Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 08 septembre 17

« Il est unanimement reconnu que les pays du Nord ont une responsabilité dans le développement des pays du Sud, ne serait-ce que parce que leurs évolutions et leurs décisions conditionnent très largement l’environnement dans lequel peut se faire ce développement, mais aussi parce que l’histoire de la colonisation et de l’impérialisme a profondément marqué les institutions actuelles des pays du Sud. » 

Denis COGNEAU, Sylvie LAMBERT, « DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL – Développement des pays du Sud  », Encyclopædia Universalis

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Pensée du 07 septembre 17

« Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs mœurs, à l’étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu’ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu’ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer. »

Extrait de De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie, Chapitre VI (1840).

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Pensée du 06 septembre 17

“Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. Au-dessus de ceux-la s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir.

Extrait de De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie, Chapitre VI (1840). _____________________________________________________________________

Pensée du 05 septembre 17

« Je veux vous dire tout de suite quelle sorte de grandeur nous met en marche. Mais c’est vous dire quel est le courage que nous applaudissons et qui n’est pas le vôtre. Car c’est peu de chose que de savoir courir au feu quand on s’y prépare depuis toujours et quand la course vous est plus naturelle que la pensée. C’est beaucoup au contraire que d’avancer vers la torture et vers la mort quand on sait de science certaine que la haine et la violence sont choses vaines par elles-mêmes. C’est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d’accepter de tout perdre en gardant le goût du bonheur, de courir à la destruction avec l’idée d’une civilisation supérieure. »

A. Camus, Lettres à un ami allemand

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Pensée du 04 septembre 17

« La philosophie est une pensée ; cela se fait avec des mots et des raisonnements. La sagesse serait plutôt un certain type de silence. La philosophie est un travail ; la sagesse, un repos. Mais la philosophie, ses concepts et ses arguments, tendent vers la sagesse et la préparent, afin de faire advenir ce silence en soi. Et vous savez comme moi que se taire, y compris intérieurement, est une des choses les plus difficiles qui soient. Philosopher, c’est parler pour se taire ; le contraire donc du bavardage, qui consiste à parler pour parler. C’est pourquoi la philosophie est nécessaire, et c’est pourquoi elle ne suffit pas. Comment, en multipliant les mots, pourrait-on faire un silence ? Comment, à force de travail, pourrait-on obtenir un repos ? Il faut donc autre chose, non à la place de la philosophie, mais en elle ou à côté : c’est ce que j’appelle la spiritualité ou la méditation. »

André Comte-Sponville, « Spiritualité sans Dieu »

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Pensée du 03 sepembre 17

« Un honnête homme n’est pas obligé d’avoir vu tous les livres, ni d’avoir appris soigneusement tout ce qui s’enseigne dans les écoles ; et même ce serait une espèce de défaut en son éducation, s’il avait trop employé de temps en l’exercice des lettres. Il y a beaucoup d’autres choses à faire pendant sa vie, au cours de laquelle doit être si bien mesuré, qu’il lui en reste la meilleure partie pour pratiquer les bonnes actions, qui lui devraient être enseignées par sa propre raison, s’il n’apprenait rien que d’elle seule. Mais il est entré ignorant dans le monde et la connaissance de son premier âge n’étant appuyée que sur la faiblesse des sens et sur l’ autorité des précepteurs, il est presque impossible que son imagination ne se trouve remplie d’une infinité de fausses pensées, avant que cette raison en puisse entreprendre la conduite: de sorte qu’il a besoin par après d’un très grand naturel, ou bien des instructions de quelque sage, tant pour se défaire des mauvaises doctrines dont il est préoccupé, que pour jeter les premiers fondements d’une science solide, et découvrir toutes les voies par où il puisse élever sa connaissance jusqu’au plus haut degré qu’elle puisse atteindre ».

René Descartes, Discours de la Méthode

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Pensée du 01 septembre 17

  « Je ne me suis jamais cru obligé de ne pas changer d’avis. Mon amour de la vérité m’y autorise. Ce que je pense et ressens à un moment donné sur telle question, je me dois de le dire sans être prisonniers des idées que j’ai déjà exprimées à ce propos… à mesure que j’y vois plus clair, grâce à ce que je découvre chaque jour, il est normal que mes point de vue se précisent davantage. Et là où j’ai délibérément changé d’avis, le changement d’attitude devrait aller de soi. Seul un oeil attentif ne saurait y voir d’une évolution graduelle sans solution de continuité… Je ne me soucie nullement de vouloir paraître conséquent. Dans ma recherche de la vérité, je me suis défait de beaucoup d’idée et j’ai appris beaucoup de choses nouvelles… Au moment de prendre la plume, je ne pense jamais à ce que j’ai dit avant. Je cherche à être en accord non pas avec mes précédentes déclaration mais avec la vérité telle qu’elle se présente à moi à un moment donné. Cette attitude m’a permis d’évoluer en vérité et d’épargner à ma mémoire des efforts inutiles. Et qui plus est, chaque fois qu’il m’a fallu comparer ce que ‘j’ai écrit, même il y a plus de cinquante ans, avec mes plus récentes déclarations, je n’y ai pas découvert la moindre contradiction ».

Gandhi, Tous les hommes sont frères, Gallimard, p. 229, 231.

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Pensée du 31 août 17

  « Je dois reconnaître qu’entre l’économie et l’éthique je ne trace aucune frontière précise, si tant est que je fasse la distinction. Le régime économique qui va à l’encontre du progrès moral d’un individu ou d’une nation, ne peut être qu’immoral et, par conséquent, peccamineux. Il en va ainsi de tout système économique qui permet de se jeter sur un autre pays pour en faire sa proie ». « Le but à atteindre est de promouvoir le bonheur de l’homme, tout en le faisant parvenir à une complète maturité, mentale et morale. J’emploie cet adjectif ‘moral’ comme synonyme de spirituel. Pour parvenir à cette fin, il faut qu’il y ait décentralisation. Car la centralisation est un système incompatible avec une structure sociale non-violente ». « La manie de vouloir fabriquer en série est cause de la crise mondiale que nous traversons. Supposons un instant que la machine puisse subvenir à tous les besoins de l’humanité. La production se trouverait alors concentrée en certains point du globe ; tant et si bien qu’il faudrait mettre sur pied tout un circuit compliqué de distribution destiné aux besoins de la consommation. Au contraire, si chaque région produit ce dont elle a besoin, le problème de la distribution se trouve automatiquement réglé. Dans ce cas, il devient plus difficile de frauder et impossible de spéculer ». « A mon avis, si le village disparaît, l’Inde périrait en même temps. L’Inde ne sera plus l’Inde… »

Gandhi, Tous les hommes sont frères, Gallimard, p. 220 sq.

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Pensée du 30 août 17

«Il y a entre l’interprète et l’auteur une différence insurmontable résultant de la distance historique qui les sépare. Toute époque comprend nécessairement à sa manière le texte transmis […]. Le véritable sens d’un texte, tel qu’il s’adresse à l’interprète, ne dépend précisément pas de ces données occasionnelles que représentent l’auteur et son premier public. Du moins il ne s’y épuise pas. […] Un auteur ne connaît pas nécessairement le vrai sens de son texte; l’interprète par conséquent peut et doit le comprendre plus que lui. Ce qui est d’une importance fondamentale. Le sens d’un texte dépasse son auteur, non pas occasionnellement, mais toujours. C’est pourquoi la compréhension est une attitude non pas uniquement reproductive, mais aussi et toujours productive».

Georg Gadamer, Vérité et méthode, Trad. P. Fruchon, p. 318

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Pensée du 29 août 17

« Selon ma philosophie de la vie, la fin et les moyens sont des termes convertibles. On entend dire « les moyens, après tout, ne sont que des moyens ». Moi, je dirais plutôt: « tout, en définitive, est dans les moyens ». La fin vaut ce que valent les moyens. Il existe aucune cloison entre ces deux catégories. En fait, le Créateur ne nous permet d’intervenir que dans le choix des moyens. Lui seul décide de la fin. Et seule l’analyse des moyens permet de dire si le but a été atteint avec succès. Cette proposition n’admet aucune exception. L’ahimsâ et la vérité sont si étroitement imbriquées qu’il est impossible de démêler l’une de l’autre. Elles sont comme les deux côtés d’une même pièce de monnaie ou plutôt d’une feuille de métal sans épaisseur ni inscription. Comment distinguer alors le revers de l’envers? Quoi qu’il en soit, l’ahimsâ représente les moyens, ils doivent toujours être à notre portée. Aussi l’ahimsâ est-elle notre devoir suprême. Si on s’occupe des moyens, tôt ou tard on atteint la fin. Une fois qu’on a saisi ce point, la victoire finale ne saurait faire de doute… »

Gandhi, Tous les hommes sont frères, Paris, Gallimard, p. 147-149

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