Pensée du 02 septembre 18

« Il y en a qui estiment qu’il est nécessaire, à la vérité, qu’il y ait une puissance souveraine dans l’État : mais que si on la donnait tout entière à un seul homme ou à une seule cour, tous les sujets deviendraient esclaves. Pour éviter cet inconvénient, ils disent qu’on pourrait établir une forme de gouvernement mixte (…). Et qu’on pourrait faire, par exemple, que la nomination des magistrats, la déclaration, de la guerre ou de la paix, fussent en la puissance du roi; que les grands exerçassent la justice; que les impositions et le maniement des finances appartinssent au peuple, et que tous ensemble en corps eussent le droit de faire des lois. Cette sorte d’État ferait, au dire de ces messieurs, une monarchie mêlée. Mais quand bien cela se pourrait, ainsi qu’ils le désignent, je ne vois pas que la liberté des particuliers en fût mieux établie : car, tandis qu’ils seront tous de bonne intelligence, la sujétion de chacun d’eux sera aussi grande qu’elle le peut être; et s’ils tombent en discorde, il en naîtra une guerre civile, qui introduira derechef le droit du glaive particulier, c’est-à-dire, l’état de nature, cette malheureuse liberté pire que toutes les servitudes. Cependant, je crois que j’ai suffisamment démontré (…) que la puissance souveraine ne pouvait point être divisée. »

Hobbes, Le citoyen, ch. VII, §4, 1642

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