Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 06 août 17

« Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez nous mes frères, chez nous il y a des Etats. Etat, qu’est-ce que cela ? Allons ! Ouvrez vos oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples. L’Etat, c’est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l’Etat, je suis le peuple ».  C’est un mensonge ! Ils étaient des créateurs ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie. Ce sont des destructeurs ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un Etat : ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits. Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’Etat et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois. »

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

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Pensée du 05 août 17

« La naissance de l’art doit elle-même être rapportée à l’existence préalable de l’outillage. Non seulement, l’art supposa la possession d’outils et l’habileté acquise en les fabriquant, ou en les maniant, mais il a, par rapport à l’activité utilitaire, la valeur d’une opposition : c’est une protestation contre un monde qui existait, mais sans lequel la protestation elle-même n’aurait pu prendre corps. Ce que l’art est tout d’abord, et ce qu’il demeure avant tout, est un jeu. Tandis que l’outillage est le principe du travail. Déterminer le sens de Lascaux, j’entends de l’époque dont Lascaux est l’aboutissement, est apercevoir le passage du monde du travail au monde du jeu, qui est en même temps le passage de l’Homo faber à l’Homo sapiens, physiquement de l’ébauche à l’être achevé. »

Georges Bataille, Lascaux ou la naissance de l’Art

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Pensée du 04 août 17

« L’être en commun cherche à imposer tout ce qui est conforme à la moyenne. Le « on » demeure toujours dans la moyenne de ce qui est convenable, de ce qui est reçu et de ce qui ne l’est pas, de ce qui mérite l’assentiment et de ce qui ne le mérite pas. Le souci de la moyenne recèle une nouvelle tendance de l’être là, nous l’appelons le « nivellement » de toutes les possibilités d’être. Cependant, comme il suggère en toute occasion le jugement à énoncer et la décision à prendre, il retire à l’être là toute responsabilité concrète. Le « on » ne court aucun risque à permettre qu’en toute circonstance on ait recours à lui. On peut toujours dire « on » l’a voulu, mais on dira aussi bien que « personne » n’a rien voulu. La majeure partie de ce qui s’accomplit dans l’existence quotidienne s’accomplit sans le fait de personne, le « on » est donc celui qui, dans le quotidien « décharge » l’être là. En le déchargeant ainsi, le « on » complait à la tendance qui pousse l’être là à la facilité et à la frivolité. Cette complaisance lui permet de conserver, voire d’accroître un empire obstiné. Chacun est l’autre et personne n’est soi-même. »

Martin Heidegger, Etre et Temps.

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Pensée du 03 août 17

« Le monde ambiant implique d’emblée la disposition et la préoccupation d’un monde « ambiant » public. En usant des transports en commun, ou des services d’information (des journaux par exemple), chacun est semblable à tout autre. Cet être commun (Mitsein) dissout complètement l’être là (Dasein) qui est mien dans le mode d’être d’autrui, en telle sorte que les autres n’en disparaissent que d’avantage en ce qu’ils ont de distincts et d’expressément particulier. Cette situation d’indifférence et d’indistinction permet au « On » de développer sa dictature caractéristique. Nous nous amusons, nous nous distrayons comme « On » s’amuse ; nous lisons, nous voyons, nous jugeons de la littérature, de l’art, comme « on » voit, comme « on » juge ; et même nous nous écartons des grandes foules comme « on » s’en écarte ; nous trouvons « scandaleux » ce que « on » trouve scandaleux. Le « on » qui n’est personne de déterminé et qui est tout le monde, bien qu’il ne soit pas la somme de tous, prescrit à la réalité quotidienne son mode d’être. »

Martin Heidegger, Etre et Temps.

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Pensée du 02 août 17

« L’homme diffère de la rose en ce que souvent, du coin de l’œil, il suit avidement les résultats de son action dans son monde, observe ce que celui-ci pense  de lui et attend de lui. Mais, là même où nous ne lançons pas ce regard furtif et intéressé, nous ne pouvons pas, nous autres hommes, demeurer des êtres que nous sommes,  sans prêter attention au monde qui nous forme et nous informe sert sans par là nous observer aussi nous-même. De cette attention, la rose n’a pas besoin. Disons, pour parler comme Leibniz : La rose pour fleurir n’a pas besoin qu’on lui fournissent les raison de sa floraison. La rose est une rose sans qu’un reddere rationem, un apport de la raison, soit nécessaire à son être de rose ».

Martin Heidegger, Le Principe de raison, Gallimard, p. 107.

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Pensée du 01 août 17

« Cette phrase la science ne pense pas, qui a fait tant de bruit lorsque je l’ai prononcée, signifie la science ne se meut pas dans la dimension de la philosophie. Mais, sans le savoir, elle se rattache à cette dimension. Par exemple la physique se meut dans l’espace et le temps et le mouvement. La science en tant que science ne peut pas décider de ce qu’est le mouvement, l’espace, le temps. La science ne pense donc pas, elle ne peut même pas penser dans ce sens avec ses méthodes. Je ne peux pas dire, par exemple, avec les méthodes de la physique, ce qu’est la physique. Ce qu’est la physique, je ne peux que le penser à la manière d’une interrogation philosophique. La phrase la science ne pense pas, n’est pas un reproche, mais c’est une simple constatation de la structure interne de la science c’est le propre de son essence que, d’une part, elle dépend de ce que la philosophie pense, mais que, d’autre part, elle oublie elle-même et néglige ce qui exige là d’être pensé ». »

Martin Heidegger, Der Spiegel (1976)

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Pensée du 31 juillet 17

“L’histoire de l’Être n’est ni l’histoire de l’homme et d’une humanité, ni l’histoire du rapport humain à l’étant et à l’Être. L’histoire de l’Être est l’être même, et rien que celui-ci. Toutefois, parce que l’Être, pour fonder sa vérité dans l’étant, revendique l’être humain, l’homme demeure impliqué dans l’histoire de l’Être, jamais autrement que selon la manière dont il assume son essence à partir du rapport à l’être et conformément à ce rapport, – selon la manière aussi dont il la perd, la transgresse, la sacrifie, la motive ou la gaspille. Le fait que l’homme n’appartient à l’histoire de l’Être que dans la sphère de son essence déterminée par la revendication de l’Être et non pas eu égard à sa façon de se manifester, d’agir et de produire, de réaliser à l’intérieur de l’étant, voilà qui signifie une restriction particulière. Elle peut se révéler en tant qu’un signe d’élection, aussi souvent que l’Être donne à savoir ce qui vient en son propre, quand il est permis à l’homme de risquer son essence, que la primauté de l’étant a immergée dans l’oubli.”

Martin Heiddeger

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Pensée du 30 juillet 17

« Une manière essentielle dont la vérité s’institue dans l’étant qu’elle a ouvert elle-même, c’est la vérité se mettant elle-même en œuvre. Une autre manière dont la vérité déploie sa présence, c’est le geste qui fonde une cité. Une autre manière encore pour la vérité de venir à l’éclat, c’est la proximité de ce qui n’est plus tout bonnement un étant, mais le plus étant des étants. Une nouvelle manière pour la vérité de fonder son séjour c’est le sacrifice essentiel. Une dernière manière enfin pour la vérité de devenir, c’est le questionnement de la pensée qui, en tant que pensée de l’être, nomme celui-ci en sa dignité de question. La science au contraire n’est pas un avènement inaugural de la vérité, mais toujours le développement et l’exploitation d’une région du vrai déjà ouverte, ce qui se fait en concevant et en fondant (sur le mode de la preuve) comme exact ce qui dans sa sphère se montre comme tel d’une façon possible et nécessaire. Lorsque, et dans la mesure où une science arrive à dépasser la justesse de l’exact pour arriver à un dévoilement essentiel de l’étant comme tel, elle est philosophie. »

Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard p. 69.

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Pensée du 29 juillet 17

« Le Dasein est, en son être, à chaque fois déjà en avant de lui-même. Le Dasein est toujours déjà « au-delà de soi », non pas en tant que comportement vis-à-vis d’un autre étant qu’il n’est pas, mais en tant qu’être pour le pouvoir-être qu’il est lui-même. Cette structure d’être du « y aller de… » essentiel, nous la saisissons comme l’être-en-avant-de-soi du Dasein. Mais cette structure concerne le tout de la constitution du Dasein. L’être-en-avant-de-soi ne signifie pas quelque chose comme une tendance isolée d’un « sujet » sans monde, elle caractérise l’être-au-monde. Mais à celui-ci il appartient d’être remis à lui-même, d’être à chaque fois déjà jeté dans un monde. L’abandon du Dasein à lui-même se manifeste de manière originairement concrète dans l’angoisse. »

Martin Heidegger, Être et temps, §41

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Pensée du 28 juillet 17

« Le résultat des tests est la sélection des hypothèses qui ont résisté aux épreuves, au moyen de l’élimination de celles qui ne l’ont pas fait, et qui ont en conséquence été rejetées. Il est important de se rendre compte des conséquences de cette conception. Ce sont celles-ci: tous les tests peuvent être interprétés comme des tentatives d’élimination des théories fausses – des essais pour découvrir les points faibles d’une théorie, afin de la rejeter si elle est falsifiée. On estime parfois que cette conception est paradoxale; notre but, dit-on, est d’établir des théories, non pas d’éliminer celles qui sont fausses. Mais précisément parce que notre but est d’établir des théories du mieux que nous le pouvons, nous devons les tester aussi sévèrement que nous le pouvons; c’est-à-dire que nous devons essayer de les mettre en défaut, de les réfuter. Ce n’est que si nous ne pouvons pas les réfuter, en dépit des plus grands efforts, que nous pouvons dire qu’elles ont résisté aux tests les plus sévères. C’est la raison pour laquelle la découverte d’exemples qui confirment une théorie a très peu de signification, si nous n’avons pas essayé, sans succès, de découvrir des réfutations. Car si nous ne prenons pas une attitude critique, nous trouverons toujours ce que nous désirons: nous rechercherons, et nous trouverons, des confirmations; nous éviterons, et nous ne verrons pas, tout ce qui pourrait être dangereux pour nos théories favorites. De cette façon, il n’est que trop aisé d’obtenir ce qui semble une preuve irrésistible en faveur d’une théorie qui, si on l’avait approchée d’une façon critique, aurait été réfutée. Afin de faire fonctionner la méthode de sélection par élimination, et de garantir que seules les théories les plus convenables survivent, leur lutte pour la vie doit être rendue sévère ».

Karl Popper, Misère de l’historicisme

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