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Pensée du 18 décembre 10

« L’individualisation progressive du religieux au cours des cinq derniers siècles n’est pas uniquement liée à la revendication d’autonomie des Modernes. Elle s’inscrit aussi dans une longue évolution interne du christianisme. Pour comprendre les racines de l’individualisme religieux contemporain, il faudrait considérer les liens étroits entre la thématique moderne du Sujet, qui implique raison critique et autonomie, et la notion de personne, en ce qu’elle met en valeur la raison et le libre arbitre individuel. »

Frédéric LENOIR, Les métamorphoses de Dieu, p. 36.

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Pensée du 23 avril 10

« L’homme n’est pas déterminé par sa nature. Il est à la fois libre et perfectible. »

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe

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GRILLE DE LECTURE

Frédéric Lenoir mentionne cette idée dans un chapitre consacré à la relation entre l’humanisme chrétien et l’humanisme athée. Entre ces deux formes d’humanisme, il y a l’humanisme de la Renaissance. Selon Lenoir, le projet humaniste consiste à mettre l’homme au centre de tout en affirmant sa dignité, sa liberté et ses capacités de connaissance. Au fil des siècles, le projet humaniste s’est développé jusqu’à émanciper l’individu et la société de la tutelle de la religion. Les humanistes de la renaissance montrent que sagesse antique et christianisme ne s’opposent pas, mais tiennent le même discours à partir d’un point de départ différent. Ils mettent l’accent sur deux thèmes majeurs de la pensée moderne : la liberté de l’homme et l’importance de sa raison qui aspire au savoir universel. Au nombre des grandes figures de l’humanisme de la Renaissance, il y a le poète italien Pétrarque. Il y a surtout l’italien Jean Pic de la Mirandole. C’est lui qui résume parfaitement l’enseignement humaniste de la Renaissance. Son apport est déterminant pour l’histoire de la pensée humaniste.

La pensée de ce jour rappelle sa conception de l’homme. Frédéric Lenoir fait observer que pour ce jeune surdoué italien, la dignité de l’homme vient du fait qu’il est le seul être vivant dépourvu de nature propre qui le déterminerait vers tel ou tel comportement. En effet, l’homme n’est pas déterminé par sa nature comme le feraient croire la philosophie déterministe et causaliste. L’homme n’est pas déterminé par sa situation géographique ou une hérédité biologique comme l’ont fait penser Alexis Carrel, Joseph de Gobineau… L’homme est à la fois libre et perfectible, il peut choisir le bien ou le mal, vivre comme un ange ou comme une bête. La philosophie de Sartre fait parfaitement écho à cette idée de Pic de la Mirandole qui résonne comme l’annonce de l’anthropocentrisme de la modernité. On ne peut pas mettre l’homme en équation, l’homme n’est pas déterminé nécessairement, irrévocablement, comme de nature. Il est une liberté. L’homme est de fait créateur de sa propre vie, il peut devenir ce qu’il veut. Il n’y a de dignité humaine que sur la base d’une telle indétermination.

Emmanuel AVONYO, op

>>> SOMMAIRE >>>

Pourquoi lire, parler et écrire ? Réponse à un géomètre.

L’ACADEMOS >>>

Par Emmanuel AVONYO, op

Bonjour Yano, vous avez visité L’ACADEMOS et vous nous avez laissé deux commentaires qui motivent essentiellement cette réponse. Nous disons « essentiellement », car il y a une autre source de motivation, l’excellent article que vous avez publié sur votre blog et que nous reproduisons en prose ici du fait de l’intérêt philosophique que cela représente pour nous.

(lemondeenquestions.wordpress.com)

Vos messages

« Bonjour, Je me permets d’y entrer car un peu géomètre de formation. Géomètre et un peu philosophe aussi, à mes heures (libres) comme en témoigne cet article, non abouti, mais avec plein de questions en suspens, qui attendent des réponses justement. »

« Curiosité oblige :

Pourquoi doit-on être géomètre pour entrer à l’académie de philosophie ? »

Et voici votre article

« Lire, parler, écrire : Richesse du pauvre ou Arme des faibles?

Lire, parler, écrire : est ce la richesse du pauvre ou l’arme des faibles. Question digne d’un bac philo, pour philosophes en herbe, ou potentiels. D’aucuns diraient que la richesse du pauvre, c’est Dieu. L’arme des faibles, c’est aussi  Dieu. Lire-parler-écrire ? Pourquoi pas. Mais est-ce essentiel ? Dieu a toujours été l’arme des puissants pour contrôler les peuples. C’est historique, et c’est actuel aussi. Lire, parler, écrire c’est le luxe des pauvres ; leur arme c’est la révolte.

Sans doute confonds-tu Dieu et religion. En fait non, sauf si on considère qu’une religion est l’utilisation de Dieu comme d’une arme, alors, dans ce cas oui. Les puissants se servent de Dieu pour contrôler les hommes. On peut remplacer Dieu par religion si on veut, cela relève plus du jeu de mot que d’autre chose. Oui, les politiques sont de gros consommateurs de religion(s). Et grâce à elle, ils gouvernent le monde. Il n’y a  jamais que le nom que l’on donne à Dieu qui change. D’une simple question de hobby, on arrive à une conclusion absolue reliant définitivement Dieu et les pauvres, les pauvre avec la foi, comme seuls arme, horizon, solution.

Serait-ce presque un outrage ou une contradiction dans les termes que de parler de “richesse des pauvres”. Un pauvre par définition n’est pas riche, et donc dénué de potentiel évolutif. Si lire des journaux gratuits n’est ni riche ni enrichissant. Si même parler n’est pas une arme ne serait-ce que pour se plaindre, dénoncer, réclamer ses droits. Si même écrire, ne serait-ce que pour témoigner de ce qu’il n’a pu parler n’est pas une arme…

Alors le pauvre n’est pas pauvre mais en voie d’appauvrissement continu, pauvre d’espoir, pauvre de réflexions, pauvre de rêves et d’ambition et c’est bien pire. Il serait tellement plus sage et raisonnable de s’armer de combativité face aux obstacles,  de renoncement face à l’immédiat, l’éphémère, de courage et de patience  face et l’épreuve, formule simple et magique si appliquée sur fond de valeur intrinsèque, pour changer une situation difficile ; changement que seul un instinct de survie exacerbé peut réaliser et accomplir.»

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Qu’il nous soit permis de prendre les questions par le bout qui nous convient, tellement nous aurions aimé réagir sur plusieurs aspects de votre intervention.

Vous êtes géomètre à part entière pour trois raisons : la première, c’est que vous êtes entrée à L’académie sans avoir été mise en demeure de le faire, malgré l’inscription portée au fronton de L’ACADEMOS. La deuxième est que vous avez appelé votre blog le monde en questions. Devenir géomètre, c’est commencer à répondre intelligemment, rigoureusement, aux questions que le monde nous pose. Troisième raison, vos publications littéraires, poétiques et philosophiques invitent à réfléchir, à faire chemin dans la pensée afin de se laisser innerver par elle, afin d’être moins naïf.

Il faut être géomètre avant d’entrer à L’académie parce qu’on n’y vient pas sans porter le souci de l’existence, sans être confronté aux expériences-limites de la vie et sans le désir de les extérioriser dans la courtoisie du propos philosophique. En fait, l’inscription est plus pédagogique qu’exclusive. Elle est une invitation à dépasser les conditionnements socio-culturels, les déterminismes matériels et les pesanteurs de la pensée pour s’associer à nous. L’academos veut aider à cela, en accueillant tout internaute interpellé.

Ce qui importe en « géométrie », ce ne sont pas les réponses, disait Karl Jaspers, c’est se mettre en route et assumer politiquement son statut de pèlerin du sens. Ce qui importe en « géométrie », ce ne sont pas des constructions abouties, c’est la profondeur de l’intuition, c’est le niveau de radicalité de nos questionnements. Parce qu’il ne suffit pas de se questionner sur des futilités pour être géomètre ; encore que pour tout bon géomètre il n’y a pas de balivernes. C’est au cœur de la banalité du quotidien qu’il est convoqué à l’être-mieux, c’est là qu’il fait fureur comme pour dire que tout ne va pas de soi. Mais on peut vivre banalement sans philosopher, ce qui est dommage. On peut raisonner géométriquement sans philosopher.

Géométriser par la pensée, selon le bon voeu de Platon, Spinoza, Senghor, Assalé Dominique, Dibi Augustin, ce n’est pas un exercice dérivatif d’ennuis. La philosophie est une aventure de sens, un ascétisme de l’argumentation, une réflexion seconde sur l’essentiel de notre vie, qui aboutit à l’affinement du regard personnel, au rejet de l’obscurantisme, à l’élévation de soi pour mieux habiter la politeia. C’est un travail qui ne vas pas sans ratures, sans ruptures, sans déchirures, sans lectures. Car on ne pense mieux par soi-même qu’en s’appuyant d’abord sur la pensée des autres, le temps d’une formation (que vous avez faite aussi). La pensée philosophique est une activité rationnelle pratiquée en société à la manière des hommes, ces esprits socialisés.

A L’academos de Platon, on ne prenait la parole qu’après des dizaines d’année d’initiation à la chose géométrique. Non que la philosophie soit si ésotérique, mais parce qu’elle demande qu’on soit formé, entraîné au questionnement, et qu’on se laisse informer par la pensée (des autres). Et après, on navigue seul mais toujours en société. La philosophie crée des concepts et les utilise pour rechercher la rationalité qui commande l’histoire et l’humanité.  Cela dit, les philosophes ne sont pas des modèles de géométrie, ils ne sont pas des modèles de jugement.  Ils ont pour vocation l’humain. Voilà pourquoi après avoir lu et imité un philosophe professionnel, nous avons la latitude de porter notre propre regard sur lui. C’est là qu’on devient véritablement géomètre.

La raison fondamentale pour laquelle il faut apprendre à lire, à parler et à écrire est toute simple.  Lire pour vivre mieux et parler aux hommes, écrire pour faire le récit de l’histoire intriguante des hommes, pour immortaliser nos jours heureux. C’est un privilège aristocratique, c’est une noblesse qui échappe parfois aux plus prestigieux hommes de notre temps, qui ont besoin d’un écrivain, d’un philosophe, d’un historien pour devenir convenablement homme parmi les hommes illustres. Votre question n’est pas anodine, puisqu’on m’a déjà demandé pourquoi écrire au juste, comme je le fais. J’ai répondu, parce qu’il y avait à penser notre existence, parce qu’on avait beaucoup à en dire, et qu’on ne savait pas écrire.

L’on peut soutenir que lire, parler, écrire, ne sont pas des facultés réservées à priori aux pauvres. Parce que ne peut s’y consacrer que celui qui a de quoi subvenir à ses besoins primaires, et même plus. Sans être exclusivement l’affaire des riches, la philosophie est l’arme des riches. La pensée est onéreuse en ressources physiques, spirituelles et matérielles. Mais comme toujours l’écriture et la pensée recèlent une discipline kénotique, une vie de simplicité et de détachement qui peut manquer aux riches. Et puis, les plus « ventrus » n’ont plus de questions à se poser sur la vie. L’ici et le maintenant ne sont-ils pas les seuls horizons définis de leur être?

Ainsi présenter l’écriture et la pensée comme une richesse des pauvres fait ressortir clairement, à notre avis, le paradoxe sous-jacent à ces activités. Le philosophe se met à géométriser parce qu’il ne sait pas, ne connaît pas. Mais attention, on n’écrit que parce qu’on sait où on va. On ne pose des questions que lorsque le monde ne les satisfait pas, et que nos attentes sont plus grandes. Finalement, le philosophe est un savant ignorant, riche de ces questions et de cette sagesse qui l’éclaire, mais pauvre du savoir achevé et satisfait. N’est-ce pas la meilleure manière d’être ignorant ? La philosophie est l’arme des faibles, elle est la richesse des pauvres, elle est encore la pauvreté qui se saisit des riches à un moment de leur vie, et qui fait qu’à une heure tardive, des personnes repues peuvent se mettre encore à l’école du bonheur (par la pensée),  comme l’a prédit Epicure.

Voilà Yano, ce que vous nous inspirez, et voilà ce que notre temps nous permet de dire sur ce monde en questions. En fait, votre texte soulève des questions auxquelles il faut que chacun réponde. Nous vous invitons à regarder Les métamorphoses de Dieu de Frédéric Lenoir. « … Dieu n’est pas mort : il se métamorphose. Le sacré prend de nouveaux visages ou bien revêt des habits très anciens… » Mais un Dieu purement nominal, c’est bien la hantise de notre temps, la religion comme bouclier des lanceurs de missiles et des gardiens de la bombe atomique, c’est l’abomination la plus abjecte du politique, c’est la plus ignominieuse profanation du sacré. Nous espérons partager ensemble nos questionnements avec vous. Nous serons heureux de vous lire à L’ACADEMOS.

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