Pensée du 24 juillet 18

« Ce que je conçois comme possible n’existe pas moins, dans ma pensée, que ce que je conçois comme réel : c’est seulement à l’extérieur de la pensée que se manifeste le caractère plus ou moins réel d’une quelconque entité ; car dans le royaume de la pensée, tout se trouve remis à niveau. Prenons un exemple : je me figure par la pensée un arbre aux fruits d’or. Cet objet, que j’imagine, n’est pas réel, et je ne peux, dans l’état actuel de la botanique, en faire l’expérience par mes yeux, à moins de recouvrir d’une mince pellicule dorée les fruits d’un pommier, dans un verger. Puis-je, par les seuls moyens de la pensée, démontrer l’inexistence réelle de l’arbre aux fruits d’or ? Depuis au moins l’affirmation par Kant du fait que l’existence n’est pas un prédicat réel, on s’accorde à reconnaître que la pensée ne peut tirer de ses propres ressources les moyens de discriminer ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ; il lui faut l’appui de l’expérience, de la perception sensible, de nos yeux, de notre ouïe ou de nos nerfs. En tant qu’elles sont seulement pensées, une entité existant réellement et une entité existant dans l’imagination existent ni plus ni moins l’une que l’autre ; la pensée, donc, égalise le statut ontologique de ses objets.»

Garcia (Tristan), La vie intense. Une obsession moderne, 2016

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