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Pensée du 26 janvier 2010

« Autrui n’est jamais tout à fait un être personnel, si j’en suis un moi-même absolument, et si je me saisis dans une évidence apodictique. »

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

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GRILLE DE LECTURE

Le cours de l’histoire générale du monde garde en arrière-plan une image de méfiance entre les hommes. C’est de cela que ne cessent de témoigner les conflits meurtriers qui chaque jour endeuillent l’humanité. L’homme désormais a une manière de se poser par rapport à l’autre. La construction du Moi ne laisse pas de place à l’autre ; dans cette optique, l’autre se voit réifier, chosifier. Dans ce sens, comment redonner place à autrui ?

Pour Merleau-Ponty redonner place à autrui c’est le laisser vivre comme sujet. Or, tant qu’autrui réside dans le monde, qu’il y est visible et qu’il fait partie de mon champ, il n’est jamais un Ego au sens où je le suis pour moi-même. Pour le penser comme un véritable Je, je devrais me penser comme simple objet pour lui, ce qui m’est interdit par le savoir que j’ai de moi-même. Ni moi ni autrui, personne n’est réductible à un objet. Ainsi pour que je laisse autrui vivre et qu’il me laisse vivre, ni moi, ni lui ne devrons nous poser comme un absolu. L’évidence d’autrui est possible parce que je ne suis pas transparent pour moi-même et que ma subjectivité traîne après elle son corps.

Le regard absolu est unilatéral et ramène tout à soi. Pour une authentique relation, l’homme doit sortir de son ipséité, de sa subjectivité monadologique afin de s’ouvrir à l’autre. C’est pourquoi le corps merleau-pontien est déhiscence, ouverture. Ouverture à autrui parce que nous partageons un même sol corporel, une même chair.