Pensée du 09 décembre 10

« Lorsqu’un philosophe se met à parler de la théologie et des théologiens, c’est presque toujours avec une secrète nostalgie, comme s’il parlait d’un impossible rêve ou d’une inavouable tentation. En effet, le rapport que le théologien est supposé entretenir avec la vérité apparaît au philosophe comme le bonheur impossible de l’immédiateté, dans la lumière d’une révélation accomplie de la vérité du monde. Et dans cette sorte d’inquiétude nocturne où se tient la philosophie, dans l’ombre portée du doute, la vérité théologique a toujours été pour beaucoup de philosophes et reste pour quelques-uns, comme une sorte de point de fuite, un lieu d’achèvement et de plénitude.  Mais ce lieu est aussi un lieu d’anéantissement de la philosophie et de renoncement du philosophe à lui-même dans la fréquentation du vrai. Car il s’agit de cela : le théologien semble fréquenter le vrai, il semble avoir avec la vérité une familiarité telle que le philosophe ne peut que l’envier, lui qui vit des rapports difficiles avec la vérité, dans l’horizon vide d’un absolu toujours absent. »

Yves CATTIN, « La théologie et l’exil de la parole ».

2 responses to this post.

  1. très beau texte assurément
    Une rencontre n’est-elle pas possible
    ou oubliée
    autour de la théologie négative?
    Je crois
    par bien des aspects
    nos démarches très proches
    A bientôt donc

  2. Bonjour Galibert,

    Je veux m’assurer que je comprends votre message. Cet extrait semble en effet présenter la théologie comme une science certaine de son objet, une science qui entretient des rapports familiers, harmonieux et indubitables avec la vérité recherchée, tandis que la philosophie elle se tient dans une sorte d’inquiétude nocturne à cause de ses rapports difficiles avec le vrai. C’est alors que vous vous demandez si l’auteur n’oublie pas cette dimension humble et balbutiante de la pensée théologique qui consiste à approcher la vérité par approximation, et à n’en dire quelque chose que de façon négative.

    Vous avez raison. Tout texte tiré de son contexte est un bon prétexte. Cet extrait se trouve dans les premières pages de « La théologie et l’exil de la parole » in Hommage à Christian Duquoc. Dans la suite de son développement, Yves CATTIN montre en effet que les démarches philosophiques et théologiques sont semblables. Car le point de vue du philosophe dont il rend compte ici n’est qu’un point de vue illusoire. Car, affirme-t-il, le théologien non plus n’est certain de rien.

    Je le cite : « Le malaise du philosophe en face des certitudes du théologien, dont je parlais au début de cette étude, a donc pour origine une vue superficielle et en définitive inexacte de l’acte théologique… En définitive, le secret qui habite le discours théologique, comme sans doute tout discours, c’est que la parole humaine est toujours en manque de son objet. » p. 59, 63.

    Ainsi, la pensée théologique et philosophique est une pensée pérégrinante qui décrit l’exil de la parole entre les humanités multiples et luxuriantes de l’homme. Je m’arrête ici. Merci pour cette lecture anticipative et éclairante du texte. Elle nous oblige à préciser les choses. Bien à vous !

    Emmanuel

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