Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 28 novembre 18

« Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieur de coercition; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation. Là où on a recours à des arguments, l’autorité est laissée de côté. Face à l’ordre égalitaire de la persuasion, se tient l’ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur un pouvoir de celui qui commande; ce qu’ils ont en commun, c’est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît al justesse et la légitimité, et où tous deux ont d’avance leur place fixée».

Hannah Arend, La Crise de la culture, Folio, p. 123.

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Pensée du 27 novembre 18

« L’écologie dont nous avons besoin n’est pas celle qui considère l’écosphère dont dépend notre survie avec un détachement tout scientifique. Nous ne sauverons pas la planète par une décision consciente, rationnelle et dépourvue de sensibilité, en signant avec elle une sorte de contrat écologique sur la base d’une analyse coût/bénéfices. Un engagement moral et émotionnel est nécessaire. En fait, une des tâche essentielles de l’écologie doit être de retrouver le cours de nos émotions, afin qu’elles puissent remplir le rôle qu’elles sont sensées jouer: nous aider à préserver l’ordre spécifique de l’écosphère ».

Goldsmidt Edouard,Le Tao de l’Écologie, Éditions du Rocher, p. 96.

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Pensée du 26 novembre 18

« Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra « une fois dans sa vie » se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu’ici et tenter de les reconstruire. La philosophie – la sagesse – est en quelque sorte une affaire personnelle du philosophe. Elle doit se constituer en tant que sienne, être sa sagesse, son savoir qui, bien qu’il tende vers l’universel, soit acquis par lui et qu’il doit pouvoir justifier dès l’origine et à chacune de ses étapes, en s’appuyant sur ses intuitions absolues. Du moment que j’ai pris la décision de tendre vers cette fin, décision qui seule peut m’amener à la vie et au développement philosophiques, j’ai donc par là même fait le vœu de pauvreté en matière de connaissance. »

Edmond Husserl

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Pensée du 25 novembre 18

je fasse, dans l’attitude transcendantale qui est mienne, de la position de cette existence et de tous les actes de l’attitude naturelle. Par conséquent, il faudra élargir le contenu de l’ego cogito transcendantal, lui ajouter un élément nouveau et dire que tout est cogito ou encore tout état de conscience « vise » quelque chose, et qu’il porte en lui-même, en tant que « visé » (en tant qu’objet d’une intention), son cogitatum respectif. Chaque cogito, du reste, le fait à sa manière. La perception de la « maison » »vise »(se rapporte à) une maison – ou, plus exactement, telle maison individuelle – de manière perceptive; le souvenir de la maison « vise » la maison comme souvenir: l’imagination, comme image; un jugement prédicatif ayant pour objet la maison « placée devant moi » la vise de la façon propre au jugement prédicatif: un jugement de valeur surajouté la viserait encore à sa manière, et ainsi de suite. »

Edmond Husserl

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Pensée du 24 novembre 18

« La vérité ou la fausseté, la critique et l’adéquation critique des données évidentes, voilà autant de thèmes banals qui déjà jouent sans cesse dans la vie pré-scientifique. La vie quotidienne, pour ses fins relatives et variables, peut se contenter d’évidences et de vérités relatives. La science, elle, veut des vérités valables une fois pour toutes et pour tous; définitives; et, partant, des vérifications renouvelées et ultimes. Si, en fait, comme elle-même doit finir par s’en convaincre, la science ne réussit pas à édifier un système de vérités « absolues », si elle doit sans arrêt modifier les valeurs « acquises », elle obéit pourtant à l’idée de vérité absolue, de vérité scientifique, et elle tend par là même à un horizon infini d’approximations qui convergent toutes vers cette idée. A l’aide de ces approximations, elle croit pouvoir dépasser la connaissance naïve, et aussi se dépasser infiniment elle-même. Elle croit le pouvoir aussi par la fin qu’elle se pose, à savoir l’universalité systématique de la connaissance.»

Edmond Husserl

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Pensée du 23 novembre 18

« Personne, pour autant que je sache en tout cas, n’a encore affirmé ouvertement que les distinctions n’ont pas de sens. Il existe pourtant un accord tacite dans la plupart des discussions entres spécialistes en sciences sociales et politiques qui autorise chacun à passer outre aux distinctions et à procéder en présupposant que n’importe quoi peut en fin de compte prendre le nom de n’importe quoi d’autre, et que les distinctions ne sont significatives que dans la mesure où chacun a le droit de « définir les termes ». Mais ce droit bizarre, que l’on en est venu à s’accorder sitôt que l’on s’occupe de choses d’importances – comme s’il était vraiment identique au droit d’avoir son opinion – – n’indique-t-il pas déjà que des termes comme « tyrannie », « autorité », « totalitarisme » ont tout simplement perdu leur signification commune, ou que nous avons cessé de vivre dans un monde commun où les mots que nous avons en commun possède un sens indiscutable, de sorte que, pour ne pas nous trouver condamnés à vivre verbalement dans un monde complètement dépourvu de sens, nous nous accordons les uns aux autres le droit de nous retirer dans nos propres mondes de sens (…) »

Hannah Arendt, La crise de la culture

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Pensée du 22 novembre 18

« On a raison de rappeler toujours que le pardon n’est pas l’oubli. Au contraire, il requiert la mémoire absolument vive de l’ineffaçable, au-delà de tout travail du deuil, de réconciliation, de restauration, au-delà de toute écologie de la mémoire. On ne peut pardonner qu’en se rappelant, en reproduisant même, sans atténuation, le mal fait, ce qu’on a à pardonner. Si je ne pardonne que ce qui est pardonnable, le véniel, le péché non mortel, je ne fais rien qui mérite le nom de pardon. Ce qui est pardonnable est d’avance pardonné. D’où l’aporie : on n’a jamais à pardonner que l’impardonnable. C’est ce qu’on appelle faire l’impossible. Et d’ailleurs, quand je ne fais que ce qui m’est possible, je ne fais rien, je ne décide de rien, je laisse se développer un programme de possibles. Quand n’arrive que ce qui est possible, il n’arrive rien, au sens fort de ce mot. Ce n’est pas « croire au miracle » que d’affirmer ceci : un événement digne de ce nom, l’arrivée de l’arrivant(e) est aussi extraordinaire qu’un miracle. Le seul pardon possible est donc bien le pardon impossible. J’essaie d’en tirer les conséquences, en particulier pour notre temps. Et non seulement, peut-être même pas du tout dans l’espace public ou politique, car le pardon ainsi défini, je ne crois pas qu’il appartienne de plein droit au champ public, politique, juridique, et même éthique. D’où l’enjeu et la gravité de son secret. »

Jacques Derrida, Propos recueillis par Antoine Spire

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Pensée du 21 novembre 18

« Le mot auctoritas dérive du verbe augere, « augmenter ». Les hommes dotés d’autorité étaient les anciens, le Sénat ou les patres, qui l’avaient obtenue par héritage et par transmission de ceux qui avaient posé les fondations pour toutes les choses à venir, les ancêtres, que les Romains appelaient pour cette raison, les maiores. L’autorité des vivants était toujours dérivée, dépendantes des aucores imperi Romani conditionesque, selon la formule de Pline, de l’autorité des fondateurs, qui n’étaient plus parmi les vivant. L’autorité, auicontraire du pouvoir, (postestas), avait ses racines dans le passé, mais ce passé, n’était pas moins présent dans la vie réelle de la cité que le pouvoir et la force des vivants. « Moribus antiquis res stat Romana virisque », selon les mots d’Ennius… La tradition préservait le passé en transmettant d’une génération à la suivante le témoignage des ancêtres, qui, les premiers, avaient été les témoins et les créateurs de la fondation sacrée et l’avaient ensuite augmentée par leur autorité au fil des siècles. Aussi longtemps que cette tradition restait ininterrompue, l’autorité demeurait inviolée; et agir sans autorité et sans tradition, sans normes et modèles admis, consacrés par le temps, sans l’aide de la sagesse des pères fondateurs, était inconcevable ».     

Hannah Arendt, La Crise de la Culture, Folio.

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Pensée du 20 novembre 18

« Par croissance économique, on entend une élévation du revenu par habitant ainsi que de la production. Le pays qui augmente sa production de biens et de services, par quelque moyen que ce soit, en l’accompagnant d’une élévation du revenu moyen, a mis à son actif une croissance économique. Le développement économique comporte davantage d’implications, et, en particulier, des améliorations de la santé, de l’éducation et d’autres aspects du bien être humain. Les pays qui élèvent qui élèvent leur revenu, mais sans assurer aussi une augmentation de l’espérance de vie, une réduction de la mortalité infantile, un accroissement des taux d’alphabétisation échouent dans des aspects importants du développement. » 

Dwight H. Perkins (dir.), Economie du développement, trad. amér. Bruno Baron-Renault, Bruxelles, De Boeck Supérieur, 2012 (2008), 3e édition.

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Pensée du 19 novembre 18

« Les théoriciens, les experts et les politiques ont été convaincus que le développement économique et social est un processus consubstantiel aux Etats-nations. Qu’il suffit d’appliquer les bonnes théories et les bonnes politiques, et les pays pauvres commenceront à créer de la richesse jusqu’à ce qu’ils atteignent un niveau de vie élevé comparable à celui qu’ont maintenant uniquement les 24 démocraties capitalistes industrialisées. Durant un demi-siècle, plus de 150 pays ont appliqué des idéologies et des systèmes économiques et sociaux en quête du développement, comme s’il s’agissait d’un eldorado. Mais le développement s’est avéré aussi insaisissable que cette chimère des conquistadors.»

Oswaldo de Riviero, Le mythe du développement. Les économies non viables du XXIe siècle, trad. de l’esp. Par Raymond Robitaille, Paris, Editions Charles Léopold Mayer, 2003.

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