Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 05 décembre 19

« Il est donc bien certain que la pitié est un sentiment naturel qui, modérant dans chaque individu l’activité de l’amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l’espèce. C’est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir; c’est elle qui, dans l’état de nature, tient lieu de lois, de mœurs et de vertu, avec cet avantage que nul n’est tenté de désobéir à sa douce voix; c’est elle qui détournera tout sauvage robuste d’enlever à un faible enfant ou à un vieillard infirme sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs; c’est elle qui, au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée : « Fais à autrui comme tu veux qu’on te fasse », inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle, bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente : « Fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible. » »

Jean-Jacques ROUSSEAU

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Pensée du 04 décembre 19

« A quoi vise l’art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l’esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? Le poète et le romancier qui expriment un état d’âme ne le créent certes pas de toutes pièces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n’observions pas en nous, jusqu’à un certain point, ce qu’ils nous disent d’autrui. Au fur et à mesure qu’ils nous parlent, des nuances d’émotion et de pensée nous apparaissent qui pouvaient être représentées en nous depuis longtemps, mais qui demeuraient invisibles : telle, l’image photographique qui n’a pas encore été plongée dans le bain où elle se révélera. Le poète est ce révélateur. »

Henri BERGSON

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Pensée du 03 décembre 19

« La société a indubitablement le droit et même le devoir de se protéger contre tout ce qui peut introduire en son sein des facteurs de dissolution, contre tout ce qui risque de conduire à un débridement de l’agressivité. Elle ne doit point attendre que se vérifient des abus qui la forcent à des interventions répressives. À court terme, des interventions préventives et des réglementations restrictives peuvent donner l’impression de réduire le champ des libertés politiques. À moyen ou long terme cependant, de telles mesures se révèlent hautement bénéfiques tant aux individus qu’à la société. »

Michel Schooyans, « L’Avortement, problème politique »


Pensée du 02 décembre 19

L’amalgame entre la « culture » au sens humaniste du terme et la « culture » dans ses acceptions anthropologiques (notamment celle qui désigne l’ensemble des traits distinctifs caractérisant le mode de vie d’un peuple ou d’une société) est source de bien des confusions dans le discours des chercheurs comme dans celui des responsables politiques. Du point de vue anthropologique, l’expression « relation entre la culture et l’économie » est dénuée de sens puisque 1 ‘économie fait partie de la culture d’un peuple… De fait, les ambiguïtés d’une telle expression constituent la principale difficulté idéologique pour la Commission : la « culture » est-elle un aspect ou un instrument du « développement » compris au sens de progrès matériel ? ou est-elle le but et la visée du « développement » compris au sens d’épanouissement de la vie humaine sous ses formes multiples et dans sa totalité ?

Marshall Sahlins, cité dans Notre diversité créatrice, Paris, Unesco, 1996, p. 13.


Pensée du 01 décembre 19

L’accession au statut de nation avait favorisé une prise de conscience aiguë du fait que le style de vie propre à chaque peuple représentait une valeur, un droit, une responsabilité et une chance. Chaque peuple avait ainsi été conduit à remettre en question le cadre de référence à l’intérieur duquel seule la rationalité occidentale était censée produire des lois réputées universelles, et à revendiquer le droit de forger d’autres modèles de modernisation. Tous avaient proclamé la valeur de leur propre richesse culturelle, de leurs multiples acquis, qui ne pouvaient se mesurer en dollars et en cents, tout en affirmant les valeurs universelles qui fondent même une éthique universelle.

Notre diversité créatrice, Paris, Unesco, 1996, p. 7

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Pensée du 30 novembre 19

« La question pertinente n’est pas de savoir si nos mentalités et nos comportements ont progressé par rapport à ceux de nos ancêtres; c’est celle de savoir s’ils ont suffisamment évolué pour nous permettre de faire face aux gigantesques défis du monde d’aujourd’hui… Ce qui est en cause, c’est le fossé qui se creuse entre notre rapide évolution matérielle, qui chaque jour nous désenclave davantage, et notre trop lente évolution morale, qui ne nous permet pas de faire face aux conséquences tragiques du désenclavement. Bien entendu, l’évolution matérielle en peut ni ne doit être ralentie. C’est notre évolution morale qui doit s’accélérer considérablement, c’est elle qui doit s’élever, d’urgence, au niveau de notre évolution technologique ce qui exige une véritable révolution dans les comportements ».

Amin Maalouf, Le Dérèglement du Monde, Grasset2009p. 77 et 81.

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Pensée du 29 novembre 19

« Pour les uns, l’Islam se serait montré incapable d’adopter les valeurs universelles prônées par l’Occident ; pour les autres, l’Occident serait surtout porteur d’une volonté de domination universelle à laquelle les musulmans s’efforceraient de résister avec les moyens limités qui leur restent… Ces vénérables civilisations ont atteint leurs limites; qu’elles n’apportent plus au monde que leurs crispations destructrices; qu’elles sont moralement en faillite, comme le sont d’ailleurs toutes les civilisations particulières qui divisent encore l’humanité; et que le moment est venu de les transcender. Soit nous saurons bâtir en ce siècle une civilisation commune à laquelle chacun puisse s’identifier, soudée par les même valeurs universelles, guidée par une foi puissante en l’aventure humaine, et enrichie de toutes nos diversités culturelles; soit nous sombrons ensemble dans une commune barbarie ».

Amin Maalouf, Le Dérèglement du Monde, Grasset2009p. 29, 30 et 32.


Pensée du 28 novembre 19

« L’attention seule commande : c’est elle qui fait l’univers. Je vais donc essayer de rendre ma main attentive ou plutôt de me rendre attentif à travers elle. Pour cela, il n’est à ma connaissance qu’un seul moyen : c’est de ne pas transporter les idées de ma tête jusque dans ma main. […/…] Eh bien, je le répète, nos idées ont souvent, ont presque toujours tort, non pas d’exister, mais de faire un métier qui n’est pas le leur, de se jeter dans nos jambes, de nous barrer le chemin, de se précipiter en tiers dans toutes nos rencontres ».

« Et maintenant qu’arriverait-il si tous les hommes étaient attentifs ? […/…] Affirmer la réalité extérieure c’est vider l’univers de sa substance. Sans la lumière que nous portons en nous, jamais nos yeux ne pourraient s’ouvrir sur les objets lumineux, sur les lumières du monde. Si la vibration fondamentale n’était pas en nous, jamais nous ne pourrions percevoir un son. Si l’amour n’était pas en nous, jamais nous ne pourrions être amoureux de cet être particulier que nous appelons, imprudemment peut-être, « notre amour ». Si Dieu n’était pas en nous, jamais nous ne pourrions espérer devenir des hommes ».

Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui. Paris, Silène, 2012, p.403, 158-189.

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Pensée du 27 novembre 19

« La paix intérieure, c’est cela, et c’est cela l’attention : c’est un état de communication universelle, un état de réunion. Or, nous passons le meilleur de notre vie à diviser. Nous sommes en brouille, en contestation avec toutes choses, et d’abord avec nous-mêmes. Ce n’est pas seulement une révolte vaine, c’est une folie coûteuse »…

L’attention révèle cette absolue préexistence de toutes les parties du monde en moi. Préexistence ou coexistence ? Je n’en déciderai pas. Mais à coup sûr, familiarité totale, mouvement continu de toute chose à toute autre…

Toute la vie nous est donnée avant que nous la vivions. Mais il faut toute une vie – il faut peut-être plus – pour devenir conscient de ce don. Toute la vie nous est donnée dans chaque seconde.

Le monde commence aujourd’hui. » 

« Je ne voudrais pas sortir de ma place. Je voudrais apprendre à n’en plus sortir. Or, je sais que ma place d’homme est dans la joie.

Oh ! s’éveiller chaque matin – et pourquoi pas chaque minute – et regarder le monde qui commence ! 

Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui. Paris, Silène, 2012, p.403, 158-189.


Pensée du 26 novembre 19

« Il fallait vivre dans le présent, consommer chaque seconde jusqu’au bout, s’en rassasier. Pour cela, quand vous receviez votre ration de pain, ne pas l’économiser : la manger tout de suite et fortement, bouchée après bouchée, comme si chacun des morceaux était toute la nourriture du monde. Quand un rayon de soleil venait, s’ouvrir tout entier, le prendre jusqu’au fond de son corps, ne plus penser qu’une heure plus tôt on avait froid, qu’une heure plus tard on aurait froid, lui faire la fête …

S’accrocher à l’instant qui passe. Bloquer le mécanisme des souvenirs et des espoirs. Fait extraordinaire : aucune angoisse ne résistait longtemps à ce traitement. Enlevez à la souffrance sa double caisse de résonance – la mémoire et la peur -, la souffrance subsiste, mais elle est déjà à demi sauvée ».

Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui. Paris, Silène, 2012, p.402-403.

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