Pensée du 11 juin 10

« Toutes choses égales par ailleurs, les être humains aiment exercer leurs talents (qu’ils soient acquis ou innés), et plus ces talents se développent, plus ils sont complexes et plus grande est la satisfaction qu’ils procurent. »

John Rawls, Théorie de la justice, § 65.

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GRILLE DE LECTURE

C’est ce principe que John Rawls appelle « principe aristotélicien ». Il le désigne ainsi à cause des relations qu’Aristote établit entre bonheur, activité et satisfaction dans l’Ethique à Nicomaque. Rawls préfère le nom de « principe aristotélicien » à celui de « principe d’Aristote », parce qu’Aristote lui-même ne l’énonce pas explicitement. Rawls indique qu’Aristote soutient néanmoins les deux thèses que le principe implique : premièrement, la satisfaction et le plaisir de l’homme lui viennent de ce qu’il exerce ses facultés ; deuxièmement, l’exercice de leurs capacités naturelles est un bien essentiel pour les êtres humains. En plus de ces deux thèses, Rawls énonce une thèse qui les complète ou les explicite. Voici ce qu’il affirme : « non seulement l’idée que les activités les plus agréables et les plaisirs les plus désirables sont liés à l’exercice de talents plus grands, impliquant des jugements complexes, est compatible avec la conception d’Aristote de l’ordre naturel, mais elle s’accorde avec les jugements de valeur qu’il fait, même si elle n’exprime pas ses raisons. »

En fait, le principe aristotélicien relève que les êtres humains prennent d’autant plus plaisir à une activité qu’ils y deviennent plus compétents. C’est ainsi qu’entre deux activités qu’ils accomplissent avec le même degré de réussite, les hommes préfèrent celle qui fait appel à une plus vaste gamme de jugements plus complexes et plus subtils. Rawls ne juge pas important de montrer que le principe aristotélicien est vrai. Il note simplement que les activités complexes font l’objet d’un plus grand intérêt parce qu’elles satisfont peut-être le désir d’expériences nouvelles et variées. A vrai dire, on observe au quotidien que l’homme veut toujours faire de nouvelles expériences, il veut se mesurer à des paris sans cesse plus grands dans l’intime espoir d’aller de succès en succès. Pour Rawls, les expériences nouvelles, à mesure qu’elles se complexifient, sont considérées comme laissant la place pour des prouesses d’ingéniosité et d’invention. Tandis que les activités plus simples n’offrent pas la même marge d’expression personnelle. Dans l’ensemble, Rawls présente le principe aristotélicien comme un principe essentiel de motivation, justifiant nos désirs et nos préférences.

Emmanuel AVONYO, op

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