« Je considérai en général ce qui est requis à une proposition pour être vraie et certaine ; car, puisque je venais d’en trouver une que je savais être telle, je pensai que je devais aussi savoir en quoi consiste cette certitude.»
René Descartes, Discours de la méthode
______________________________________________________________
GRILLE DE LECTURE
Descartes commence cette pensée par la considération de « ce qui est requis à une proposition pour qu’elle soit vraie et certaine ». Il cherche à établir les conditions de la vérité et de la certitude du discours. En fait, Descartes venait de découvrir une vérité, le « je pense, donc je suis », mais qui ne lui assure pas encore la vérité de son discours. Cette découverte a néanmoins apporté à Descartes une certitude : il voit très clairement que pour penser, il faut être. De l’acte de ‘penser’, Descartes déduit la réalité de son ‘être’ car littéralement, le « je pense » précède le « je suis ».
Mais Descartes voit logiquement que pour penser, il faut être. Pour douter, concevoir, affirmer, nier, vouloir, imaginer et sentir, il faut être. La certitude de son être est dès lors inébranlable. «Je pense, donc je suis », la formule du « cogito », donne l’occasion de s’apercevoir que celui qui doute ne peut à priori douter de lui-même. C’est-à-dire que je peux douter des choses auxquelles je pense mais je ne puis douter du fait que je les pense comme douteuses. C’est pourquoi le doute poussé jusqu’au bout, le plus loin possible, se trouve être l’affirmation d’une vérité inébranlable. Cela place le « cogito » au cœur de la métaphysique cartésienne. Le « cogito » permet de réfuter le scepticisme en résistant au doute et en offrant une première vérité essentielle dans le processus de la connaissance. Cette vérité, la première que Descartes ait atteinte, se présente également la première à celui qui cherche à connaître.
En effet, elle se présente comme une vérité qui n’a besoin de rien pour être reconnue vraie et affirmée ; ou plutôt, dans la conception cartésienne, c’est une vérité qui présuppose l’effacement radical de toute présupposition de chose connue. Elle dépend du rejet de toutes autres formes de connaissances comme incertaines. Remarquons tout de même que cette vérité qu’assure l’acte de penser, est une vérité particulière. Elle n’est pas là où nous pouvons l’attendre. Elle ne concerne pas une chose qui serait objet de connaissance mais elle porte sur le sujet de la connaissance. Comme pour dire que ce qu’il y a de plus certain dans la connaissance, ce ne sont pas les choses à connaître mais celui qui les connaît et comment il les connaît.
Emmanuel AVONYO, op