Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 27 juillet 17

« Les autres hommes la possède bien comme une partie d’eux-mêmes, parce qu’ils la possèdent seulement en puissance ; mais l’homme heureux est celui qui, désormais, est en acte cette vie elle-même, celui qui est passé en elle jusqu’à s’identifier avec elle ; désormais les autres choses ne font que l’environner, sans qu’on puisse dire que ce sont des parties de lui-même, puisqu’il cesse de les vouloir et qu’elles ne sauraient adhérer à lui que par l’effet de sa volonté. –Qu’est ce que le bien pour cet homme ? –Il est son bien à lui-même, grâce à la vie parfaite qu’il possède. Mais la cause du bien qui est en lui, c’est le Bien qui est au-delà de l’intelligence et il est, e,n un sens, tout autre que le bien qui est en lui. La preuve qu’il en est ainsi, c’est que dans cet état, il ne cherche plus rien. Que pourrait-il chercher ? Des choses inférieures ? Non pas ; il a en lui la perfection ; celui qui possède ce principe vivifiant mène une vie qui se suffit à elle-même ; l’homme sage n’a besoin que de lui-même pour être heureux et acquérir le bien, il n’est de bien qu’il ne possède… Dans la chance adverse, son bonheur n’est pas amoindri ; il est immuable, comme al vie qu’il possède ; quand ses proches ou ses amis meurent, il sait ce qu’est la mort, et ceux qui la subissent le savent aussi, s’ils sont des sages ; la perte de ses proches et des ses parents n’émeut en lui que la partie irrationnelle dont les peines de l’atteignent pas ».

Plotin, Les Ennéades I, 4.

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Pensée du 26 juillet 17

« Ne fais pas sortir par violence l’âme du corps, pour qu’elle ne sorte pas ainsi. Car elle s’en ira bien si elle a la disposition qu’il faut pour s’en aller: s’en aller, c’est passer dans un autre séjour. L’âme restera plutôt et elle laissera le corps se détacher d’elle tout entier, quand il n’est plus besoin pour elle de changer de lieu, mais qu’elle est déjà tout à fait hors du corps. -Comment donc le corps se détache-t-il de l’âme? – Lorsque l’âme n’a plus aucun lien avec lui; et le corps ne peut plus la maintenir dans ses liens, dès qu’il a perdu la liaison harmonique, grâce à laquelle il possédait une âme. -Qu’arrive-t-il donc si on emploie des moyens violents pour rompre cette harmonie du corps? – On fait alors violence au corps pour le détacher de l’âme; ce n’est plus lui qui laisse l’âme partir. Et c’est la passion qui fait rompre ces liens; c’est l’ennui, le chagrin ou la colère; il ne faut pas agir ainsi. -Mais si l’on s’apercevait que la folie va venir? – Il est peu probable que la folie s’empare du sage; mais si elle vient, qu’il la mette au nombre de ces événements nécessaires que nous acceptons, étant données les circonstances, bien que nous ne les voulions pas en eux-mêmes.

Plotin, Les Ennéades I, 9.

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Pensée du 25 juillet 17

« Il est raisonnable d’admettre que l’acte qui émane en quelque sorte de l’Un est comme la lumière qui émane du soleil; toute la nature intelligible est une lumière; debout, au sommet de l’intelligible et au dessus de lui, règne l’Un, qui ne pousse pas hors de lui la lumière qui rayonne. Ou encore, nous admettrons que l’Un est, avant la lumière, une autre lumière qui rayonne sur l’intelligible, en restant immobile. L’Etre qui vient de l’Un ne se sépare pas de lui et n’est pas identique à lui. Il est faux qu’il ne soit pas une substance, et qu’il soit comme un aveugle: il voit, il se connaît lui-même; il est le premier être connaissant. L’Un est au delà de la connaissance, comme il est au-delà de l’intelligence; il n’a pas plus besoin de cela connaissance que de nulle autre chose. La connaissance est une certaine unité; lui est simplement unité; s’il était une certaine unité, il ne serait pas l’Un en soi. L’un est antérieur à quelque chose. »

Plotin, Les Ennéades V, 3.

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Pensée du 24 juillet 17

« Le problème de la découverte du feu et des moyens de l’allumer ont excité la curiosité et exercé l’ingéniosité des hommes à diverses époques et dans beaucoup de régions du monde. Pris dans leur ensemble, ils semblent indiquer la croyance générale que l’humanité, en ce qui concerne le feu, aurait passé par trois phases : pendant la première, les hommes ignorèrent l’usage ou même l’existence du feu ; pendant la seconde, ils en vinrent à connaître le feu et à s’en servir pour se chauffer et pour cuire leur nourriture, mais ils ignoraient encore tout des façons de l’allumer ; pendant la troisième, ils découvrirent ou employèrent régulièrement, comme procédé d’allumage, l’une ou plusieurs des méthodes qui sont encore, ou étaient encore récemment, en vogue chez les races d’hommes les plus arriérés. Ces récits supposent implicitement qu’il y a eu trois âges successifs correspondant à trois phases culturelles et que nous pouvons appeler : l’Âge sans Feu, l’Âge du Feu Employé et l’Âge du Feu Allumé »

James George FRAZER, Mythes sur l’origine du feu, Paris, Payot, 1967, p. 162.

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Pensée du 23 juillet 17

« On peut donc dire que l’Eternité est la Vie infinie; ce qui veut dire qu’elle est une vie totale et qu’elle ne perd rien d’elle-même, puisqu’elle n’a ni passé ni avenir, sans quoi elle ne serait pas totale. Nous voilà ainsi bien près d’une définition de l’éternité. et ce qui suit notre définition: « il est une vie totale qui ne perd rien », explique le mot infini. Cette nature éternelle, qui est si belle, est auprès de l’Un; elle vient de lui et va vers lui; elle ne s’en va pas loin de lui; mais elle reste toujours près de lui et en lui; elle conforme sa vie à l’Un. C’est, je crois, ce qui a été exprimé par Platon en de si beaux termes et avec une telle profondeur de pensée. »L’éternité reste dans l’Un ».Se ramener à l’Un pour l’Eternité, c’est non seulement se ramener à elle-même, mais encore maintenir la vie de l’Etre auprès de l’Un. Voilà ce que nous cherchons; ce qui reste ainsi auprès de l’Un possède l’Eternité ».

Plotin, Les Ennéades III, 7.

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Pensée du 22 juillet 17

« L’Etre éternel ou l’être qui est toujours, c’est celui qui n’a absolument aucune tendance à changer de nature, celui qui possède en entier sa propre vie, sans y rien ajouter ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans l’avenir. Un tel être possède la perpétuité. La perpétuité c’est donc une manière d’être du sujet, manière d’être qui vient de lui et qui est en lui. L’éternité c’est el sujet lui-même, pris avec cette manière d’être qui se manifeste en lui. C’est pourquoi l’éternité est chose auguste; elle est identique à Dieu, la réflexion nous le dit; et il convient de dire qu’elle est Dieu lui même se montrant et se manifestant tel qu’il est; elle est encore l’Etre, en tant qu’immuable, identique à lui-même, et ainsi, doué d’une vie constante. Et si nous disons que cet être est pourtant fait de plusieurs, il ne faut pas s’en étonner; chaque être intelligible est multiple, parce qu’il a une puissance infinie; infinie dis-je, parce que rien ne lui manque; et il est par excellence l’être à qui rien ne manque, parce qu’il ne perd rien de lui-même. »

Plotin, Les Ennéades III, 7.

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Pensée du 21 juillet 17

« L’âme est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée. Elle sait que ce n’est qu’un passage à un voyage éternel, et qu’elle n’a que le peu de temps que dure la vie pour s’y préparer. Les nécessités de la nature lui en ravissent une très grande partie. Il ne lui en reste que très peu dont elle puisse disposer. Mais ce peu lui reste l’incommode si fort et l’embarrasse si étrangement qu’elle ne songe qu’à le perdre. Ce qui est une peine insupportable d’être obligée de vivre avec soi et de penser à soi. Ainsi tout son soin est de s’oublier soi-même, et de laisser couler ce temps si court et si précieux sans réflexion, en s’occupant de choses qui l’empêchent d’y penser. C’est l’origine de toutes les occupations tumultuaires des hommes, et de tout ce qu’on appelle divertissement ou passe-temps, dans lesquels on n’a en effet pour but que d’y laisser passer le temps sans le sentir, ou plutôt sans se sentir soi-même, et d’éviter en perdant cette partie de la vie l’amertume et le dégoût intérieur qui accompagnerait nécessairement l’attention que l’on ferait sur soi-même durant ce temps-là. L’âme ne trouve rien en elle qui la contente; elle n’y voit rien qui ne l’afflige, quand elle y pense. C’est ce qui la contraint de se répandre au dehors, et de chercher dans l’application aux choses extérieures à perdre le souvenir de son état véritable. Sa joie consiste dans cet oubli; et il suffit, pour la rendre misérable, de l’obliger à se voir, et d’être avec soi ».

Pascal, Pensées 170.

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Pensée du 20 juillet 17

« Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc. j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achèterait une charge à l’armée si chère, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville; et non ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faite et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près. »

Pascal, Pensées 139.

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Pensée du 19 juillet 17

« Quelque condition qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu’on s’en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement, et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables; de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et se divertit. De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir de l’argent qu’on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu’on court: on n’en voudrait pas s’il était offert… »

Pascal, Pensées, 139.

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Pensée du 18 juillet 17

« Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et, pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fut fort, on a fait que ce qui est fort fut juste. Les seules règles universelles sont les lois du pays aux choses ordinaires, et la pluralité aux autres. D’où vient cela ? de la force de ce qui est. Et de la vient que les rois, qui ont la force d’ailleurs, ne suivent pas la pluralité de leurs ministres. Sans doute, l’égalité des biens est juste, mais, ne pouvant faire qu’il soit force d’obéir à la justice, on fait qu’il soit juste d’obéir à la force; ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin q e le juste et le fort fussent ensemble, et que la paix fût, qui est le souverain bien. »

Pascal, Pensées, 298-299

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