Pensée du 23 avril 10

« L’homme n’est pas déterminé par sa nature. Il est à la fois libre et perfectible. »

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe

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GRILLE DE LECTURE

Frédéric Lenoir mentionne cette idée dans un chapitre consacré à la relation entre l’humanisme chrétien et l’humanisme athée. Entre ces deux formes d’humanisme, il y a l’humanisme de la Renaissance. Selon Lenoir, le projet humaniste consiste à mettre l’homme au centre de tout en affirmant sa dignité, sa liberté et ses capacités de connaissance. Au fil des siècles, le projet humaniste s’est développé jusqu’à émanciper l’individu et la société de la tutelle de la religion. Les humanistes de la renaissance montrent que sagesse antique et christianisme ne s’opposent pas, mais tiennent le même discours à partir d’un point de départ différent. Ils mettent l’accent sur deux thèmes majeurs de la pensée moderne : la liberté de l’homme et l’importance de sa raison qui aspire au savoir universel. Au nombre des grandes figures de l’humanisme de la Renaissance, il y a le poète italien Pétrarque. Il y a surtout l’italien Jean Pic de la Mirandole. C’est lui qui résume parfaitement l’enseignement humaniste de la Renaissance. Son apport est déterminant pour l’histoire de la pensée humaniste.

La pensée de ce jour rappelle sa conception de l’homme. Frédéric Lenoir fait observer que pour ce jeune surdoué italien, la dignité de l’homme vient du fait qu’il est le seul être vivant dépourvu de nature propre qui le déterminerait vers tel ou tel comportement. En effet, l’homme n’est pas déterminé par sa nature comme le feraient croire la philosophie déterministe et causaliste. L’homme n’est pas déterminé par sa situation géographique ou une hérédité biologique comme l’ont fait penser Alexis Carrel, Joseph de Gobineau… L’homme est à la fois libre et perfectible, il peut choisir le bien ou le mal, vivre comme un ange ou comme une bête. La philosophie de Sartre fait parfaitement écho à cette idée de Pic de la Mirandole qui résonne comme l’annonce de l’anthropocentrisme de la modernité. On ne peut pas mettre l’homme en équation, l’homme n’est pas déterminé nécessairement, irrévocablement, comme de nature. Il est une liberté. L’homme est de fait créateur de sa propre vie, il peut devenir ce qu’il veut. Il n’y a de dignité humaine que sur la base d’une telle indétermination.

Emmanuel AVONYO, op

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2 responses to this post.

  1. Posted by Aristide on avril 26, 2010 at 9:54 pm

    Salut mon cher,
    Merci pour l’instructif commentaire. Mais je pense que l’homme a une nature comme tous les autres êtres créés ; mais ce qui le différencie des autres est que l’homme peut aller outre sa nature, nature entendue comme ce qui est principe d’action et d’opération. C’est cela la réalité de sa liberté qui est cette faculté qu’a l’homme de « jouer », d’outrepasser les déterminismes de sa propre nature. C’est cela la dignité de l’homme. C’est une simple réflexion.

  2. Merci Aristide,

    La substance de ce que vous dites est conforme à ce que la pensée du jour affirme. Nous prenons nature au sens de propriétés innées déterminantes communes aux hommes. L’homme soumet sa nature à la culture, à l’éducation. Ainsi, dire que l’homme n’est pas déterminé par sa nature, c’est reconnaître comme un préalable le fait qu’il est doté de nature, mais que cette nature ne boucle pas l’horizon de son devenir.

    On pourrait même avancer que la nature propre de l’homme, c’est d’être un espace liberté liée sur les terres désolées du déterminisme naturel. Votre réaction est justifiée si on relit cette idée de Lenoir que nous n’avons fait que mentionner : « la dignité de l’homme vient du fait qu’il est le seul être vivant dépourvu de nature propre qui le déterminerait vers tel ou tel comportement. » Le Christ philosophe, Plon, 2007, p. 172.

    On dirait qu’il est difficile d’associer le « dépourvu de nature propre » et l’idée que « L’homme n’est pas déterminé par sa nature ». Une légère antinomie s’y glisse apparemment (même s’il est possible d’en faire une interprétation positive). Notre commentaire ne s’est pas livré à une critique de l’auteur, il n’a fait qu’orienter les regards dans la direction de ce que Frédéric Lenoir. Votre critique est évidemment un complément de cette grille de lecture que nous sommes tous invités à enrichir.

    Emmanuel AVONYO

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