« On peut trouver la ‘‘question de Dieu’’ à peu près partout : par exemple dans les rapports entre l’art et la religion, entre la politique et la religion, entre la morale et la religion, etc. »
Bernard Sève, La question philosophique de l’existence de Dieu
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GRILLE DE LECTURE
Bernard Sève montre que la question de Dieu se pose dans beaucoup de domaines, sinon dans tous les domaines de connaissance possible. Et ces domaines d’intervention de la philosophie sont entre autre l’art, la religion, la politique, la morale, etc. Ceci est d’autant vrai que tous ces champs de la connaissance ou de l’action humaine permettent une représentation de Dieu. Dans l’art sacré comme dans l’art profane, il y a un appel à l’absolu qu’on peut qualifier d’expérience mythique de Dieu. C’est pour cette raison que Paul Claudel voyait un lien étroit entre l’art et la foi.
En outre en religion, l’expérience de Dieu est encore fondamentale. Mais il semble que cela ne tient que dans une religion révélée ou historique ayant clairement Dieu pour objet. La religion est un sujet de dispute. Les sciences humaines ont proposé plusieurs approches positives de la religion. On se demande par exemple si le bouddhisme est une religion, et si Dieu serait l’objet de leur quête ? En morale, la question de Dieu peut se poser en ces termes : si Dieu existe, certains comportements doivent-ils être interdits ? Si Dieu n’existe pas, qui serait au fondement du bien moral ?
En politique, la ‘‘question de Dieu’’ est encore là. Dieu est-il source du pouvoir légitime ? Il y a évidemment différentes positions. Un pouvoir peut être divin, il peut être fondé naturellement, contractuellement… Avec la philosophie de Hegel, il apparaît clairement que l’Etat, tout comme l’art et la religion, contribuent à leur manière à exprimer Dieu et l’immortalité de l’Esprit. Car l’Histoire humaine, malgré son apparence chaotique, est le lieu où la Vérité prend des figures diverses.
L’interrogation philosophique sur Dieu est multiforme et riche. Heidegger dira que la question de Dieu ne porte pas sur l’esse de Dieu, mais sur sa manifestation ou son avènement. Malgré les impensés contraires d’Etre et Temps, il fait savoir qu’il n’y a pas identité entre Dieu et l’être. A sa suite, Jean-Luc Marion penche pour un « Dieu sans l’être ». Le Dieu en tant qu’être est une idole. Pour lui, Dieu n’a pas à être, il est aimant et se donne à aimer. On peut bien se demander, peut-être pour une juste raison, si l’expérience de Dieu, c’est-à-dire sa manifestation, se produit en dehors de sa dimension ontologique ?
Emmanuel AVONYO, op
>>> ADAM OU L’INNOCENCE EN PERSONNE, Jean-Marc Rouvière