« Il faut d’abord vivre, et philosopher ensuite. Pour le philosophe, la vie est ailleurs, avant et après la philosophie, et la vérité ne se fait pas dans la philosophie. Au mieux, elle s’y vérifie en s’y manifestant, mais c’est là un événement second et secondaire. C’est pourquoi ce philosophe sans feu ni lieu hante tous les lieux. Pèlerin sans pèlerinage, il ne cherche pas un autre monde. Il se débarrasse de tous les mondes, de tous ces mondes, dans la nostalgie d’un monde oublié. Le philosophe parle seulement, non pas pour dire des vérités, mais pour rappeler que la liberté peut encore prévenir notre inhumanité, que l’heure des trahisons est encore à venir, que nous avons encore le choix. Plus que d’offrir des vérités, il appelle à une pensée rebelle contre les pensées soumises, dans une lente reconquête de la lucidité. Et s’il lui arrive d’en appeler à l’histoire, c’est toujours pour montrer qu’elle est sans fin et qu’elle ne dévoile aucune promesse. Toujours l’homme en est par avance dégagé et responsable. »
Yves CATTIN, « La théologie et l’exil de la parole ».
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