« L’advenue de quelque chose comme ‘‘Dieu’’ en philosophie relève donc moins de Dieu même que de la métaphysique, comme figure destinale de la pensée de l’Etre. »
Jean-Luc MARION, Dieu sans l’être, p. 53.
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GRILLE DE LECTURE
Le philosophe Jean-Luc Marion a été élu à l’Académie française le 06 novembre 2008, reçu à l’Institut de France le 25 janvier 2010. Jean-Luc Marion fait une philosophie de Dieu aux accents théologiques indéniables. Il n’est pas étonnant qu’il occupe sous la Coupole le fauteuil du cardinal Jean-Marie Lustiger. Jean-Luc Marion fait observer, à la lecture de l’histoire de la pensée, que Dieu et l’amour sont absents de la philosophie. Le Dieu dont parle la philosophie est une pure création de la métaphysique de l’Etre. En dépit de sa portée positive, le « Dieu » de la métaphysique n’est pas Dieu lui-même, il n’est que l’objet final de la pensée conceptuelle de l’Etre. Cette notion doit donc être pensée autrement en philosophie. Repenser Dieu en philosophie revient à accéder à une pensée de Dieu qui ne soit ni illusoire ni idolâtrique.
En effet, la représentation conceptuelle de Dieu à laquelle procède la philosophie risque de sombrer dans l’idolâtrie. Elle n’offre de Dieu qu’une idole si limitée qu’elle ne peut ni prétendre à un culte et à une adoration. Ce « Dieu », nul ne peut ni le prier, ni lui sacrifier (Heidegger). Concrètement, la philosophie de Dieu doit quitter le domaine de l’Etre pour accéder au domaine de l’amour ou de la charité. Il faut un Dieu sans conçu autrement que d’un point de vue ontologique. Au lieu de concevoir Dieu comme efficience, Etre, cause, ou comme un concept, il faut laisser Dieu se penser à partir de sa seule et pure exigence, l’agapè, qui outrepasse les prérogatives du concept. Dieu n’a pas à être, c’est en aimant qu’il se révèle et c’est à aimer qu’il se donne. Le propre de l’amour consiste en ceci qu’il se donne.
Dieu ne peut se donner à penser sans idolâtrie qu’à partir de lui seul : c’est-à-dire se donner à penser comme amour, comme une pensée du don, ou mieux, comme un don de la pensée. Jean-Luc Marion, avec une finesse toute heideggérienne, fait remarquer qu’un don qui se donne à jamais, ne peut se penser que par une pensée qui se donne au don à penser. Et pour la pensée, qu’est-ce que se donner, sinon aimer ? Autrement dit, philosophie et métaphysique doivent faire allégeance à Dieu pour en révéler toute la splendeur, c’est à l’intérieur du mouvement divin d’amour que la philosophie de Dieu doit se réinventer de façon crédible.
Emmanuel AVONYO, op