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Pensée du 04 mars 11

« Et voici, chose étrange, que tous ou presque tous s’accordent à trouver à tout ce qui est psychique un caractère commun, un caractère qui traduit son essence même. C’est le caractère unique, indescriptible et qui n’a d’ailleurs pas besoin d’être décrit, de la conscience (Bewusstheit). »

Sigmund Freud, Abrégé de psychanalyse, PUF, 1997, note, p. 19.

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GRILLE DE LECTURE

La plupart des défenseurs de la psychologie classique soutiennent que l’homme a une conscience claire de lui-même, et que le psychisme de l’homme se définit essentiellement par la conscience : il y a au nombre de ceux-ci Descartes, Alain, Sartre. Descartes pense que tout l’esprit humain relève du domaine de la conscience. Les phénomènes inconscients se rapportent à la physiologie (au corps : le fonctionnement inconscient du foie par exemple) tandis que toute la structure mentale de l’homme est clairvoyante. C’est pourquoi l’homme peut avoir des idées claires et distinctes sur lui-même. Même en doutant de tout, l’homme reste conscient du fait qu’il doute et qu’il existe. Pour Alain : « savoir, c’est savoir qu’on sait », or savoir qu’on sait, c’est avoir conscience de soi. La conscience apparaît donc comme le savoir revenant sur lui-même pour se mettre en demeure de décider et de juger. De son côté, Sartre avance que la conscience est l’essence de l’homme. Bien plus, l’inconscient est un prétexte mal fondé parce que l’homme est un être en situation : « L’objet de la psychologie, c’est l’être en situation… Il n’y a pour une conscience qu’une façon d’exister, c’est d’avoir conscience qu’elle existe. » C’est fort de cela que l’existentialisme enseigne que l’homme est ce qu’il se fait, ce qu’il projette. Pauvre ou riche, l’homme est responsable de sa situation. Il est un être conscient.

Nous voyons comment les philosophes précités identifient tout ce qui est psychique à la conscience. Freud affirmera avoir infligé à l’humanité la troisième défaite de l’histoire (après celle de Copernic et de Darwin) en découvrant la psychanalyse. La psychanalyse est une science qui permet l’exploration de l’inconscient et la guérison de certaines maladies appelées « névroses ». C’est « la psychologie des profondeurs ». Freud a révélé l’existence de l’inconscient psychique et présenté la structure de l’appareil psychique (le moi, le ça et le surmoi). En effet, Freud estime qu’il existe un certain nombre de faits psychiques inexplicables par la psychologie traditionnelle (classique) : les oublis, les névroses, les actes manqués… Mais il convient de reconnaître qu’avant Freud, certains philosophes avaient déjà montré que la représentation cartésienne du psychisme humain était insuffisante. Dès le 17e siècle, un contemporain de Descartes, Leibniz, a répondu à Descartes que sa conception du psychisme humain n’est pas valide, et est insuffisante. Pour Leibniz, contrairement à Descartes, on ne peut pas rendre compte du psychisme, et même du comportement en général, sans reconnaître l’existence de pensées inconscientes. La thèse leibnizienne va être que l’on n’a pas accès (ou conscience de) à tout ce qui se passe en nous. La pensée n’est pas toujours pensée consciente : nous pensons toujours mais nous n’avons pas conscience de toutes nos pensées.

Emmanuel AVONYO, op