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Pensée du 24 décembre 10

« L’advenue de quelque chose comme ‘‘Dieu’’ en philosophie relève donc moins de Dieu même que de la métaphysique, comme figure destinale de la pensée de l’Etre. »

Jean-Luc MARION, Dieu sans l’être, p. 53.

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GRILLE DE LECTURE

Le philosophe Jean-Luc Marion a été élu à l’Académie française le 06 novembre 2008, reçu à l’Institut de France le 25 janvier 2010. Jean-Luc Marion fait une philosophie de Dieu aux accents théologiques indéniables. Il n’est pas étonnant qu’il occupe sous la Coupole le fauteuil du cardinal Jean-Marie Lustiger. Jean-Luc Marion fait observer, à la lecture de l’histoire de la pensée, que Dieu et l’amour sont absents de la philosophie. Le Dieu dont parle la philosophie est une pure création de la métaphysique de l’Etre. En dépit de sa portée positive, le « Dieu » de la métaphysique n’est pas Dieu lui-même, il n’est que l’objet final de la pensée conceptuelle de l’Etre. Cette notion doit donc être pensée autrement en philosophie. Repenser Dieu en philosophie revient à accéder à une pensée de Dieu qui ne soit ni illusoire ni idolâtrique.

En effet, la représentation conceptuelle de Dieu à laquelle procède la philosophie risque de sombrer dans l’idolâtrie. Elle n’offre de Dieu qu’une idole si limitée qu’elle ne peut ni prétendre à un culte et à une adoration. Ce « Dieu », nul ne peut ni le prier, ni lui sacrifier (Heidegger). Concrètement, la philosophie de Dieu doit quitter le domaine de l’Etre pour accéder au domaine de l’amour ou de la charité. Il faut un Dieu sans conçu autrement que d’un point de vue ontologique. Au lieu de concevoir Dieu comme efficience, Etre, cause, ou comme un concept, il faut laisser Dieu se penser à partir de sa seule et pure exigence, l’agapè, qui outrepasse les prérogatives du concept. Dieu n’a pas à être, c’est en aimant qu’il se révèle et c’est à aimer qu’il se donne. Le propre de l’amour consiste en ceci qu’il se donne.

Dieu ne peut se donner à penser sans idolâtrie qu’à partir de lui seul : c’est-à-dire se donner à penser comme amour, comme une pensée du don, ou mieux, comme un don de la pensée. Jean-Luc Marion, avec une finesse toute heideggérienne, fait remarquer qu’un don qui se donne à jamais, ne peut se penser que par une pensée qui se donne au don à penser. Et pour la pensée, qu’est-ce que se donner, sinon aimer ? Autrement dit, philosophie et métaphysique doivent faire allégeance à Dieu pour en révéler toute la splendeur, c’est à l’intérieur du mouvement divin d’amour que la philosophie de Dieu doit se réinventer de façon crédible.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 02 février 10

« L’advenue de quelque chose comme ‘‘Dieu’’ en philosophie relève donc moins de Dieu même que de la métaphysique, comme figure destinale de la pensée de l’Etre. »

Jean-Luc MARION, Dieu sans l’être

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GRILLE DE LECTURE

Le philosophe Jean-Luc Marion a été élu à l’Académie française le 06 novembre 2008, reçu à l’Institut de France le 25 janvier 2010. Jean-Luc Marion fait une philosophie de Dieu aux accents théologiques indéniables. Il n’est pas étonnant qu’il occupe sous la Coupole le fauteuil du cardinal Jean-Marie Lustiger. Jean-Luc Marion fait observer, à la lecture de l’histoire de la pensée, que Dieu et l’amour sont absents de la philosophie. En dépit de sa portée positive, le « Dieu » de la métaphysique n’est pas Dieu lui-même, il n’est que l’objet final de la pensée conceptuelle de l’Etre. Cette notion doit donc être pensée autrement en philosophie. Repenser Dieu en philosophie revient à accéder à une pensée de Dieu qui ne soit ni illusoire ni idolâtrique.

En effet, la représentation conceptuelle de Dieu à laquelle procède la philosophie risque de sombrer dans l’idolâtrie. Elle n’offre de Dieu qu’une idole si limitée qu’elle ne peut ni prétendre à un culte et ni revendiquer une adoration. Ce « Dieu », nul ne peut ni le prier, ni lui sacrifier (Heidegger). Concrètement, la philosophie de Dieu doit quitter le domaine de l’Etre pour accéder au domaine de l’amour ou de la charité. Au lieu de concevoir Dieu comme Efficience, Etre, Cause, ou comme un Concept, il faut laisser Dieu se penser à partir de sa seule et pure exigence, l’agapè, qui outrepasse les prérogatives du concept. Dieu n’a pas à être, c’est en aimant qu’il se révèle et c’est à aimer qu’il se donne. Le propre de l’amour consiste en ceci qu’il se donne.

Dieu ne peut se donner à penser sans idolâtrie qu’à partir de lui seul : c’est-à-dire se donner à penser comme amour, comme une pensée du don, ou mieux, comme un don de la pensée. Jean-Luc Marion, avec une finesse toute heideggérienne, fait remarquer qu’un don qui se donne à jamais, ne peut se penser que par une pensée qui se donne au don à penser. Et pour la pensée, qu’est-ce que se donner, sinon aimer ? Autrement dit, philosophie et métaphysique doivent faire allégeance à Dieu pour en révéler toute la splendeur, c’est à l’intérieur du mouvement divin d’amour que la philosophie de Dieu doit se réinventer de façon crédible.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 06 janvier 10

« On peut trouver la ‘‘question de Dieu’’ à peu près partout : par exemple dans les rapports entre l’art et la religion, entre la politique et la religion, entre la morale et la religion, etc. »

Bernard Sève, La question philosophique de l’existence de Dieu

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GRILLE DE LECTURE

Bernard Sève montre que la question de Dieu se pose dans beaucoup de domaines, sinon dans tous les domaines de connaissance possible. Et ces domaines d’intervention de la philosophie sont entre autre l’art, la religion, la politique, la morale, etc. Ceci est d’autant vrai que tous ces champs de la connaissance ou de l’action humaine permettent une représentation de Dieu. Dans l’art sacré comme dans l’art profane, il y a un appel à l’absolu qu’on peut qualifier d’expérience mythique de Dieu. C’est pour cette raison que Paul Claudel voyait un lien étroit entre l’art et la foi.

En outre en religion, l’expérience de Dieu est encore fondamentale. Mais il semble que cela ne tient que dans une religion révélée ou historique ayant clairement Dieu pour objet. La religion est un sujet de dispute. Les sciences humaines ont proposé plusieurs approches positives de la religion. On se demande par exemple si le bouddhisme est une religion, et si Dieu serait l’objet de leur quête ? En morale, la question de Dieu peut se poser en ces termes : si Dieu existe, certains comportements doivent-ils être interdits ? Si Dieu n’existe pas, qui serait au fondement du bien moral ?

En politique, la ‘‘question de Dieu’’ est encore là. Dieu est-il source du pouvoir légitime ? Il y a évidemment différentes positions. Un pouvoir peut être divin, il peut être fondé naturellement, contractuellement… Avec la philosophie de Hegel, il apparaît clairement que l’Etat, tout comme l’art et la religion, contribuent à leur manière à exprimer Dieu et l’immortalité de l’Esprit. Car l’Histoire humaine, malgré son apparence chaotique, est le lieu où la Vérité prend des figures diverses.

L’interrogation philosophique sur Dieu est multiforme et riche. Heidegger dira que la question de Dieu ne porte pas sur l’esse de Dieu, mais sur sa manifestation ou son avènement. Malgré les impensés contraires d’Etre et Temps, il fait savoir qu’il n’y a pas identité entre Dieu et l’être. A sa suite, Jean-Luc Marion penche pour un « Dieu sans l’être ». Le Dieu en tant qu’être est une idole. Pour lui, Dieu n’a pas à être, il est aimant et se donne à aimer. On peut bien se demander, peut-être pour une juste raison, si l’expérience de Dieu, c’est-à-dire sa manifestation, se produit en dehors de sa dimension ontologique ?

Emmanuel AVONYO, op

>>> ADAM OU L’INNOCENCE EN PERSONNE, Jean-Marc Rouvière

L’academos

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