Pensée du 19 décembre 09

« En effet, toujours, l’âme se tourne vers une lumière qu’elle ne voit pas encore, vers une lumière à naître, dans l’espoir d’être tirée de sa nuit présente, nuit d’attente, nuit qui ne peut se prolonger sans la livrer à tout ce qui l’entraîne en quelque sorte organiquement vers la dissolution.»

GABRIEL MARCEL, Homo Viator

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GRILLE DE LECTURE

La longue route interrogative de Gabriel Marcel fut d’aller infatigablement à un terme, à la rencontre de cette éclosion de l’aurore. Sa pensée est un itinéraire et non pas un vagabondage, ou mieux une itinérance et non pas une errance. Elle nous convie à la conviction selon laquelle : Etre c’est être en route, et « l’âme est la voyageuse »[1]. Ici se dégage nettement la certitude de l’espérance d’un ailleurs, d’un autre royaume qui pour l’âme est la lumière d’un au-delà avant l’ici, et même plus loin qu’un là-bas qui se poserait comme un autre ici.

L’âme en est convaincue et depuis lors, elle ne cesse d’attendre et de getter l’avènement salvifique de cette lumière. Une lumière qui vient mettre fin à la passion que vit l’âme en étant dans le mont des oliviers de ce monde qui sonne creux parce que vide. Par cette conviction se dessine au moins la certitude que nulle part les morts ne sont plus rien, mais qu’« ils ont fondu dans une absence épaisse »[2].

Dans cette perspective, la mort devient une ouvrière de la vérité, car en elle cesse la dissimulation des masques des âmes[3]. Le réel que nous sommes et qui nous entoure montre bien qu’il est l’ici d’un ailleurs. Tel est en réalité le credo des métaphysiciens. Les métaphysiciens faut-il le rappeler sont ceux chez qui les soucis de la vie n’ont pas étouffé la semence de leurs questions d’enfants. Nous sommes bien dans la théologie eschatologique de Gabriel Marcel. Une eschatologie qui quoique se refusant à se représenter Dieu, perçoit le ciel comme un retour vers les siens.

Tel est le testament de sa vie qu’il donne mais avec quel accent ! Impossible de le traduire ; et c’est afin de ne pas intercepter l’écho de cette voix du cœur, de cette voix brisée, que je voudrais aussitôt me taire[4].

Elvis-Abin KLAOUROU

Pensée du 18 décembre

L’academos

Sommaire

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[1] Homo viator,  p. 10.

[2] Présence et Immortalité, p. 62.

[3] Gabriel Marcel cité par Xavier TILLIETTE, « Gabriel Marcel et l’autre Royaume », in Jean Wahl et Gabriel Marcel, p. 38.

[4] P. 56.

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