Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 04 mai 18

« La réalité créée par la physique moderne est (…) très loin de la réalité du début de la science. Mais le but de toute théorie physique reste toujours le même. A l’aide des théories physiques nous cherchons à trouver notre chemin à travers le labyrinthe des faits observés, d’ordonner et de comprendre le monde de nos impressions sensibles. Nous désirons que les faits observés suivent logiquement notre concept de réalité. Sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science. Cette croyance est et restera toujours le motif fondamental de toute création scientifique. A travers tous nos efforts, dans chaque lutte dramatique entre les conceptions anciennes et les conceptions nouvelles, nous reconnaissons l’éternelle aspiration à comprendre, la croyance toujours ferme en l’harmonie de notre monde, continuellement raffermie par les obstacles qui s’opposent à notre compréhension. »

Einstein, L’évolution des idées en physique, 1936

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Pensée du 03 mai 18

« C’est par le travail que l’homme doit se procurer le pain quotidien et contribuer au progrès continuel des sciences et de la technique, et surtout à l’élévation constante, culturelle et morale, de la société dans laquelle il vit en communauté avec ses frères. Le mot «travail» désigne tout travail accompli par l’homme, quelles que soient les caractéristiques et les circonstances de ce travail, autrement dit toute activité humaine qui peut et qui doit être reconnue comme travail parmi la richesse des activités dont l’homme est capable et auxquelles il est prédisposé par sa nature même, en vertu de son caractère humain. Fait à l’image, à la ressemblance de Dieu lui-même dans l’univers visible et établi dans celui-ci pour dominer la terre, l’homme est donc dès le commencement appelé au travail. Le travail est l’une des caractéristiques qui distinguent l’homme du reste des créatures dont l’activité, liée à la subsistance, ne peut être appelée travail; seul l’homme est capable de travail, seul l’homme l’accomplit et par le fait même remplit de son travail son existence sur la terre. Ainsi, le travail porte la marque particulière de l’homme et de l’humanité, la marque d’une personne qui agit dans une communauté de personnes; et cette marque détermine sa qualification intérieure, elle constitue en un certain sens sa nature même. »

Jean-Paul II, Laborem Exercens, 1981.

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Pensée du 02 mai 18

« Le caractère universel et multiple du processus par lequel l’homme «soumet la terre» éclaire bien le travail de l’homme, puisque la domination de l’homme sur la terre se réalise dans le travail et par le travail. Ainsi apparaît la signification du travail au sens objectif, qui trouve son expression selon les diverses époques de la culture et de la civilisation. L’homme domine la terre déjà par le fait qu’il domestique les animaux, les élevant et tirant d’eux sa nourriture et les vêtements nécessaires, et par le fait qu’il peut extraire de la terre et de la mer diverses ressources naturelles. Mais l’homme domine bien plus la terre lorsqu’il commence à la cultiver, puis lorsqu’il transforme ses produits pour les adapter à ses besoins. L’agriculture constitue ainsi un secteur primaire de l’activité économique; elle est, grâce au travail de l’homme, un facteur indispensable de la production. L’industrie à son tour consistera toujours à combiner les richesses de la terre _ ressources brutes de la nature, produits de l’agriculture, ressources minières ou chimiques _ et le travail de l’homme, son travail physique comme son travail intellectuel. Cela vaut aussi en un certain sens dans le secteur de ce que l’on appelle l’industrie de service, et dans celui de la recherche, pure ou appliquée. »

Jean-Paul II, Laborem Exercens, 1981.

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Pensée du 01 mai 18

« Aujourd’hui, dans l’industrie et dans l’agriculture, l’activité de l’homme a cessé dans de nombreux cas d’être un travail surtout manuel parce que la fatigue des mains et des muscles est soulagée par l’emploi de machines et de mécanismes toujours plus perfectionnés. Dans l’industrie mais aussi dans l’agriculture, nous sommes témoins des transformations rendues possibles par le développement graduel et continuel de la science et de la technique. Et cela, dans son ensemble, est devenu historiquement une cause de tournants importants dans la civilisation, depuis le début de «l’ère industrielle» jusqu’aux phases suivantes de développement grâce à de nouvelles techniques comme l’électronique ou, ces dernières années, les microprocesseurs. Il peut sembler que dans le processus industriel c’est la machine qui «travaille» tandis que l’homme se contente de la surveiller, rendant possible son fonctionnement et le soutenant de diverses façons; mais il est vrai aussi que, précisément à cause de cela, le développement industriel établit un point de départ pour reposer d’une manière nouvelle le problème du travail humain. La première industrialisation qui a créé la question dite ouvrière comme les changements industriels et post-industriels intervenus par la suite démontrent clairement que, même à l’époque du «travail» toujours plus mécanisé, le sujet propre du travail reste l’homme. Le développement de l’industrie et des divers secteurs connexes, jusqu’aux technologies les plus modernes de l’électronique, spécialement dans le domaine de la miniaturisation, de l’informatique, de la télématique, etc., montre le rôle immense qu’assume justement, dans l’interaction du sujet et de l’objet du travail (au sens le plus large du mot), cette alliée du travail, engendrée par la pensée de l’homme, qu’est la technique. Entendue dans ce cas, non comme une capacité ou une aptitude au travail, mais comme un ensemble d’instruments dont l’homme se sert dans son travail, la technique est indubitablement une alliée de l’homme. Elle lui facilite le travail, le perfectionne, l’accélère et le multiplie. Elle favorise l’augmentation de la quantité des produits du travail, et elle perfectionne également la qualité de beaucoup d’entre eux. C’est un fait, par ailleurs, qu’en certains cas, cette alliée qu’est la technique peut aussi se transformer en quasi adversaire de l’homme, par exemple lorsque la mécanisation du travail «supplante» l’homme en lui ôtant toute satisfaction personnelle, et toute incitation à la créativité et à la responsabilité, lorsqu’elle supprime l’emploi de nombreux travailleurs ou lorsque, par l’exaltation de la machine, elle réduit l’homme à en être l’esclave. »

Jean-Paul II, Laborem Exercens, 1981.

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Pensée du 30 avril 18

« Les phénomènes religieux se rangent tout naturellement en deux catégories fondamentales : les croyances et les rites. Les premières sont des états de l’opinion, elles consistent en représentations; les secondes sont des modes d’action déterminés. Entre ces deux classes de faits, il y a toute la différence qui sépare la pensée du mouvement. Les rites ne peuvent être définis et distingués des autres pratiques humaines, notamment des pratiques morales, que par la nature spéciale de leur objet. Une règle morale, en effet, nous prescrit, tout comme un rite, des manières d’agir, mais qui s’adressent à des objets d’un genre différent. C’est donc l’objet du rite qu’il faudrait caractériser pour pouvoir caractériser le rite lui-même. Or, c’est dans la croyance que la nature spéciale de cet objet est exprimée. On ne peut donc définir le rite qu’après avoir défini la croyance. »

Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse , Livre I, ch. I, III, 1912

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Pensée du 29 avril 18

« La morale de notre temps est fixée dans ses lignes essentielles, au moment où nous naissons; les changements qu’elle subit au cours d’une existence individuelle, ceux, par conséquent, auxquels chacun de nous peut participer sont infiniment restreints. Car les grandes transformations morales supposent toujours beaucoup de temps. De plus, nous ne sommes qu’une des innombrables unités qui y collaborent. Notre apport personnel n’est donc jamais qu’un facteur infime de la résultante complexe dans laquelle il disparaît anonyme. Ainsi, on ne peut pas ne pas reconnaître que, si la règle morale est œuvre collective, nous la recevons beaucoup plus que nous ne la faisons. Notre attitude est beaucoup plus passive qu’active. Nous sommes agis plus que nous n’agissons. Or, cette passivité est en contradiction avec une tendance actuelle, et qui devient tous les jours plus forte, de la conscience morale. En effet, un des axiomes fondamentaux de notre morale, on pourrait même dire l’axiome fondamental, c’est que la personne humaine est la chose sainte par excellence; c’est qu’elle a droit au respect que le croyant de toutes les religions réserve à son dieu; et c’est ce que nous exprimons nous-mêmes, quand nous faisons de l’idée d’humanité la fin et la raison d’être de la patrie. En vertu de ce principe, toute espèce d’empiètement sur notre for intérieur nous apparaît comme immorale, puisque c’est une violence faite à notre autonomie personnelle. Tout le monde, aujourd’hui, reconnaît, au moins en théorie, que jamais, en aucun cas, une manière déterminée de penser ne doit nous être imposée obligatoirement, fût-ce au nom d’une autorité morale. »

Durkheim, L’éducation morale, 1902

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Pensée du 28 avril 18

« On pourrait dire, pour faire bref, qu’il est essentiel à la science-fiction de produire des fictions de monde qui soient moins des mondes fictifs que des conjectures. L’effet propre des conjectures est de remettre en jeu des visions du monde, en testant la consistance des univers qu’elles produisent : non pas simplement des constructions « imaginaires », aussi profondes soient-elles, mais des procédures de variation destinées à révéler les présupposés latents de nos propres schémas de pensée, à mettre à l’épreuve la fermeté ou la cohérence de certaines doctrines, la nécessité ou la contingence de leurs catégories ou de leurs principes, pour autant qu’ils prétendent configurer un monde en général. Philip K. Dick disait en ce sens que le vrai héro d’un roman de science-fiction n’est jamais un personnage, mais une idée nouvelle dont on étudie les développements logiques et narratifs, en la faisant prendre corps en un lieu et un temps donnés, dans le cadre d’une société et d’un monde possibles. Ainsi s’éclaire le rapport particulier qu’entretient la science-fiction au savoir scientifique d’un côté, à la philosophie de l’autre. Comme l’explique Guy Lardreau, la science-fiction dans sa vocation proprement spéculative « ne mobilise pas une philosophie, elle a pour ambition, parfois avouée, en tout cas la plus profonde, de se substituer à la philosophie. » En construisant des mondes ou en en défaisant d’autres, elle reflète dans l’ordre de l’imaginaire et de la fiction la question insistante de la philosophie elle-même : celle de la consistance de la réalité ou de l’expérience que nous pouvons en faire. Au revers de ses fictions et de ses symboles, elle fait pressentir la tension de la pensée vers un Autre absolu du monde (quel que soit le nom qui le désigne : Un, Réel, etc.), qui résiste au savoir et projette du même coup sur l’ensemble de notre « réalité » une atmosphère d’étrangeté qui n’est pas sans rapport avec l’affect fondamental de la philosophie, l’étonnement. »

During (Elie), La matrice à philosophies, in Matrix, machine philosophique, 2003

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Pensée du 27 avril 18

« Puisque l’idée a été conçue par Platon comme le principe de la connaissance des choses et de leur génération, c’est avec ce double rôle que nous les attribuons à Dieu. Selon que l’idée est un principe formateur des choses, on peut dire qu’elle est un modèle, et elle concerne la connaissance pratique. Selon qu’elle est un principe de connaissance, on l’appelle proprement une raison formelle, et elle peut même concerner la connaissance spéculative. En conséquence, comme modèle l’idée concerne toutes les choses que Dieu fait en un temps quelconque; mais, comme principe de connaissance, elle concerne toutes les choses qui sont connues par Dieu, même si elles ne sont réalisées à aucun moment du temps; et toutes les choses qui sont connues par Dieu selon leur raison propre, même celles qui sont connues par Dieu spéculativement seulement. »

THOMAS D’AQUIN, Somme de théologie Ia, q.15, a. 3.

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Pensée du 26 avril 18

 » (…) Comme on a montré plus haut que Dieu connaît toutes les choses, non seulement celles qui sont en acte, mais aussi celles qui sont en sa puissance ou en la puissance de la créature, et comme certaines choses parmi ces dernières sont des contingents futurs pour nous, il s’ensuit que Dieu connaît les futurs contingents.

Pour établir clairement cette conclusion, il faut observer qu’un contingent peut être considéré sous un double aspect. D’abord en lui-même, lorsqu’il s’est déjà produit, et alors il n’est plus considéré comme futur, mais comme présent ; ni comme pouvant être ou ne pas être, mais comme déterminé à une branche de l’alternative. Pour cette raison, il peut, pris ainsi, tomber infailliblement sous une connaissance certaine, sous le sens de la vue, par exemple comme lorsque je vois Socrate assis. D’une autre manière, le contingent peut être considéré tel qu’il est dans sa cause. Sous cet aspect il est considéré comme futur et comme contingent, non encore déterminé à être ou à ne pas être, à être ceci ou cela, car la cause contingente est celle qui peut ceci ou son contraire. Dans ce cas le contingent ne peut être connu avec certitude. En conséquence, celui qui ne connaît un effet contingent que dans sa cause, n’a de lui qu’une connaissance conjecturale. Mais Dieu, lui, connaît tous les contingents non seulement en tant qu’ils sont dans leurs causes, mais aussi selon que chacun d’eux est actuellement réalisé en lui-même.

Et, bien que les contingents se réalisent successivement, Dieu ne les connaît pas en eux-mêmes successivement comme nous, mais simultanément. Car sa connaissance, tout autant que son être, a pour mesure l’éternité; or l’éternité, qui est tout entière à la fois, englobe la totalité du temps, ainsi qu’il a été dit. De la sorte, tout ce qui se trouve dans le temps est éternellement présent à Dieu, non seulement en tant que Dieu a présentes à son esprit les raisons formelles de toutes choses, ainsi que certains le prétendent, mais parce que son regard se porte éternellement sur toutes les choses, en tant qu’elles sont présentes.

Il est donc manifeste que les contingents sont connus de Dieu infailliblement en tant que présents sous le regard divin dans leur présence, et cependant, par rapport à leurs propres causes, ils demeurent des futurs contingents. »

THOMAS D’AQUIN, Somme de théologie Ia, q.14, a. 13

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Pensée du 25 avril 18

« Dans la science divine, il n’y a rien de discursif, et en voici la preuve. Dans notre science on trouve un double processus discursif. Un selon la succession, comme lorsque, après avoir considéré une chose, nous passons à la considération d’une autre. L’autre, selon la causalité: comme lorsque, par la vertu des principes, nous parvenons à la connaissance des conclusions. Le premier processus discursif ne peut convenir à Dieu; car nous-mêmes, qui concevons successivement des choses diverses quand nous considérons chacune en elle-même, nous les connaissons ensemble si nous les connaissons toutes dans un médium unique; par exemple, quand nous connaissons les parties dans le tout, et quand nous voyons divers objets dans le miroir. Or Dieu voit tout en un seul médium, qui est lui-même, ainsi qu’on l’a établi. Il voit donc toutes choses ensemble, et non pas successivement. Semblablement, le second processus discursif ne peut convenir à Dieu. Tout d’abord parce que ce second sens présuppose le premier; car ceux qui passent des prémisses aux conclusions ne les considèrent pas ensemble. Ensuite parce que cette démarche va du connu à l’inconnu; il est donc clair que, le premier terme connu, on ignore encore l’autre, et le second n’est pas alors connu « dans » le premier, mais « à partir » du premier. Le terme de la démarche a lieu quand le second terme est vu dans le premier, les effets se résolvant dans les causes; mais alors la démarche discursive cesse. Donc, puisque Dieu voit ses effets en lui-même comme dans leur cause, sa connaissance n’est pas discursive. »

THOMAS D’AQUIN, Somme de théologie, Ia, q.14, a.7

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