, l’herméneute tente de « relire et de comprendre le texte d’autrui afin d’annoncer la pâque spéculative de la résurrection du sens »[3].

Telle que développée par Schleiermacher dont les recherches constituent le sol de l’éclosion du paradigme herméneutique, elle est un art ; mais c’est progressivement, et d’ailleurs en vertu d’un développement tout naturel, qu’elle le devient. Dès lors, il n’est pas hasardeux d’affirmer que la pointe herméneutique de Schleiermacher se manifeste dans la conception selon laquelle, la tâche de l’herméneute consiste à chercher à comprendre aussi bien et même mieux que l’auteur. C’est d’ailleurs ce qu’il tente de révéler lorsqu’il affirme que : «nous pouvons et devons amener à la conscience claire ce qui pour l’auteur lui-même demeurait inconscient à ses yeux, il est en effet nécessaire que s’établisse un contact aussi direct que possible entre l’interprète et l’interprété »[4].

Ainsi remarquons-nous que Schleiermacher pose l’action herméneutique sur la base psychologique dans la mesure où l’herméneute par une sorte d’épochè de ses préjugés, est invité à communier à l’âme de l’auteur pour ensuite, se laisser féconder par l’intuition qui fut celle de l’auteur. Cette approche de Schleiermacher semble réduire le sens du texte au sens « voulu » par son auteur.

Or, peut-on affirmer que le sens d’un texte se résume au sens « voulu » ? En d’autres termes, la compréhension n’est-elle rien d’autre que la reproduction d’une production originaire [5]? Il est clair que cette position ne peut pas valoir pour l’herméneutique Gadamérienne. Car selon lui,  la philosophie ne commence jamais à zéro, elle doit continuer à suivre la langue que nous parlons et la penser jusqu’au bout[6]. Avec Gadamer, il appert que la tâche herméneutique déborde les cadres méthodologiques élaborés par Schleiermacher. En ce sens, il affirme que « l’herméneutique issue de Schleiermacher apparaît comme un affadissement dans l’ordre méthodique.»[7] Il nous faut ici préciser la notion de préjugé chez Gadamer.

S’agissant des préjugés, la philosophie herméneutique de Gadamer se présente aussi comme un effort de réhabilitation des préjugés de la compréhension. Dans la perspective d’une herméneutique véritablement historique, Gadamer se demande sur quoi doit se fonder la légitimité des préjugés et qu’est-ce qui permet de les distinguer ? Il dit que « si l’on veut rendre justice au caractère historique fini de l’être humain, il faut réhabiliter fondamentalement le concept de préjugé et reconnaître qu’il existe des préjugés légitimes. » Gadamer s’insurge de la sorte contre l’exigence globale de l’Aufklärung, dont la raison critique écarte les préjugés. Pour lui, les préjugés sont une condition de la compréhension ; ils permettent de s’insérer dans le procès de la transmission. Les préjugés, mis en lien avec l’autorité de la tradition, sont le point de départ du problème herméneutique. (Vérité et Méthode, 115-116)

Ceci dit, tout comme Schleiermacher, Gadamer appréhende la philosophie herméneutique comme art de compréhension. Cependant contre celui-ci, il soutient que la compréhension consiste à reconnaître et laisser valoir, c’est-à-dire à comprendre ce qui nous prend. Il est donc établi que chez ce penseur, « la tâche de l’herméneutique est d’éclairer cette merveille de compréhension qui n’est pas une communication mystérieuse des âmes, mais une participation à un sens commun »[8]. Autrement dit, ce qui est visé dans l’exercice herméneutique, c’est l’entente qui se crée lorsque l’interprète et l’interprété se sont accordés sur le même sens. Dans le jeu herméneutique, l’on aboutit à une triple entente.

Il s’agit de celle qui se crée en l’herméneute lui-même dans la remise en cause de ses préjugés. Ensuite l’on assiste à celle qui se produit avec l’auteur, député de toute la tradition qui sous-tend le texte. Et enfin celle qui unit l’interprète avec le Tout autre qui en réalité lui fait signe dans l’acte de la compréhension. Car, nous dit Gadamer toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle[9]. En effet, « ce qui est en question, ce n’est pas ce que nous faisons, ni ce que nous devons faire, mais ce qui survient avec nous, par-delà notre vouloir et notre faire. » (Vérité et Méthode, p. 8).  Somme toute, La compréhension vient au jour dans l’entente. Pourtant, le modèle fondamental de toute entente est le dialogue, la conversation. C’est donc dire que l’entente au rythme du dialogue est l’essentialité de la tâche herméneutique. Mais en fait qu’est-ce que le dialogue ? Telle sera la préoccupation de notre future  méditation dans le penser gadamérien.

Elvis Aubin Klaourou

>>>L’herméneutique à l’école de Paul Ricoeur


[1] Friedrich SCHLEIERMAHER, Herméneutique, trad. Mariana Simon, Paris, Ed. Labores et fides, 1987, p. 5.

[2] Hans Georg GADAMER, La philosophie herméneutique,  trad. Jean Grondin, Paris, Ed. PUF,  2008, p. 5.

[3] Ludwig Feuerbach, L’essence du christianisme, trad. Jean Pierre GROSSEIN, Paris,  Ed. Tel Gallimard, p. 17.

[4] Friedrich SCHLEIERMAHER, Herméneutique, Op., Cit., p. 21.

[5] Hans Georg GADAMER, La philosophie herméneutique, Op., Cit., p. 101.

[6] Ibidem, p. 48.

[7] Ibidem, p. 75.

[8] Ibidem, p. 74.

[9] Hans Georg GADAMER, Le problème de la conscience historique, trad. Pierre FRUCHON, Op., Cit., p. 88.

Pensée du 14 octobre

« C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit… Qui croit seulement ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. »

ALAIN, Propos sur la religion

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GRILLE DE LECTURE

Alain nous appelle à nous détacher de nos préjugés. Réfléchir exige de nous une sortie, une sortie des idées toutes faites, une sortie des minorités comme l’avait dit le philosophe prussien. Philosopher c’est apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Nous pouvons dire en ce sens que Alain a été peut-être influencé par l’humanisme cartésien, passionné de la liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais invite à se méfier des idées toutes faites. Pour  lui, la capacité de jugement que donne la perception doit être en prise directe avec la réalité du monde et non bâtie à partir d’un système théorique. Cette pensée du philosophe français a peut-être des subtilités d’athéisme que nous ne maîtrisons pas bien, mais l’enseignement que nous y avons reçu est celui d’une invitation à penser par nous-mêmes selon l’ordre de la raison

Mervy Monsoleil AMADI, op

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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