Posts Tagged ‘Sigmund Freud’

Pensée du 19 mars 11

« On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychisme inconscient et de travailler scientifiquement sur cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d’aller au-delà de l’expérience immédiate. Et s’il s’avère de plus que nous pouvons fonder sur l’hypothèse de l’inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l’existence de ce dont nous avons fait l’hypothèse ».

Sigmund Freud, Métapsychologie

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Pensée du 01 décembre 10

« La source de la pulsion se trouve dans l’excitation d’un organe, et son but prochain est l’apaisement d’une telle excitation organique. »

Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie de la sexualité, trad. par B. Reverchon-Jouve, Gallimard, 1986.

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GRILLE DE LECTURE

Freud constate que les parties purement psychologiques de la psychanalyse, c’est-à-dire celles qui sont relatives à l’inconscient, au refoulement, au conflit déterminant des troubles morbides, au mécanisme de la formation des symptômes des maladies, sont généralement admises par les chercheurs, mais que la partie de la doctrine psychanalytique touchant à la biologie rencontre l’opposition de nombreux adversaires. Il entreprend dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité de souligner le rôle déterminant de l’élément sexuel dans la vie normale et pathologique de l’homme. En biologie, on désigne et explique les besoins sexuels de l’homme et de l’animal par « pulsion sexuelle ». Mais de même que le mot « faim » caractérise la pulsion de nutrition, on appelle « libido » la « faim sexuelle » (pulsion de sexualité). L’opinion populaire affirme que la pulsion sexuelle se forme à la puberté et en rapport étroit avec les processus qui mènent à la maturité. Ainsi, elle se manifeste sous la forme d’une attraction irrésistible exercée par l’un des sexes sur l’autre, et son but serait l’union sexuelle. Freud montre ici de façon plus générale que « la source de la pulsion se trouve dans l’excitation d’un organe, et son but prochain est l’apaisement d’une telle excitation organique ». Mais il faut bien nuancer la position de Freud.

En effet, Freud entend par « pulsion » « le représentant psychique d’une source continue d’excitation provenant de l’intérieur de l’organisme ». L’excitation d’un organe ne doit pas faire penser a priori à une excitation physique car la pulsion est à la limite des domaines psychique et physique. L’excitation extérieure, physique, est différente de l’excitation intérieure, psychique. La première est discontinue alors que la seconde est continue. Cette dernière peut néanmoins être apaisée par le but sexuel, c’est-à-dire par l’acte auquel pousse la pulsion sexuelle. L’union sexuelle est donc souvent considérée comme le but par excellence de la libido. Toutefois, Freud s’attache à montrer dans l’ouvrage que nous citons que nous commettons une grave erreur lorsque nous établissons des liens trop intimes entre la pulsion sexuelle et l’objet sexuel (la personne qui exerce l’attrait sexuel). Selon Freud, l’attraction que des personnes peuvent exercer l’une sur l’autre n’empêche pas de penser que la pulsion sexuelle puisse exister indépendamment de son objet et que son apparition ne soit pas déterminée par des excitations venant de son objet. La pulsion peut contenir par elle-même son objet. N’est-ce pas pour cette raison que la pulsion sexuelle est autoérotique, surtout chez les enfants ? A ce titre, elle peut s’orienter vers un objet non sexuel. La sublimation de la sexualité indique que l’attraction sexuelle peut s’orienter vers des buts non sexuels. Nietzsche semble donner une explication à cette idée de Freud lorsqu’il écrivait que l’art, le jardinage et certaines activités peuvent épanouir les pulsions sexuelles.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 05 novembre 10

« Que l’activité musculaire exercée librement soit pour l’enfant un besoin dont il tire un plaisir considérable, est un fait bien connu. »

Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie de la sexualité, trad. par B. Reverchon-Jouve, Gallimard, 1986.

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GRILLE DE LECTURE

L’activité musculaire comme l’exercice physique représente un besoin primordial chez l’enfant dans le processus de son développement physique. Mais elle joue aussi un rôle psychique indéniable dans la mesure où elle procure à l’enfant un plaisir considérable. Dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité, Freud opère un rapprochement entre ce plaisir et l’activité sexuelle de l’enfance. Quand bien même il reconnaît que le fait d’établir une connexion entre la sorte d’excitation qu’est l’activité musculaire et la satisfaction sexuelle soulèvera de nombreuses objections, il range l’activité musculaire parmi les sources de la sexualité infantile. Nous savons que pour Freud des causes multiples concourent au déclenchement du processus sexuel, à savoir l’excitation périphérique des zones érogènes, les processus affectifs, la concentration de l’attention, le travail intellectuel… Les zones érogènes possèdent à un degré supérieur des qualités d’excitabilité chez l’homme en général. Ces qualités se situent aussi sur toute la surface épidermique. Ainsi, le plaisir sexuel infantile ne naît pas seulement de l’excitation des zones érogènes. Il se retrouve souvent dans des pulsions comme la pulsion de voir, la pulsion de savoir et la pulsion de cruauté. Son plaisir provient aussi des excitations d’ordre mécanique et musculaire. Freud fait observer à juste titre que les secousses mécaniques et mouvements rythmiques provoquent le plaisir de l’enfant. C’est pourquoi les enfants adorent certains jeux tels que la balançoire. Mais les mêmes exercices, qui à un degré inférieur d’intensité, sont sources d’excitation, peuvent produire, quand elles deviennent excessives, l’effroi et l’ébranlement.

Dans l’exercice musculaire, c’est souvent la surface sensible de la peau qui est sollicitée. Beaucoup de personnes, constate Freud, se souviennent qu’elles ont pour la première fois ressenti une excitation de l’appareil génital pendant les luttes corps à corps avec des camarades. Ainsi, à la tension des muscles, vient s’ajouter l’action excitante des contacts de peau avec l’adversaire. Il n’est pas surprenant que nos choix sexuels tombent souvent sur des personnes auxquelles nous nous frottons, qui nous taquinent, ou avec qui nous avons des joutes verbales. Le lien que Freud établit entre l’activité physique et le plaisir est lourd de conséquences : « une des origines de la pulsion sadique pourrait être retrouvée dans ce fait que l’activité musculaire favorise l’excitation sexuelle ». Freud prolonge les conclusions de son enquête chez les adultes. « Chez un grand nombre d’individus, l’association formée pendant l’enfance entre l’amour de la lutte et l’excitation sexuelle contribue à déterminer ce que sera plus tard leur activité sexuelle préférée. » Les éducateurs donnent bien raison à Freud lorsqu’ils font usage des sports pour détourner l’attention des jeunes de l’activité sexuelle.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 11 mars 10

« Presque partout où le système du totémisme est en vigueur, il comporte une loi d’après laquelle les membres d’un seul et même totem ne doivent pas avoir entre eux de relations sexuelles, par conséquent ne doivent pas se marier entre eux. »

Sigmund Freud, Totem et tabou.

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GRILLE DE LECTURE

Le totémisme est une organisation sociale ou religieuse fondée sur le totem. Cette organisation peut être une tribu, un clan, ou un groupe social quelconque. Le totem est d’une façon générale un animal, comestible, inoffensif ou dangereux et redouté, plus rarement une plante ou une force naturelle (pluie, eau), qui se trouve dans un rapport particulier avec l’ensemble du groupe. Le totem est souvent considéré, soit comme l’ancêtre du groupe, soit comme son esprit protecteur et son bienfaiteur. La subordination au totem dépasse toutes les autres obligations comme la subordination à la tribu et à la parenté du sang. Selon Freud, dans tout système totémique, c’est-à-dire dans un groupe dont les membres partagent le même totem, il y a une obligation sacrée dont la violation entraîne un châtiment automatique.

On note par exemple l’obligation de ne pas tuer (ou détruire) leur totem, de s’abstenir ne manger de sa chair ou d’en jouir autrement. Par-dessus toutes ces interdictions, il y a celle de l’inceste qui intéresse particulièrement le psychanalyste. Freud s’intéresse à l’étude des pulsions sexuelles. Il part de la comparaison entre « la psychologie des peuples primitifs » et « la psychologie des névroses ». Dans le premier cas, l’étude est l’œuvre des ethnographes, et dans le second cas, l’œuvre des psychanalystes. Pour y parvenir, il choisit les peuples primitifs d’Australie, comme objet d’observation, qu’il qualifie de sauvages sans précédent. Leur système totémique est marqué par l’interdiction des rapports sexuels incestueux comme restriction morale. Freud découvre que le refus de l’inceste entraîne une loi tout aussi  importante pour la société, la loi de l’exogamie. L’interdiction aux membres d’un même totem d’avoir entre eux des rapports sexuels débouche naturellement, dirait-on, sur l’impossibilité du mariage entre parents. Il ne s’agit évidemment pas d’une simple mesure de compulsion des instincts sexuels.

Freud insiste sur le fait que la loi de l’exogamie est inséparable du système totémique. Toutefois, on peut objecter à Freud que la prohibition du mariage dans une parenté du sang n’ait pas cours dans tous les systèmes totémiques. Mais Freud précise que le totem est même au-dessus du pacte de sang. En tout cas, il existe dans certaines cultures, c’est le cas de certains milieux ouest-africains, des mariages arrangés en famille. Des hommes peuvent exercer des droits conjugaux sur des femmes issues de leur fratrie. Freud lui-même reconnaît que d’après les études informées de certains ethnologues, l’exogamie n’a rien à voir avec le totémisme. C’est peut-être la raison pour laquelle la violation de cette restriction matrimoniale particulière n’entraîne pas en Australie un châtiment automatique, comme les autres interdictions précitées. Mais il se peut que dans d’autres cultures, le totem n’entraîne ni l’empêchement absolu à l’union sexuelle, ni l’interdiction du mariage. A considérer que le totem devienne un facteur unificateur ou de rejet de la différence…

Emmanuel AVONYO, op

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