« Et voici, chose étrange, que tous ou presque tous s’accordent à trouver à tout ce qui est psychique un caractère commun, un caractère qui traduit son essence même. C’est le caractère unique, indescriptible et qui n’a d’ailleurs pas besoin d’être décrit, de la conscience (Bewusstheit). »
Sigmund Freud, Abrégé de psychanalyse, PUF, 1997, note, p. 19.
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GRILLE DE LECTURE
La plupart des défenseurs de la psychologie classique soutiennent que l’homme a une conscience claire de lui-même, et que le psychisme de l’homme se définit essentiellement par la conscience : il y a au nombre de ceux-ci Descartes, Alain, Sartre. Descartes pense que tout l’esprit humain relève du domaine de la conscience. Les phénomènes inconscients se rapportent à la physiologie (au corps : le fonctionnement inconscient du foie par exemple) tandis que toute la structure mentale de l’homme est clairvoyante. C’est pourquoi l’homme peut avoir des idées claires et distinctes sur lui-même. Même en doutant de tout, l’homme reste conscient du fait qu’il doute et qu’il existe. Pour Alain : « savoir, c’est savoir qu’on sait », or savoir qu’on sait, c’est avoir conscience de soi. La conscience apparaît donc comme le savoir revenant sur lui-même pour se mettre en demeure de décider et de juger. De son côté, Sartre avance que la conscience est l’essence de l’homme. Bien plus, l’inconscient est un prétexte mal fondé parce que l’homme est un être en situation : « L’objet de la psychologie, c’est l’être en situation… Il n’y a pour une conscience qu’une façon d’exister, c’est d’avoir conscience qu’elle existe. » C’est fort de cela que l’existentialisme enseigne que l’homme est ce qu’il se fait, ce qu’il projette. Pauvre ou riche, l’homme est responsable de sa situation. Il est un être conscient.
Nous voyons comment les philosophes précités identifient tout ce qui est psychique à la conscience. Freud affirmera avoir infligé à l’humanité la troisième défaite de l’histoire (après celle de Copernic et de Darwin) en découvrant la psychanalyse. La psychanalyse est une science qui permet l’exploration de l’inconscient et la guérison de certaines maladies appelées « névroses ». C’est « la psychologie des profondeurs ». Freud a révélé l’existence de l’inconscient psychique et présenté la structure de l’appareil psychique (le moi, le ça et le surmoi). En effet, Freud estime qu’il existe un certain nombre de faits psychiques inexplicables par la psychologie traditionnelle (classique) : les oublis, les névroses, les actes manqués… Mais il convient de reconnaître qu’avant Freud, certains philosophes avaient déjà montré que la représentation cartésienne du psychisme humain était insuffisante. Dès le 17e siècle, un contemporain de Descartes, Leibniz, a répondu à Descartes que sa conception du psychisme humain n’est pas valide, et est insuffisante. Pour Leibniz, contrairement à Descartes, on ne peut pas rendre compte du psychisme, et même du comportement en général, sans reconnaître l’existence de pensées inconscientes. La thèse leibnizienne va être que l’on n’a pas accès (ou conscience de) à tout ce qui se passe en nous. La pensée n’est pas toujours pensée consciente : nous pensons toujours mais nous n’avons pas conscience de toutes nos pensées.
Emmanuel AVONYO, op
Posted by du PLESSIX on mars 4, 2011 at 10:19 am
« La pensée n’est pas toujours pensée consciente : nous pensons toujours mais nous n’avons pas conscience de toutes nos pensées. »
Cinq difficultés : Quand une pensée devient-elle une pensée ? Ou devient-elle pensée ? Pourquoi est-elle pensée ? suis-je « pensée » ? pourquoi penser ?
Penser est une forme d’explication d’un monde, une forme de communication à soi et aux autres.Est-elle un aboutissement d’un cheminement dont je suis maître ou pas ? A contrario, peut-on imaginer ne pas penser ? Quels effets…juste un instant sur soi-même ? De ce fait alors…Peut-on imaginer une autre nature que le fonctionnement ou la production de « pensées » – enfin de compte « penser autrement que par la pensée proprement dite » ? Mieux peut-on être dans un LIEU et/ou un moment où la pensée n’est pas le corollaire (ou toujours le corollaire)du « je pense donc je suis ou je suis donc je pense » ?
Posted by L'Academie de Philosophie on mars 5, 2011 at 12:16 pm
Merci pour l’intérêt qui accompagne vos questionnements. N’est-ce pas d’ailleurs vrai qu’en philosophie les questions valent plus en noblesse que les réponses balbutiantes?
Mais les questions, au fond, doivent nous pousser vers le fond abyssal d’elles-mêmes pour contempler ce qui reste toujours fugitif à l’homme non averti. Ce qui revient à dire que les questions en philosophie doivent être destinales. Elles sont destinales parce qu’elles font signe vers l’être. Le site par excellence de l’être est la pensée.Il est bien normal que l’homme ne peut se séparer de son activité la plus noble: penser. Penser c’est s’ouvrir à la dictée contemplative de l’être; penser c’est s’ouvrir à la transcendance, penser c’est écouter Autrui qui nous vient avec la pourpre de l’infini nous rappelant l’horizon du Tout-Autre.
Nous voulons dire que la pensée est un acte essentiel à l’homme. Mais est-ce suffisant de penser dès lors que la pensée comme acte essentiel à l’homme épuise l’essence de la manifestation ou de la donation de l’homme?
Si nous poussons les choses à leur fond, nous découvrons cependant autre chose.
En effet, dans son exister l’homme de par sa finitude n’arrive pas toujours à faire coïncider sa pensée et son être; parce que l’homme est vêtu du manteau de la finitude. Pour dire mieux, l »homme n’est pas un Acte pur chez qui cela est possible. Dans un effort d’élévation, l’homme pourra parvenir un jour à faire coïncider sa visée et son viser, à supprimer l’écran qui sépare la noèse et le noème. A cet instant, l’homme n’aura plus besoin de penser pour être ou exister, car à ce niveau de la connaissance l’homme n’est plus toujours en retard sur sa conscience comme le pense Hegel, mais l’homme habite plutôt sa pleine conscience. En clair, ici penser et être disent la même chose et la même et unique activité.
Voilà cher ami des chemins qui sont ouverts dans la pensée à nous et qui nous convoquent à la méditation…
Fr. Justin NDEMA, op.