Posts Tagged ‘l’autre’

Pensée du 28 février 10

« Il n’existe un même, certain d’être comme il est, que si peut exister au moins un autre que le même n’est pas, mais auquel il ne cesse de renvoyer comme à ce dans quoi il paraît. »

DIBI KOUADIO AUGUSTIN, L’Afrique et son Autre, la différence libérée.

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GRILLE DE LECTURE

Le même n’est pas l’autre mais, de ne pas l’être, il le nécessite afin d’être tel qu’il est. On pourrait se demander ce que serait la vie, sans la possibilité de l’autre en général. Rien, dans ces conditions, n’aurait pu exister. Exister renvoie à l’idée d’être venu au jour, de se tenir hors de, en un mot, d’être né. Etre né ne suggère-t-il pas le fait de s’être, au moins, distingué de quelque chose ? En un sens métaphysique, l’existence n’implique-t-elle pas la pure possibilité de l’être deux ?

Vivre c’est vivre-avec, être c’est être-avec. Avec qui pourrait-on être sinon l’autre ? Je ne peux dire Je qu’à partir du moment où je me trouve en face d’un Tu. La constitution d’autrui ne vient pas après celle de mon corps, autrui et mon corps naissent ensemble de l’extase originelle. Nous appartenons à une seule corporéité, à un seul Etre. L’autre me révèle ma singularité existentielle. Le même est même par rapport à l’autre. Ce que je perçois d’abord, c’est une autre sensibilité, et, à partir de là seulement, un autre homme et une autre pensée. L’autre est un absolu qui vient à moi, mais lui et moi sommes comme les organes d’une seule intercorporéité. Autrui m’apparaît donc par extension de cette comprésence.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 18 janvier 10

« Le temps, irréparable, fuit »

Virgile (Publius Vergilius Maro), Géorgiques

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GRILLE DE LECTURE

Le temps quand on en parle, il s’est déjà écoulé. Cette fuite ou cet écoulement du temps dit l’infinie non-coïncidence de soi avec soi. Le temps n’étant pas posé devant soi comme objet, il ne saurait être saisissable, objectivable. Le temps est posé comme sujet dans son sens fort de sub-jet, de ce qui se tient dessous, de ce qui soutien. Le sujet pour autant qu’il est sujet est toujours en avant de soi. Le sujet est glissement, écoulement, mouvement. Pour autant que je suis sujet, je ne me saisis pas moi-même. Je me présente à moi-même comme ce qui est saisi et insaisissable ; comme ce qui est senti et in-sensible.

Je suis pour moi-même au présent de ce qui est toujours au passé, mais d’un passé qui se présentifie phénoménologiquement. La preuve palpable est la non-coïncidence de moi-même avec l’événement de ma naissance qui se présentifie dans ma vie. Je me surprends toujours entrain de vivre sans saisir l’instant de mon ek-stase originel. En ce sens, le temps comme mon temps, comme le temps du sujet est toujours en fuite parce que je ne suis pas le même qu’hier, pourtant, je garde ma mêmeté. Qu’il y ait à la fois un changement et un devenir dans le temps, ma mêmeté reste la même. C’est le même bébé tout petit hier qui a 20 ans aujourd’hui, pourtant je ne puis vivre ce présent passé que si je vivais comme enfant. Ce qui n’est plus possible à 20 ans. En ce sens, nous pouvons concevoir le temps comme ce qui est sans cesse en fuite, comme ce qui est irréparable. Comme l’eau versée, le temps n’est jamais qu’irrécupérable.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 15 janvier 10

« La raison cherche son autre, sachant bien qu’en lui elle ne possèdera rien d’autre qu’elle-même ; elle quête seulement sa propre infinité. »

Friedrich Hegel, Phénoménologie de l’esprit

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GRILLE DE LECTURE

L’idéalisme hégélien confesse que le fini est fini de l’infini, que l’autre est l’autre du même. Le positif et le négatif, dans une relation dialectique, coexistent et vivent ensemble. C’est dans le mouvement dialectique que la raison s’altère et s’explicite dans l’histoire. Dans le mouvement dialectique la raison est en parcours d’elle-même. La raison pour autant qu’elle est raison doit se poser hors de soi. La vie est une et diverse, seul ce qui est un peut se diviser, peut s’éclater.

La raison universelle ne perd rien de son être en s’avérant, puisqu’elle se scinde de toute éternité, avant la temporalité phénoménale, elle se différencie et se divise, faisant sortir de soi autrui. La raison n’est pas solitaire et monolithique, même dans sa dimension spirituelle, c’est-à-dire avant le temps. En ce sens, la différence qui existe en l’Idée de toute éternité, devient séparation, voire négation et rupture intérieure, intériorisée, déjà dans le but de rejoindre pleinement la nature. Dans le mouvement dialectique la raison ne perd rien d’elle-même, puisque c’est elle qui se pose comme autre. Le soi dans la dialectique se pose comme autre et dans un troisième moment de la dialectique se reprend comme esprit absolu.

Le jaillissement de cette unité dans la différence est perçu par Hegel, ce penseur moderne à la frontière entre le christianisme biblique et le panthéisme romantique, dans l’histoire de Jésus-Christ. D’emblée il fixe son regard sur la croix comme le point culminant de l’incarnation (Leçons sur la philosophie de la religion, 3e partie. La religion absolue, p. 163). Parce que l’Autre éternel de Dieu est devenu mortel et qu’il est mort en effet, il est devenu pleinement homme. C’est ainsi que s’effectue la jonction entre le mode d’être divin de l’Esprit universel et son mode d’être humain. Il est donc évident que chez Hegel Dieu, l’Idée, la Raison est sans cesse en colloque et en récollection de soi d’où la célèbre affirmation : ce qui est effectif est rationnel et ce qui est rationnel est effectif.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 26 octobre

« Il n’existe un même, certain d’être comme il est, que si peut exister au moins un autre que le même n’est pas, mais auquel il ne cesse de renvoyer comme à ce dans quoi il paraît. »

DIBI KOUADIO AUGUSTIN, L’Afrique et son Autre, la différence libérée.

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GRILLE DE LECTURE

Le même n’est pas l’autre mais, de ne pas l’être, il le nécessite afin d’être tel qu’il est. On pourrait se demander ce que serait la vie, sans la possibilité de l’autre en général. Rien, dans ces conditions, n’aurait pu exister. Exister renvoie à l’idée d’être venu au jour, de se tenir hors de, en un mot, d’être né. Etre né ne suggère-t-il pas le fait de s’être, au moins, distingué de quelque chose ? En un sens métaphysique, l’existence n’implique-t-elle pas la pure possibilité de l’être deux ?

Vivre c’est vivre-avec, être c’est être-avec. Avec qui pourrait-on être sinon l’autre ? Je ne peux dire Je qu’à partir du moment où je me trouve en face d’un Tu. La constitution d’autrui ne vient pas après celle de mon corps, autrui et mon corps naissent ensemble de l’extase originelle. Nous appartenons à une seule corporéité, à un seul Etre. L’autre me révèle ma singularité existentielle. Le même est même par rapport à l’autre. Ce que je perçois d’abord, c’est une autre sensibilité, et, à partir de là seulement, un autre homme et une autre pensée. L’autre est un absolu qui vient à moi, mais lui et moi sommes comme les organes d’une seule intercorporéité. Autrui m’apparaît donc par extension de cette comprésence.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 25 octobre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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Pensée du 15 octobre

« La manière dont se présente l’Autre, dépassant l’idée de l’autre en moi, nous l’appelons, en effet, visage. Cette façon ne consiste pas à figurer comme thème sous mon regard ; à s’étaler comme un ensemble de qualités formant une image. Le visage d’autrui détruit à tout moment, et déborde l’image plastique qu’il me laisse, l’idée à ma mesure… l’idée adéquate. »

Emmanuel LEVINAS, Totalité et Infini

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GRILLE DE LECTURE

Cette définition du visage par Levinas lui-même laisse le lecteur sur sa soif. Même dans la définition, le visage n’est qu’effleuré, tellement il dépasse l’idée que j’en fais, il déborde l’image plastique qu’il me laisse, il ne thématise ni ne qualifie, il est l’au-delà de toute adéquation. Et pourtant, cet effleurement dit essentiellement le visage comme une « échappée belle ». Alain Finkielkraut n’écrivait-il pas (La sagesse de l’amour) que ce qui définit positivement le visage, c’est sa désobéissance à la définition, c’est-à-dire cette manière de ne pas tenir tout à fait dans la place que lui assignent mes propos les plus acérés ou mon regard le plus pénétrant ?

En langage husserlien, nous dirons que le visage se joue de toute adéquation parce qu’il est démesure, excès constant de l’être visé sur l’intention qui le vise, débordement de l’intention de signification par l’intuition. Le visage ne se soumet à aucune réduction phénoménologique car elle s’abstrait de son image pour s’imposer par-delà la forme, le thème, la façon, et ne laisser entre les mains que sa dépouille quand c’est sa vérité que je crois extraire. Pour cela, rencontrer un homme, c’est être tenu en éveil par une énigme dont le déchiffrement est sans garantie. C’est aussi pourquoi Paul Valéry pouvait écrire que l’œuvre philosophique de Levinas nous apprend non pas à mieux voir le visage ou à le voir autrement, mais à ne plus l’identifier avec ce que la vue peut en obtenir.

Emmanuel AVONYO, op

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE !