« Le temps, irréparable, fuit »
Virgile (Publius Vergilius Maro), Géorgiques
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GRILLE DE LECTURE
Le temps quand on en parle, il s’est déjà écoulé. Cette fuite ou cet écoulement du temps dit l’infinie non-coïncidence de soi avec soi. Le temps n’étant pas posé devant soi comme objet, il ne saurait être saisissable, objectivable. Le temps est posé comme sujet dans son sens fort de sub-jet, de ce qui se tient dessous, de ce qui soutien. Le sujet pour autant qu’il est sujet est toujours en avant de soi. Le sujet est glissement, écoulement, mouvement. Pour autant que je suis sujet, je ne me saisis pas moi-même. Je me présente à moi-même comme ce qui est saisi et insaisissable ; comme ce qui est senti et in-sensible.
Je suis pour moi-même au présent de ce qui est toujours au passé, mais d’un passé qui se présentifie phénoménologiquement. La preuve palpable est la non-coïncidence de moi-même avec l’événement de ma naissance qui se présentifie dans ma vie. Je me surprends toujours entrain de vivre sans saisir l’instant de mon ek-stase originel. En ce sens, le temps comme mon temps, comme le temps du sujet est toujours en fuite parce que je ne suis pas le même qu’hier, pourtant, je garde ma mêmeté. Qu’il y ait à la fois un changement et un devenir dans le temps, ma mêmeté reste la même. C’est le même bébé tout petit hier qui a 20 ans aujourd’hui, pourtant je ne puis vivre ce présent passé que si je vivais comme enfant. Ce qui n’est plus possible à 20 ans. En ce sens, nous pouvons concevoir le temps comme ce qui est sans cesse en fuite, comme ce qui est irréparable. Comme l’eau versée, le temps n’est jamais qu’irrécupérable.
Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op
Posted by MF HOURCQ on janvier 18, 2010 at 4:33 pm
et pourtant cette eau versée est toute ma richesse….et ma joie ! Maintenant.
Posted by L'Academie de Philosophie on janvier 18, 2010 at 6:39 pm
Je souscris entièrement à l’idée que cette eau versée, cet écoulement continu du temps est une richesse, une ode de la joie.
Le temps, comme nous l’indique cet académicien, s’expérimente par tous mais nul ne le saisit. C’est une richesse parce que chacun l’expérimente ; chacun expérimente le temps pourtant il est instable, ou d’une stabilité toujours en avant de soi. C’est une expérience au pas de course.
Le temps est gratuité, donation d’être, unité de mesure de l’existence spatiale. Le temps en fuite rend possible l’existence projectuelle. Il nous confirme comme êtres de désir du meilleur. Le temps dans son écoulement continu contribue à orienter l’action humaine vers un accomplissement, une perfection. « La fugacité du temps laisse des traces d’éternité (Jean Granier, Art et Vérité).
Emmanuel
Posted by Mervy-Monsoleil on janvier 19, 2010 at 9:17 pm
Le sage Thalès avait déjà dit que l’eau est le premier élément de la nature ; ce par quoi toute chose existe, le principe de la vie. Si donc l’eau est le principe de la vie, nous pourrons formuler cette proposition : l’eau est la vie.
Or la vie est chose sacrée, elle inspire respect. Voilà pourquoi elle est une richesse sinon la richesse ; la seule que nous avons, mieux, la richesse que nous sommes.
Mais peut-on vivre sans le temps ?
L’une des pensées du jour commentées la semaine écroulée dit ceci: « C’est du seul présent(…) que l’on peut être privé, puisque c’est le seul présent qu’on a et qu’on ne peut perdre que ce qu’on a point » (Marc-Aurèle). Le présent ici traduit l’idée de présence de la vie. Du temps de sujet comme unité temporelle.
Toute ma vie est le présent. Pourtant si j’ai 50 ans, je ne suis pas le même que quand j’étais enfant. Ce qui signifie que même dans le présent de l’existence, il y a perte. Chaque instant de notre vie n’est jamais récupérable ni réparable.
S’il arrive que nous venions à perdre notre vie, c’est toute notre richesse et la seule que nous perdons. Nous arrivons là à comprendre qu’au lieu de poser l’eau en dehors de nous comme une richesse, cette eau devient la moelle substantifique de notre vie. Et comme le temps n’est pas hors de nous et qu’il est nous-mêmes, le temps comme l’eau versée serait la présence de la vie même, cette richesse qui s’écoule.
Encore une fois, le temps comme l’eau versée n’est jamais qu’irréparable.