« Voici quelles sont ces maximes [du sens commun] : 1/ penser par soi-même ; 2/ penser en se mettant à la place de tout autre être humain ; 3/ penser toujours en accord avec soi-même. La première est la maxime de la pensée sans préjugé, la deuxième celle de la pensée ouverte, la troisième celle de la pensée conséquente. La première est la maxime d’une raison qui n’est jamais passive. Le préjugé est la tendance à la passivité, donc à l’hétéronomie de la raison ; et le plus grand des préjugés consiste à se représenter la nature comme n’étant pas soumise aux règles que l’entendement, de par sa propre loi essentielle, met au principe de la nature – c’est la superstition. L’Aufklärung, c’est se libérer de la superstition ; en effet, bien que ce terme convienne aussi pour signifier qu’on se libère des préjugés en général, la superstition mérite par préférence (in sensu eminenti) d’être appelée préjugé, puisque l’aveuglement où nous plonge la superstition, et qu’elle va même jusqu’à exiger à titre d’obligation, souligne de manière remarquable le besoin d’être guidé par d’autres, donc l’état dans lequel se trouve une raison passive. »
E. KANT, Critique de la faculté de juger, I, Analytique du sublime, 40, in Oeuvres, Paris, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, t. 2, pp. 1073-1074.
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