Pensée du 16 février 11

« Si nous n’étions pas troublés par la crainte des phénomènes célestes et de la mort, inquiets à la pensée que cette dernière pourrait intéresser notre être, et ignorants des limites assignées aux douleurs et aux désirs, nous n’aurions pas besoin d’étudier la nature. »

Epicure, Maxime fondamentale XI

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La philosophie d’Epicure comme celle de la plupart de ses contemporains entretient un lien très étroit avec le cosmos. Elle affirme que l’univers est composé d’atomes et de vide, et que la connaissance de cette vérité et de ce qui en découle est indispensable au bonheur. Cette façon de voir ne rejoint-t-elle pas très clairement l’idée essentielle cette Maxime fondamentale ? Il paraît évident que pour l’Epicurisme, la vérité et le bonheur, la science et l’éthique s’appellent ; autrement dit, la science de la nature est pratiquée en vue du bonheur. Notons rapidement que jusqu’à Newton (XVIIe siècle), la physique sera considérée comme une partie de la philosophie. La plupart des Epicuriens distinguaient trois parties dans la philosophie : la canonique, c’est-à-dire la logique, la physique et l’éthique. L’ensemble est ordonné à l’éthique, au bonheur de l’homme. Ainsi selon Epicure, par l’étude de la physique, l’homme pourra « tout regarder d’un œil que rien ne trouble » et atteindre l’ataraxie. La connaissance des phénomènes naturels ne peut avoir d’autre but que la paix de l’âme et une ferme confiance en soi.

Lucrèce affirmera qu’elle sert à dissiper les terreurs de l’esprit. L’ataraxie, l’absence de trouble est perçue par Lucrèce comme la Summa pax, la paix la plus profonde. Pour atteindre cette paix profonde, la philosophie épicurienne choisit de s’attaquer aux terreurs et aux craintes de l’homme. En effet, dans la philosophie du Jardin, on administre à l’homme, malade de ne pas philosopher, un quadruple remède comme antidote aux quatre craintes qu’on peut relever dans la Maxime fondamentale : a) Il n’y a rien à craindre des dieux b) Il n’y a rien à craindre de la mort c) On peut atteindre le bonheur d) On peut supporter la douleur. Ces remèdes étaient gravés en lettres d’or sur le mur d’un portique en Cappadoce, au deuxième siècle après Jésus-Christ, soit 50 ans après la fondation de l’école. Il est toujours temps de philosopher pour ne pas subir la loi des passions. La question pour Epicure n’est pas tant de cueillir « dès aujourd’hui les roses de la vie », mais bien plutôt de s’attacher à suspendre en quelque façon le vol du temps qui passe en se tournant vers la philosophie. Bel idéal de vie…

Fr Emmanuel AVONYO, op

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