Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 20 novembre 17

« L’intelligence, à l’état naturel, vise un but pratiquement utile. Quand elle substitue au mouvement des immobilités juxtaposées, elle ne prétend pas reconstituer le mouvement tel qu’il est ; elle le remplace simplement par un équivalent pratique. Ce sont les philosophes qui se trompent quand ils transportent dans le domaine de la spéculation une méthode de penser qui est faite pour l’action. Mais nous nous proposons de revenir sur ce point. Bornons-nous à dire que le stable et l’immuable sont ce à quoi notre intelligence s’attache en vertu de sa disposition naturelle. Notre intelligence ne se représente clairement que l’immobilité. »

Bergson, L’Évolution créatrice

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Pensée du 19 novembre 17

« L’origine de la question de l’interprétation réside dans le caractère polysémique des mots du langage. Il ne s’agit pas ici du phénomène particulier des symboles, mais de la capacité générale de toute expression linguistique d’avoir plusieurs significations lorsqu’elle est située l’intérieur de contextes différents. Ce phénomène est propre au principe d’économie des langues qui permet de pouvoir tout dire avec un nombre réduit de mots. Cela signifie surtout que le contexte exerce un rôle de sélection quant à la signification du mot, et qu’une telle détermination fait appel à une activité de discernement propre à l’interprétation la plus élémentaire. »

Alain Thomasset, Paul Ricoeur. Une poétique de la morale.

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Pensée du 18 novembre 17

« De tout ce qu’il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n’est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n’est seulement une BONNE VOLONTÉ. L’intelligence, le don de saisir les ressemblances des choses, la faculté de discerner le particulier pour en juger, et les autres talents de l’esprit, de quelque nom qu’on les désigne, ou bien le courage, la décision, la persé­vérance dans les desseins, comme qualités du tempérament, sont sans doute à bien des égards choses bonnes et désirables ; mais ces dons de la nature peuvent devenir aussi extrêmement mauvais et funestes si la volonté qui doit en faire usage, et dont les dispositions propres s’appellent pour cela caractère, n’est point bonne. Il en est de même des dons de la fortune »

Emmanuel Kant, Fondation de la métaphysique des mœurs, 1792 (Edition numérique)

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Pensée du 17 novembre 17

« Le pouvoir, la richesse, la considération, même la santé ainsi que le bien-être complet et le contentement de son état, ce qu’on nomme le bonheur, engendrent une confiance en soi qui souvent aussi se convertit en présomp­tion, dès qu’il n’y a pas une bonne volonté pour redresser et tourner vers des fins universelles l’influence que ces avantages ont sur 1’âme, et du même coup tout le principe de l’action ; sans compter qu’un spectateur raisonnable et impartial ne saurait jamais éprouver de satisfaction à voir que tout réussisse perpétuellement à un être que ne relève aucun trait de pure et bonne volonté, et qu’ainsi la bonne volonté paraît constituer la condition indispensable même de ce qui nous rend dignes d’être heureux. »

Emmanuel Kant, Fondation de la métaphysique des moeurs, 1792 (Edition numérique)

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Pensée du 15 novembre 17

« Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet. Puisque les sens ne peuvent arrêter notre dispute, étant pleins eux-mêmes d’incertitude, il faut que ce soit la raison; aucune raison ne s’établira sans une autre raison : nous voilà à reculons jusques à l’infini. Notre fantaisie ne s’applique pas aux choses étrangères, mais elle est conçue par l’entremise des sens; et les sens ne comprennent pas le sujet étranger, mais seulement leurs propres passions; et par ainsi la fantaisie et apparence n’est pas du sujet, mais seulement de la passion et souffrance du sens, laquelle passion et sujet sont choses diverses : par quoi qui juge par les apparences, juge par chose autre que le sujet. Et de dire que les passions des sens rapportent à l’âme la qualité des sujets étrangers par ressemblance, comment se peut l’âme et l’entendement assurer de cette ressemblance, n’ayant de soi nul commerce avec les sujets étrangers « 

Montaigne, Essai.

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Pensée du 13 novembre 17

« Pour que la philosophie apparaisse il faut la conscience de la liberté, et le peuple dans lequel la philosophie commence doit avoir la liberté comme principe ; pratiquement, cela est lié à l’épanouissement de la liberté réelle, la liberté politique. Celle-ci commence seulement là où l’individu se sait comme individu pour soi, comme universel, comme essentiel, comme ayant une valeur infinie en tant qu’individu ; où le sujet a atteint la conscience de la personnalité, où donc il veut affirmer sa valeur absolument pour soi. La libre pensée de l’objet y est incluse, – de l’objet absolu, universel, essentiel. Penser, cela veut dire mettre quelque chose dans la forme de l’universalité; se penser veut dire se savoir comme universel, se donner la détermination de l’universel, se rapporter à soi. Là est contenu l’élément de la liberté pratique […]. Dans l’histoire la philosophie apparaît donc seulement là où se forment de libres constitutions. L’Esprit doit se séparer de son vouloir naturel, de son immersion dans la matière »

HEGEL, Leçons sur l’histoire de la philosophie.

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Pensée du 12 novembre 17

«Dans les économies et dans les droits qui ont précédé les nôtres, on ne constate pour ainsi dire jamais de simples échanges de biens, de richesses et de produits au cours d’un marché passé entre les individus. D’abord, ce ne sont pas des individus, ce sont des collectivités, qui s’obligent mutuellement, échangent et contractent ; les personnes présentes au contrat sont des personnes morales : clans, tribus, familles, qui s’affrontent soit en groupes se faisant face sur le terrain même, soit par l’intermédiaire de leurs chefs, soit de ces deux façons à la fois. De plus, ce qu’ils échangent, ce n’est pas exclusivement des biens et des richesses, des meubles et des immeubles, des choses utiles économiquement. Ce sont avant tout des politesses, des festins, des rites, des services militaires, des femmes, des enfants, des danses, des fêtes, des foires dont le marché n’est qu’un des moments et où la circulation des richesses n’est qu’un des termes d’un contrat beaucoup plus général et beaucoup plus permanent. Enfin, ces prestations et contre-prestations s’engagent sous une forme plutôt volontaire, par des présents, des cadeaux, bien qu’elles soient au fond rigoureusement obligatoires, à peine de guerre privée ou publique. »

Marcel Mauss

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Pensée du 11 novembre 17

« En ce qui concerne d’abord cette galerie d’opinions que présenterait l’histoire de la philosophie — sur Dieu, sur l’essence des objets de la nature et de l’esprit — ce serait, si elle ne faisait que cela, une science très superflue et très ennuyeuse, alors même qu’on invoquerait la multiple utilité à retirer d’une si grande animation de l’esprit et d’une si grande érudition. Qu’y a-t-il de plus inutile, de plus ennuyeux qu’une suite de simples opinions ? On n’a qu’à considérer des écrits qui sont des histoires de la philosophie, en ce sens qu’ils présentent et traitent les idées philosophiques comme des opinions, pour se rendre compte à quel point tout cela est sec, ennuyeux et sans intérêt. Une opinion est une représentation subjective, une idée quelconque, fantaisiste, que je conçois ainsi et qu’un autre peut concevoir autrement. Une opinion est mienne ; ce n’est pas une idée en soi générale, existant en soi et pour soi. Or la philosophie ne renferme pas d’opinions, il n’existe pas d’opinions philosophiques. »

HEGEL, Leçons sur l’histoire de la philosophie

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Pensée du 10 novembre 17

« Ni les théoriciens de la justice distributive, ni les théoriciens de la reconnaissance, n’ont réussi jusqu’à maintenant à rendre adéquatement compte des problématiques des autres. Aussi, au lieu d’endosser l’un de ces paradigmes au détriment de l’autre, me proposé-je de développer ce que j’appelle une conception bidimensionnelle de la justice, qui traite de la distribution et de la reconnaissance comme de perspectives distinctes de la justice, et de dimensions distinctes de celle-ci.»

Nancy Fraser, Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution, p. 53.

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Pensée du 09 novembre 17

« Toute cette sphère, nonobstant sa grandeur, est limitée- qu’elle n’enveloppe pas le tout de l’existence de l’homme et du monde. Elle est limité par ces choses que les hommes ne peuvent changer à volonté, et c’est seulement en respectant ses propres lisières que ce domaine, où nous sommes libres d’agir et de transformer, peut demeurer intact, conserver son intégrité et tenir ses promesses. Conceptuellement, nous pouvons appeler la vérité ce que l’on ne peut pas changer, métaphoriquement, elle est le sol sur lequel nous nous tenons et le ciel qui s’étend au dessus de nous. »

Hannah Arendt

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