Posts Tagged ‘Daniel Cornu’

Pensée du 04 février 11

« Pour le journaliste, la liberté est un préalable à son éthique, en même temps que son éthique le conduit à tenir la liberté de l’information et, plus généralement, la liberté des autres, comme droit fondamental, pour une valeur qu’il lui appartient d’affirmer. »

Daniel Cornu, Journalisme et vérité, p. 146.

__________________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Il n’est pas d’éthique de l’information sans liberté, sans capacité de tracer sa propre voie, de choisir entre divers chemins ouverts, d’avoir une ligne éditoriale propre. L’information est un bien, un bien précieux faisant appel à une décision morale, par rapport à laquelle la liberté de l’homme ne peut être économisée. Emmanuel Kant résumait dans la Métaphysique des mœurs l’exigence éthique : « Agis de telle façon que tu traites l’humanité dans ta personne ou dans celle d’autrui non pas seulement comme un moyen, mais toujours comme une fin en soi. » Cette exigence éthique a beau être un impératif suprême entièrement apriorique, elle se propose à la conscience de l’homme et requiert de sa part une adhésion, une réponse, qui sont de l’ordre de la liberté. L’agir qui engage la responsabilité morale du journaliste est donc un agir volontaire libre. La liberté est un préalable à l’éthique de l’information. Mais cette liberté semble se trouver aussi bien en aval qu’en amont du processus de l’information.

La visée du bien commun commande de faire ce qui nous convient (ainsi qu’aux autres) et de renoncer à ce qui ne l’est pas. Ainsi, l’éthique du journaliste doit avant tout libérer l’information et les autres. La question de la liberté se situe en ouverture de toute interrogation éthique portant sur les relations entre les hommes. Elle a une visée politique indéniable. Paul Ricœur définissait la visée éthique comme la visée de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes. Rapporté au domaine de l’information, ce principe implique que l’information libre doit encore être vraie et juste, elle doit instruire et respecter la liberté de ceux qui la reçoivent. La liberté n’est pas que fondatrice (en tant qu’un droit fondamental), elle est aussi pragmatique. La liberté, qui fonde la légitimité du travail du journaliste et établit sa responsabilité, passe aussi par l’acte de construction d’une destinée commune. C’est-à-dire qu’elle s’inscrit dans un contexte, dans un temps et dans un lieu. Il ressort de cette circonstance que la liberté du journaliste est non seulement morale mais aussi sociale (politique).

Comme l’enseigne la tradition philosophique classique, la liberté est la valeur des valeurs, la condition primordiale et indispensable pour qu’une information vraie et juste soit possible. Par-dessus tout, la liberté est une valeur à affirmer, une valeur à laquelle il faut encore donner un visage politique. Si la liberté est une valeur en soi, elle est aussi un  politique nécessaire, un cadre de discussion et d’accomplissement humain. La liberté qui fonde l’éthique de l’information est encore celle qui la rend effective, dans la mesure où elle définit le champ éthique et rend possible un jeu d’actions réciproques, de recherche de compréhension mutuelle et de concertation. Pour qu’une éthique de l’information soit possible, tous les sujets doivent postuler (affirmer) l’exigence de la liberté pour les autres comme l’acte inaugural de leur propre liberté. C’est une liberté de connaître, de dire, de penser et de s’exprimer que le journaliste entend illustrer et défendre par son activité professionnelle.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 07 décembre 10

« Aux yeux de Spinoza, comme chez Hobbes, l’état de nature est l’état de guerre de tous contre tous. C’est ce qui motive la formation du contrat social, notion nouvelle, fruit de l’individualisme, sur laquelle se concentrent les réflexions politiques pendant plus d’un siècle. Mais au contraire du philosophe anglais, Spinoza ne croit pas aux ressources morales des citoyens contractants, capables d’observer des lois naturelles pour autant que le pouvoir assure le respect des règles du jeu. La société doit selon lui disposer du pouvoir absolu. »

Daniel Cornu, Journalisme et vérité, p. 158.

_________________________________________________________________________