« Une manière largement répandue d’envisager la modernité est de l’inscrire dans une vision évolutionnaire. L’histoire de l’humanité, dans une telle perspective orthodoxe, équivaut à un développement linéaire, caractérisé, entre autres, par une progression de la rationalité. Mais chez de nombreux auteurs dès le XIXe siècle au moins, le regard sur la modernité tend à mettre en évidence sa dimension exceptionnelle. L’histoire de l’humanité se caractériserait ainsi par une évolution discontinue, ou une mutation, ou encore un grand partage. Dans ces conditions, l’Occident se singulariserait à partir d’une rupture radicale avec sa propre tradition et avec celle des autres sociétés à travers le monde. De fait, depuis plusieurs siècles une manière de voir dichotomique s’est imposée, en opposant des « nous » et des « eux », ou encore l’ici et l’ailleurs, malgré la grande généralité et le flou de ces notions. Certes, cette dichotomie se présente sous diverses modalités. Mais elle renvoie toujours à la même opposition confuse. Et surtout le pôle des « nous » caractériserait, pour l’humanité entière, la seule voie à suivre. »
Gérald Berthoud, La comparaison anthropologique : ébauche de méthode
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