« C’est du seul présent (…) que l’on peut être privé, puisque c’est le seul présent qu’on a et qu’on ne peut perdre ce qu’on n’a point. »
Marc-Aurèle, Pensée pour soi-même
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GRILLE DE LECTURE
L’homme ne perd que son présent puisque c’est ce qu’il a. Sa visibilité est d’une telle sorte qu’il ne vit que dans une présence à soi et dans une présence de soi, en clair il ne vit que le moment présent de son existence. Qu’est-ce à dire ? Le passé et le futur n’existeraient-ils pas pour l’homme ? L’homme ordinaire nous dira sans doute que le temps est une juxtaposition de trois ek-stases à savoir le passé, le présent et le futur. Mais à voir les choses de plus près, la temporalité de l’homme ne saurait être une juxtaposition des trois moments du temps. Le temps pour l’homme est unique, et c’est le seul qu’il vit depuis sa naissance jusqu’à sa mort.
Merleau-Ponty, dans un passage capital de ses écrits, dit que « l’événement de ma naissance n’a pas passé, il n’est pas tombé au néant à la façon d’un événement du monde objectif ; il engageait un avenir, non pas comme la cause détermine un effet, mais comme une situation, une fois nouée, aboutit inévitablement à quelque dénouement ». Le temps de l’homme est unique parce que l’homme est toujours en effectuation de son être, c’est une seule temporalité qui s’explicite à partir de la naissance et qui se confirme dans chaque présent, la fin ne serait-elle pas dans le commencement ?
Je ne suis pas pour moi-même à l’heure qu’il est, je suis aussi bien à la matinée de ce jour ou à la nuit qui va venir, et mon présent, c’est, si l’on veut, cet instant, mais c’est aussi bien ce jour, cette semaine, ce mois, cette année, ma vie tout entière. La temporalité est ainsi liée à la subjectivité. Le temps est sujet et le sujet est temps. Marc-Aurèle par son affirmation ferait une phénoménologie avant la lettre. S’il affirme que la seule chose que nous perdons est le présent, cela est de taille puisque phénoménologiquement la temporalité est liée au monde-vécu et que l’éternité n’est que le temps du rêve, de l’illusion. En ce sens la mort nous fait perdre notre présent.
Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op