Pensée du 01 décembre 10

« La source de la pulsion se trouve dans l’excitation d’un organe, et son but prochain est l’apaisement d’une telle excitation organique. »

Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie de la sexualité, trad. par B. Reverchon-Jouve, Gallimard, 1986.

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GRILLE DE LECTURE

Freud constate que les parties purement psychologiques de la psychanalyse, c’est-à-dire celles qui sont relatives à l’inconscient, au refoulement, au conflit déterminant des troubles morbides, au mécanisme de la formation des symptômes des maladies, sont généralement admises par les chercheurs, mais que la partie de la doctrine psychanalytique touchant à la biologie rencontre l’opposition de nombreux adversaires. Il entreprend dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité de souligner le rôle déterminant de l’élément sexuel dans la vie normale et pathologique de l’homme. En biologie, on désigne et explique les besoins sexuels de l’homme et de l’animal par « pulsion sexuelle ». Mais de même que le mot « faim » caractérise la pulsion de nutrition, on appelle « libido » la « faim sexuelle » (pulsion de sexualité). L’opinion populaire affirme que la pulsion sexuelle se forme à la puberté et en rapport étroit avec les processus qui mènent à la maturité. Ainsi, elle se manifeste sous la forme d’une attraction irrésistible exercée par l’un des sexes sur l’autre, et son but serait l’union sexuelle. Freud montre ici de façon plus générale que « la source de la pulsion se trouve dans l’excitation d’un organe, et son but prochain est l’apaisement d’une telle excitation organique ». Mais il faut bien nuancer la position de Freud.

En effet, Freud entend par « pulsion » « le représentant psychique d’une source continue d’excitation provenant de l’intérieur de l’organisme ». L’excitation d’un organe ne doit pas faire penser a priori à une excitation physique car la pulsion est à la limite des domaines psychique et physique. L’excitation extérieure, physique, est différente de l’excitation intérieure, psychique. La première est discontinue alors que la seconde est continue. Cette dernière peut néanmoins être apaisée par le but sexuel, c’est-à-dire par l’acte auquel pousse la pulsion sexuelle. L’union sexuelle est donc souvent considérée comme le but par excellence de la libido. Toutefois, Freud s’attache à montrer dans l’ouvrage que nous citons que nous commettons une grave erreur lorsque nous établissons des liens trop intimes entre la pulsion sexuelle et l’objet sexuel (la personne qui exerce l’attrait sexuel). Selon Freud, l’attraction que des personnes peuvent exercer l’une sur l’autre n’empêche pas de penser que la pulsion sexuelle puisse exister indépendamment de son objet et que son apparition ne soit pas déterminée par des excitations venant de son objet. La pulsion peut contenir par elle-même son objet. N’est-ce pas pour cette raison que la pulsion sexuelle est autoérotique, surtout chez les enfants ? A ce titre, elle peut s’orienter vers un objet non sexuel. La sublimation de la sexualité indique que l’attraction sexuelle peut s’orienter vers des buts non sexuels. Nietzsche semble donner une explication à cette idée de Freud lorsqu’il écrivait que l’art, le jardinage et certaines activités peuvent épanouir les pulsions sexuelles.

Emmanuel AVONYO, op

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