« Pour le journaliste, la liberté est un préalable à son éthique, en même temps que son éthique le conduit à tenir la liberté de l’information et, plus généralement, la liberté des autres, comme droit fondamental, pour une valeur qu’il lui appartient d’affirmer. »
Daniel Cornu, Journalisme et vérité, p. 146.
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GRILLE DE LECTURE
Il n’est pas d’éthique de l’information sans liberté, sans capacité de tracer sa propre voie, de choisir entre divers chemins ouverts, d’avoir une ligne éditoriale propre. L’information est un bien, un bien précieux faisant appel à une décision morale, par rapport à laquelle la liberté de l’homme ne peut être économisée. Emmanuel Kant résumait dans la Métaphysique des mœurs l’exigence éthique : « Agis de telle façon que tu traites l’humanité dans ta personne ou dans celle d’autrui non pas seulement comme un moyen, mais toujours comme une fin en soi. » Cette exigence éthique a beau être un impératif suprême entièrement apriorique, elle se propose à la conscience de l’homme et requiert de sa part une adhésion, une réponse, qui sont de l’ordre de la liberté. L’agir qui engage la responsabilité morale du journaliste est donc un agir volontaire libre. La liberté est un préalable à l’éthique de l’information. Mais cette liberté semble se trouver aussi bien en aval qu’en amont du processus de l’information.
La visée du bien commun commande de faire ce qui nous convient (ainsi qu’aux autres) et de renoncer à ce qui ne l’est pas. Ainsi, l’éthique du journaliste doit avant tout libérer l’information et les autres. La question de la liberté se situe en ouverture de toute interrogation éthique portant sur les relations entre les hommes. Elle a une visée politique indéniable. Paul Ricœur définissait la visée éthique comme la visée de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes. Rapporté au domaine de l’information, ce principe implique que l’information libre doit encore être vraie et juste, elle doit instruire et respecter la liberté de ceux qui la reçoivent. La liberté n’est pas que fondatrice (en tant qu’un droit fondamental), elle est aussi pragmatique. La liberté, qui fonde la légitimité du travail du journaliste et établit sa responsabilité, passe aussi par l’acte de construction d’une destinée commune. C’est-à-dire qu’elle s’inscrit dans un contexte, dans un temps et dans un lieu. Il ressort de cette circonstance que la liberté du journaliste est non seulement morale mais aussi sociale (politique).
Comme l’enseigne la tradition philosophique classique, la liberté est la valeur des valeurs, la condition primordiale et indispensable pour qu’une information vraie et juste soit possible. Par-dessus tout, la liberté est une valeur à affirmer, une valeur à laquelle il faut encore donner un visage politique. Si la liberté est une valeur en soi, elle est aussi un politique nécessaire, un cadre de discussion et d’accomplissement humain. La liberté qui fonde l’éthique de l’information est encore celle qui la rend effective, dans la mesure où elle définit le champ éthique et rend possible un jeu d’actions réciproques, de recherche de compréhension mutuelle et de concertation. Pour qu’une éthique de l’information soit possible, tous les sujets doivent postuler (affirmer) l’exigence de la liberté pour les autres comme l’acte inaugural de leur propre liberté. C’est une liberté de connaître, de dire, de penser et de s’exprimer que le journaliste entend illustrer et défendre par son activité professionnelle.
Emmanuel AVONYO, op
Posted by Lise on février 4, 2011 at 8:12 am
Merci pour cette analyse, mais pourquoi ne retrouvons pas cette liberté dans bon nombre de journaux ?
Amitiés philosphiques
Posted by L'Academie de Philosophie on février 4, 2011 at 8:26 pm
Bonjour,
Merci de laisser un mot sur cette grille de lecture. Je ne saisis pas bien ce que vous voulez dire. Vous demandez pourquoi les journalistes connaissent beaucoup d’entraves à leur liberté, ou bien pourquoi certains journaux seraient des obstacles à la liberté ? Dans les deux cas, je ne sais pas si cela cadre avec notre propos. Je me borne à faire une réponse au premier cas. Je ne suis pas en mesure de justifier l’absence de liberté de la presse en ce qui concerne les journaux. Aussi fondamentale qu’elle paraisse d’un point de vue philosophique, la liberté reste une perle à conquérir, elle est de l’ordre du devoir-être. Elle n’est jamais suffisante, tout comme elle ne sera jamais offerte totalement. Les libertés étant appelées à se limiter pour que chacune puisse s’exprimer. Toutefois, il y a de plus en plus de liberté de la presse dans les grandes nations démocratiques. La presse est bâillonnée dans les pays où les droits humains sont piétinés, les libertés politiques sont assez menacées.
Emmanuel