Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 09 décembre 18

« Cette phrase :  » la science ne pense pas « , qui a fait tant de bruit lorsque je l’ai prononcée signifie : la science ne se meut pas dans la dimension de la philosophie. Mais, sans le savoir elle se rattache à cette dimension. Par exemple : la physique se meut dans l’espace et le temps et le mouvement. La science en tant que science ne peut pas décider de ce qu’est le mouvement, l’espace, le temps. La science ne pense donc pas, elle ne peut même pas penser dans ce sens avec ses méthodes. Je ne peux pas dire par exemple avec les méthodes de la physique, ce qu’est la physique. Ce qu’est la physique, je ne peux que le penser à la manière d’une interrogation philosophique. La phrase: « la science ne pense pas» n’est pas un reproche, mais c’est une simple constatation de la structure interne de la science : c’est le propre de son essence que, d’une part, elle dépend de ce que la philosophie pense, mais que d’autre part, elle oublie elle-même et néglige ce qui exige là d’être pensé ».

Heidegger

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Pensée du 08 décembre 18

« La liberté du peuple n’est pas Ma liberté! (—) Un peuple ne peut être libre autrement qu’aux dépens de l’individu, car, dans cette liberté, ce n’est pas ce dernier, mais le peuple qui est l’essentiel. Plus libre est le peuple, et plus lié l’individu(—). Un peuple opprime ceux qui s’élèvent au-dessus de sa majesté, il emploie l’ostracisme contre les citoyens trop puissants, l’inquisition contre les hérétiques dans l’Eglise et…à nouveau l’inquisition contre ceux qui sont coupables de haute trahison dans l’Etat, etc…  Car ce qui importe au peuple, c’est de s’affirmer : il exige de chacun le »sacrifice patriotique ». Par suite, chacun lui est indifférent pour soi , un néant(—). Tout peuple, tout Etat est injuste envers l’égoïste. Aussi longtemps qu’une seule institution subsistera qu’il ne sera pas permis à l’individu de dissoudre, il sera encore loin de jouir de sa particularité et de s’appartenir lui-même. Comment puis-je, par exemple, être libre, si je dois me lier par serment à une constitution, une charte, une loi, »jurer allégeance de corps et d’âme » à mon peuple? Comment puis-je être mon Moi propre, quand mes facultés ne doivent se développer qu’autant qu’elles ne troublent pas l’harmonie de la société? Le crépuscule des peuples et de l’humanité sera l’annonce de Mon aurore. »

Stirner

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Pensée du 07 décembre 18

«Si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous».

J.-P. SARTRE, Huis clos, Paris, Gallimard, 1947.

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Pensée du 06 décembre 18

« Par croissance économique, on entend une élévation du revenu par habitant ainsi que de la production. Le pays qui augmente sa production de biens et de services, par quelque moyen que ce soit, en l’accompagnant d’une élévation du revenu moyen, a mis à son actif une croissance économique. Le développement économique comporte davantage d’implications, et, en particulier, des améliorations de la santé, de l’éducation et d’autres aspects  du bien être humain. Les pays qui élèvent qui élèvent leur revenu, mais sans assurer aussi une augmentation de l’espérance de  vie, une réduction de la mortalité infantile, un accroissement des taux d’alphabétisation échouent dans des aspects importants du développement. » 

Dwight H. Perkins (dir.), Economie du développement, trad. amér. Bruno Baron-Renault, Bruxelles, De Boeck Supérieur, 2012.

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Pensée du 05 décembre 18

« La société de masse, …ne veut pas la culture, mais les loisirs (entertainement) et les articles offerts par l’industrie des loisirs sont bel et bien consommés par la société comme tous les autres objets de consommation. Les produits nécessaires aux loisirs servent le processus vital de la société, même s’ils ne sont peut-être pas aussi nécessaires à sa vie que le pain et la viande. Ils servent comme, à passer le temps, et le temps vide qui est ainsi passé, n’est pas, à proprement parler, le temps de l’oisiveté – c’est-à-dire le temps où nous sommes libres de tout souci et activité nécessaire de par le processus vital, et par là, livre pour le monde et sa culture, c’est bien plutôt le temps de rester, encore biologiquement déterminé dans la nature, qui reste après que le travail et le sommeil ont reçu leur dû. Le temps vide que les loisirs sont supposés remplir est un hiatus dans le cycle biologiquement conditionné du travail… »

Hannah Arendt, La crise de la culture

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Pensée du 03 décembre 18

« L’influence du langage sur la sensation est plus profonde qu’on ne le pense généralement. Non seulement le langage nous fait croire à l’invariabilité de nos sensations, mais il nous trompera parfois sur le caractère de la sensation éprouvée. Ainsi, quand je mange d’un met réputé exquis, le nom qu’ils portent, gros de l’approbation qu’on lui donne, s’interpose entre ma sensation et ma conscience; je pourrais croire que la saveur me plaît, alors qu’un léger effort d’attention me prouverait le contraire. Bref, le mot aux contours bien arrêtés, le mot brutal, qui emmagasine ce qu’il y a de stable, de commun et par conséquent d’impersonnel dans les impressions de l’humanité, écrase ou tout au moins recouvre les impressions délicates et fugitives de notre conscience individuelle. Pour lutter à armes égales, celles-ci devraient s’exprimer par des mots précis ; mais ces mots, à peines formés, se retourneraient contre la sensation qui leur donna naissance, et inventés pour témoigner que la sensation est instable, ils lui imposeraient leur propre stabilité.»

H. BERGSON

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Pensée du 02 décembre 18

« Je pose en principe un fait peu contestable : que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. »

Bataille, L’érotisme

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Pensée du 01 décembre 18

« Il faut voir en quoi consiste le mensonge. Il ne suffit pas de dire quelque chose de faux pour mentir si par exemple on croit ou si on a l’opinion que ce que l’on croit est vrai. Il y a une différence entre croire et avoir une opinion. Parfois celui qui croit sent qu’il sait ignorer tant il y croit fermement. Celui qui en revanche a une opinion estime qu’il sait ce qu’il ne sait pas. Or quiconque énonce un fait que par croyance ou opinion il tient pour vrai même si ce fait est vrai ne ment pas. Il le doit à la foi qu’il a en ses paroles et qui lui fait dire ce qu’il pense il le pense comme il le dit. Bien qu’il ne mente il n’est pas cependant sans faute s’il croit des choses à ne pas croire ou s’il estime savoir ce qu’il ignore quand bien même ce serait vrai. Il prend en effet l’inconnu pour le connu. Est donc menteur celui qui pense quelque chose en son esprit et qui exprime autre chose dans ses paroles ou dans tout autre signe. »

Saint-Augustin

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Pensée du 30 novembre 18

« Les sciences de l’esprit (Geisteswissenschaften) ont le droit de déterminer elles-mêmes leur méthode en fonction de leur objet. Les sciences doivent partir des concepts les plus universels de la méthodologie, essayer de les appliquer à leurs objets particuliers et arriver ainsi à se constituer dans leur domaine propre des méthodes et des principes plus précis, tout comme ce fut le cas pour les sciences de la nature. Ce n’est pas en transportant dans notre domaine les méthodes trouvées par les grands savants que nous nous montrons leurs vrais disciples, mais en adaptant notre recherche à la nature de ses objets et en nous comportant ainsi envers notre science comme eux envers la leur (…) »

Wilhelm Dilthey, Idées descriptives

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Pensée du 29 novembre 18

« Les sciences de l’esprit se distinguent tout d’abord des sciences de la nature en ce que celles-ci ont pour objet des faits qui se présentent à la conscience comme des phénomènes donnés isolément de l’extérieur, tandis qu’ils se présentent à nous-mêmes de l’intérieur comme une réalité et un ensemble vivant originairement. Il en résulte qu’il n’existe d’ensemble cohérent de la nature dans les sciences physiques et naturelles que grâce à des raisonnements qui complètent les données de l’expérience au moyen d’une combinaison d’hypothèses ; dans les sciences de l’esprit, par contre, l’ensemble de la vie psychique constitue partout une donnée primitive et fondamentale. Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie psychique. Car les opérations d’acquisition, les différentes façons dont les fonctions, ces éléments particuliers de la vie mentale, se combinent en un tout, nous sont données aussi par l’expérience interne. »

Wilhelm Dilthey, Idées descriptives

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